La « dernière volonté » de Mario Draghi : un budget pour la zone euro

Mario Draghi. [EPA-EFE/RONALD WITTEK]

Mario Draghi, le président sortant de la Banque centrale européenne, a souligné dans sa conférence de presse d’adieu que l’élaboration d’un véritable budget de la zone euro, doté d’un « volume adéquat », constituait une priorité absolue.

Lorsqu’il s’est adressé à la presse, après avoir présidé une dernière fois le conseil des gouverneurs de la BCE, Mario Draghi a défendu son héritage, remis en question à la suite des dernières décisions monétaires adoptées en septembre. Notamment au sujet des nouvelles réductions des taux d’intérêt des dépôts et de la relance du programme d’achat d’actifs.

« Malheureusement, tout ce qui s’est passé depuis septembre a amplement démontré que la détermination du conseil des gouverneurs à agir avec fermeté était justifiée », a-t-il déclaré en soulignant que les indicateurs manufacturiers avaient atteint leur niveau le plus bas depuis la crise de l’euro en 2012.

Interrogé sur ce qu’il changerait dans la zone euro, il a mis en exergue l’importance d’instaurer un pot commun pour l’ensemble de ses membres, soit sous la forme d’un budget de la zone euro, soit en créant un système de réassurance.

Ultime plaidoyer de Mario Draghi pour un budget pour la zone euro

Le président de la Banque centrale européenne a prôné la mise en place d’une « capacité fiscale » commune pour faire face aux chocs économiques dans la zone euro durant son dernier débat avec les parlementaires européens.

« Il nous faut une capacité fiscale centrale », d’un volume adéquat et dotée d’une fonction anticyclique, a-t-il expliqué.

Il a admis que la conception de sa réglementation s’avérerait cruciale afin d’éviter l’aléa moral qui bloque actuellement sa création.

Certains États membres, emmenés par les Pays-Bas, s’opposent au projet de budget de la zone euro, car ils refusent de soutenir les États membres qui ne respectent pas les objectifs qui leur sont assignés en matière d’équilibre budgétaire et de réformes.

Les ministres des Finances de la zone euro ont adopté ce mois-ci une version édulcorée du projet : l’instrument budgétaire de convergence et de compétitivité, dont la fonction de stabilisation et les ressources sont limitées.

La nouvelle Commission européenne, dirigée par Ursula von der Leyen, a également l’intention de proposer un régime européen de réassurance-chômage. Ce dispositif permettrait de doter la zone euro d’une capacité fiscale centrale afin de soutenir les États membres en difficulté en cas de turbulences soudaines dans leurs économies.

« Demandez à ma femme »

Aucune décision monétaire n’ayant été annoncée, la plupart des questions des journalistes ont porté sur les huit ans de mandat de Mario Draghi, ses relations difficiles avec la circonscription allemande et son avenir.

Mario Draghi quitte une BCE profondément divisée

Souvent dépeint comme un solitaire qui impose ses visions, Mario Draghi n’en reste pas moins crédité d’avoir sauvé l’euro en pleine crise de la dette.

Mario Draghi a décrit son expérience à la tête de la BCE comme « très intense, profonde et fascinante ».

Il a précisé qu’il ne savait pas ce qu’il ferait une fois qu’il aurait quitté Francfort. « Demandez à ma femme, elle le sait. Je l’espère en tout cas », a-t-il plaisanté.

Mario Draghi a fait valoir à plusieurs reprises que ses décisions monétaires avaient eu pour but de respecter le mandat de la BCE de maintenir l’inflation à un niveau inférieur à 2 %, tout en restant proche de ce taux. « Nous avons fermement maintenu ce cap ».

Il y a deux ans, la BCE était prête à cesser d’appliquer les mesures inédites qui ont contribué à surmonter la récession. Mais les conditions ont changé depuis, notamment en raison de l’incertitude provoquée par la guerre commerciale et le Brexit.

Selon Mario Draghi, il ressort clairement des réunions du Fonds monétaire international (FMI) qui se sont déroulées ce mois-ci à Washington que « le paradigme de référence a[vait]changé ».

Si les banquiers centraux et les responsables politiques s’attendaient auparavant à ce que les faibles taux d’intérêt reviennent assez vite à des niveaux normaux, ils estiment maintenant qu’il faudra du temps pour sortir de la politique monétaire non conventionnelle mise en place, a expliqué l’Italien.

Il a cependant souligné que la BCE surveillait « très étroitement » les marchés pour détecter le risque de bulles. Même si certaines données étaient surévaluées, il a expliqué que cela n’était pas dû à des mesures monétaires.

Mario Draghi a une fois de plus appelé les gouvernements dont les finances publiques sont saines à investir davantage. Parallèlement, il a recommandé aux membres de la zone euro ayant un niveau d’endettement élevé à procéder à de nouveaux ajustements de leurs économies, afin de disposer d’une certaine marge de manœuvre lorsque la situation économique se dégradera.

Christine Lagarde, qui lui succédera à partir du 1er novembre, a assisté au conseil d’administration mais n’est pas intervenue lors des délibérations.

Bien que Mario Draghi n’ait formulé aucun conseil à son intention, il a suggéré qu’à l’avenir, la BCE s’engage davantage auprès des acteurs nationaux, étant donné qu’il est plus difficile d’agir en tant que banque centrale dans un espace multinational.

« J’ai essayé de faire tout ce qu’il était possible de faire ici. On peut faire davantage, on devrait faire davantage, et on ne devrait jamais s’en lasser » a-t-il ajouté.

Il a souligné l’amélioration de la transparence au cours des dernières années afin de mieux communiquer avec les publics nationaux. Mais il s’est montré prudent sur la question d’un engagement accru de la BCE à l’égard du grand public, et moins important auprès des acteurs du marché.

Si on change de public, on change de langage et on risque d’entrer dans la sphère politique, a-t-il conclu.

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