La formation en alternance, possible remède au chômage des jeunes européens

Le modèle d'alternance allemand doit servir d'exemple au reste de l'Europe. [EPA/MARTIN SCHUTT]

Cet article fait partie de l'édition spéciale L’emploi après la crise.

La formation en alternance, qui fonctionne si bien en Allemagne et dans d’autres États membres, permettrait à l’UE de sortir ses jeunes d’une crise de l’emploi qui se prolonge. Un article d’Euractiv Allemagne.

Allemagne.

Mafalda a étudié l’informatique. Après ses études, elle n’a pourtant pas trouvé d’emploi. « Mes études manquaient de pertinence pratique, elles se concentraient trop sur une théorie qui ne m’a rien apporté sur le marché du travail », explique la jeune femme de 26 ans.

« Au Portugal, soit vous faite une formation professionnelle, et dans ce cas vous n’avez pas les bases théoriques, soit vous étudiez de manière classique, comme moi, et les entreprises ne savent pas quoi faire de vous, parce que vous n’avez pas d’expérience pratique », ajoute-t-elle.

Mafalda est donc à Berlin depuis un an, pour faire un apprentissage dans une entreprise. « Ici, je peux travailler sur les systèmes modernes et j’ai de bonnes chances de pouvoir trouver un emploi après, en Allemagne ou au Portugal », assure-t-elle.

La connexion entre la théorie dispensée dans une école professionnelle et la pratique gagnée dans une entreprise est devenue traditionnelle en Allemagne. Ce système permet aux jeunes de s’intégrer plus facilement et plus rapidement dans le marché du travail.

Manque de qualification professionnelle

Lors d’une étude menée par McKinsey dans huit pays européens en 2013, 27 % des entreprises ont indiqué être dans l’impossibilité de pourvoir certains emplois vacants parce que la plupart des jeunes n’avaient pas les qualifications requises.

En novembre 2017, 18,2 % des jeunes de la zone euro étaient au chômage. En Allemagne, ce chiffre n’était cependant que de 6,6 %, selon le bureau allemand des statistiques, Destatis. Le système d’alternance allemand attire donc logiquement de plus en plus d’attention.

Le même mois, la Commission européenne a publié à l’attention des gouvernements une recommandation fondée sur 14 critères pour une formation en alternance durable et réussie. « Ces critères sont dans l’ensemble déjà appliqués en Allemagne », explique Regina Flake, responsable de l’unité de recherche sur la sécurisation de main-d’œuvre qualifiée à l’Institut de Cologne pour la recherche économique.

Il n’existe cependant pas de remède évident pour d’autres pays, estime-t-elle. « Le soutien des entreprises pour la formation en alternance, notamment via une compensation financière, est évident en Allemagne, mais ce n’est pas le cas ailleurs », souligne-t-elle, ajoutant qu’il est donc important de se rendre compte que le système ne pourra pas être immédiatement transposé tel quel dans d’autres pays.

Traditions différentes

Les auteurs d’un rapport IDW, auquel Regina Flake a contribué, estiment que les conditions de la formation en alternance diffèrent grandement dans les sept pays qu’ils ont étudiés. Leur conclusion est simple : « dans de nombreux pays, la formation en alternance n’a pas encore atteint son plein potentiel ».

« Dans les pays du sud de l’Europe, ce type de formation est encore stigmatisé », regrette Regina Flake. Il n’est en effet pas aussi bien vu de faire une formation axée sur la pratique que d’étudier à l’université. Il est donc important que le monde politique et l’industrie collaborent pour assurer que l’alternance est une option attirante pour les jeunes et leurs parents.

Et si les jeunes changeaient la réalité économique européenne?

L’Europe se félicite à grands cris de la lente, mais persistante, hausse du taux d’emploi et de la croissance. Les jeunes européens n’ont cependant pas grand-chose à fêter, selon Luis Alvarado Martinez.

Jusqu’ici, les mesures européennes telles que la Garantie jeunesse n’ont pas eu les résultats escomptés. La promesse de fournir à tous les jeunes sans-emploi un travail ou un placement en formation dans les quatre mois ne s’est jamais matérialisée. En 2017, plus de la moitié de tous les jeunes au chômage dans l’UE étaient sans emploi depuis au moins six mois.

« Pour mes parents, ma décision de commencer une formation supplémentaire après mes études n’a pas été facile, surtout que c’était loin, en Allemagne », affirme Mafalda. « Mais il n’y a aucune formation de ce type au Portugal. Et je pourrais peut-être même rester dans l’entreprise. L’environnement de travail et l’offre de formation avancée me plaisent. Dans ma profession, il y a des évolutions technologiques constantes. Si je veux rester opérative sur le marché du travail, je dois pouvoir continuer à me former. »

Pour Regina Flake, il reste beaucoup à faire pour assurer que la combinaison des apprentissages liés au monde du travail et l’alternance devienne la norme en Europe.

Et les acteurs sociaux ont un grand rôle à jouer dans cette évolution des mentalités. Il sera notamment nécessaire d’assurer une grande mobilité aux jeunes, de redorer l’image des formations pratiques, de mettre en place un système de conseil plus ciblé, d’assurer la flexibilité de la formation, ainsi que d’offrir des occasions adaptées aux jeunes très ou trop peu performants.

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