D’une crise à l’autre, la convergence budgétaire progresse en Europe

Les appels à davantage de relance côté allemand sont longtemps restés lettre morte jusqu'au volte-face de Berlin au printemps dernier. [Cineberg/shutterstock]

Après l’Allemagne et en attendant l’Italie, la France présentera lundi 28 septembre sa déclinaison nationale du méga-plan de relance européen négocié cet été, signe des progrès accomplis en zone euro pour mieux coordonner les politiques budgétaires.

Il y a dix ans, la zone euro manquait d’éclater, minée par les divisions entre les « cigales » du Sud, lourdement endettées, et les « fourmis » du Nord – qu’on n’appelait pas encore les « frugaux ».

Le couple franco-allemand n’échappait pas à ces « déséquilibres structurels » fonctionnant selon la mécanique des vases communicants : les excédents de l’un nourrissent les déficits de l’autre.

Ainsi, comme l’a montré une étude récente du Centre d’études prospectives et d’informations internationales (CEPII), l’Allemagne et la France en étaient au même point au niveau industriel, au début des années 2000. Mais Berlin a comprimé sa demande, en augmentant les impôts; en face, la France stimulait sa consommation, ce dont profitaient les exportations de son voisin d’outre-Rhin.

Résultat, l’Allemagne affichait en 2019, avant la crise du Covid-19, un excédent courant parmi les plus élevés au monde (de plus de 7% du PIB), tandis que le déficit commercial français frôlait les 60 milliards d’euros.

Les appels à davantage de relance côté allemand sont longtemps restés lettre morte jusqu’au volte-face de Berlin au printemps dernier. « Les politiques et les milieux économiques allemands ont pris conscience que les déséquilibres induits par leur politique économique devenaient insupportables et que c’était dans leur intérêt de faire preuve de solidarité » envers le reste de la zone euro, souligne Sébastien Jean, directeur du CEPII.

« pas de géant »

En outre, l’argument de « l’aléa moral » qui prévalait pendant la crise de la dette, à savoir que l’Allemagne ne devait pas « cautionner des politiques économiques jugées peu vertueuses », perdait sa raison d’être, s’agissant d’un virus frappant aveuglément.

A cet égard, la décision de Berlin d’abaisser temporairement la TVA pour stimuler sa demande intérieure est un « élément majeur de rééquilibrage », qui va notamment profiter à la France, affirme M. Jean. Même si la zone euro gagnerait à ce que cette baisse soit pérennisée, selon lui.

Le ralliement de la chancelière Angela Merkel au principe jusque-là tabou de l’émission d’une dette commune européenne, qui a ouvert la voie à l’accord du 21 juillet sur le plan de relance Next Generation EU, constitue aussi un tournant.

« Au lieu de laisser les +spreads+ (écarts entre les taux d’intérêt des pays) partir dans le décor, et le système s’approcher d’un point de rupture, les dirigeants européens ont pris les devants », estime Nicolas Véron, co-fondateur du think tank européen Bruegel à Bruxelles. Au point qu' »on peut parier qu’on ne parlera plus d’un risque d’un éclatement de la zone euro pendant plusieurs années ».

Certes, « cela n’élimine pas tous les problèmes de coordination », mais l’Union européenne a fait un « pas de géant » avec Next Generation EU, doté de 750 milliards d’euros, selon l’économiste.

Grands oraux

« Cette fois, il y a beaucoup d’argent européen et de directives sur la façon dont cet argent doit être dépensé, on ne laisse pas les Etats faire ce qu’ils veulent », relève Eulalia Rubio, chercheuse à l’institut Jacques Delors.

Si la procédure de supervision des politiques macro-économiques, appelée « Semestre européen », existe déjà, elle sort renforcée de la séquence Covid.

Ainsi, pour obtenir leur quote-part des 750 milliards – 208,6 pour l’Italie, 140 pour l’Espagne, 37,4 pour la France – les Etats devront soumettre en préalable leur plan à la Commission. A charge pour elle de vérifier, lors de grands oraux qui s’étaleront entre la mi-octobre et avril 2021, s’ils respectent les recommandations en faveur de leur pays, mais aussi de l’ensemble de la zone: ainsi, 37% des dépenses devront être consacrées à la transition écologique et 20% à la transition numérique.

Pour autant, l’UE doit faire preuve de « flexibilité » dans l’application de ces critères et laisser aux Etats des marges de manoeuvre pour développer leurs propres projets, la priorité étant de favoriser le retour de la croissance au plus tôt, nuance l’économiste italien Lorenzo Codogno.

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