Pour la BEI, l’inclusion sociale est un pilier économique

NAO robot

L'impact social de la robotisation de l'industrie doit être préparé. [Pierre Metivier/Flickr]

Pour la Banque européenne d’investissement et le Forum économique mondial, l’inclusion sociale doit devenir une partie intégrante de la politique économique européenne.

« L’inclusion ne peut plus être traitée comme une arrière-pensée. Il ne s’agit pas d’un luxe, mais d’un catalyseur de croissance », a assuré Andrew McDowell, vice-président de la Banque européenne d’investissement (BEI), s’adressant à la presse lors de la présentation d’un rapport commun entre la BEI et le Forum économique mondial (FEM), auquel a également participé le groupe de réflexion Bruegel.

« Ce que nous voyons sur le terrain, c’est un espace gagnant-gagnant dans le cadre duquel nous pouvons promouvoir à la fois l’inclusion et la compétitivité », a-t-il ajouté, soulignant qu’il existe des moyens d’amplifier et de diriger la reprise économique, qui reste lente.

En effet, les taux de chômage restent très haut dans de nombreux États européens, ce qui menace la croissance à long terme. Une tendance aggravée par le chômage chez les jeunes, qui atteint presque les 20% dans l’ensemble de l’UE. Et même pour les citoyens qui travaillent, les choses ne sont pas roses, puisque les salaires réels n’ont toujours pas récupéré de la crise dans de nombreux cas.

Dans le même temps, les gains de productivité déclinent de manière constante, passant de plus de 5% en 1975 à moins de 0,7% en 2015.

Stimulus monétaire

Comparée à d’autres zones économiques, l’Europe est également à la traine en matière d’investissement. Depuis des années, l’UE bénéficie du coup de pouce de l’énorme stimulus monétaire créé par la Banque centrale européenne, qui assure la survie de l’économie, mais ne constitue pas une solution durable.

Les réformes structurelles n’ont pas résolu le retard important en termes de technologies numériques, d’infrastructures connectées et d’éducation et d’innovation stimulant la compétitivité. Il est donc urgent de changer de mode opératoire et de créer un mécanisme perturbateur qui mettrait fin au déficit d’occasions économiques, arguent les deux organisations.

La croissance inclusive s’est imposée comme sujet dominant lors du dernier FEM, en janvier. Le dernier rapport de l’organisation, présenté à Davos, soulignait que le niveau croissant d’inégalités était le premier danger pour 2017 au niveau mondial. Il faisait également remarquer le rôle important des technologies dans cet écart.

Davos se penche sur les classes moyennes

Menacées par le chômage, les classes moyennes ressentent pleinement les effets de la crise et devient la proie du populisme, comme le montre le Brexit. Ce qui préoccupe les grands de ce monde réunis à Davos.

Dans leurs recommandations, la BEI et le FEM insistent sur l’accélération de la mise en place des technologies via les partenariats privé-public, l’investissement dans des infrastructures de transports intelligentes et l’utilisation de sources non traditionnelles de financement pour les petites entreprises, qui devraient par exemple avoir un meilleur accès au capital-risque.

« Il faut repenser notre modèle économique et s’éloigner d’un traitement séparé de la croissance et de l’inclusion », estime Richard Samans, membre du conseil de gestion du FEM.

Comme la réconciliation de la croissance et de l’inclusion sociale ne s’annonce pas facile, le rapport liste un certain nombre d’initiatives présentées comme des modèles.

Dynamisme et esprit d’entreprise

Ainsi, la Pilotfabrik für Industries 4.0, à Seestadt Aspern, en Autriche, est considérée comme un bon moyen de diffuser la culture d’entreprise. Dans cette usine pilote, les PME apprennent à maitriser les nouvelles technologies et à les adapter ou développer davantage pour moderniser leurs processus de production. Cela passe notamment par le développement de nouveaux prototypes.

« C’est ce que peut apporter un partenariat entre le public et le privé, soutenu par le monde académique et la société civile », souligne Richard Samans, qui estime que ce type d’initiatives hybrides permettra d’injecter un nouveau dynamisme dans le système économique. Or, qui dit dynamisme dit meilleure diffusion des technologies et création de nouveaux modèles économiques, insiste-t-il.

Avec un bilan d’environ 570 milliards d’euros, la BEI a une longue histoire de financement de projets d’investissement qui tentent de combler les failles des marchés ou d’adoucir les frictions financières. Ce n’est cependant que depuis l’instauration du Fonds européen d’investissements stratégiques (FEIS) que la banque a pu se mettre à financer des projets risqués.

Vazil Hudák : «le fonds européen d'investissements stratégiques est porté par la demande»

La Banque européenne d’investissement a signé un contrat avec la province polonaise de Cujavie-Poméranie pour soutenir à la modernisation d’un hôpital. C’est un des exemples du déploiement du Fonds européens d’investissements stratégiques Un article d’EURACTIV Pologne.

Changement de mentalité

L’Europe ne souffre pas d’un manque d’idées, mais ses faiblesses structurelles et sa peur de s’engager dans des voies innovantes freinent le déploiement des nouvelles technologies. « La clé est que les parties prenantes européennes s’unissent pour accélérer et, de manière plus importante, d’amplifier et de diffuser les initiatives existantes », indique le rapport.

« Nous devons changer les mentalités », assure Richard Samans. L’utilisation des technologies pour amener davantage de croissance implique en effet que les dirigeants et sociétés se préparent à anticiper et gérer les répercussions sociales que cela entrainera.

 

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