Les élections législatives organisées en Allemagne ce dimanche 18 septembre devraient, selon toute vraisemblance, déboucher sur l’arrivée aux affaires d’une nouvelle équipe gouvernementale. EURACTIV a interrogé plusieurs analystes sur les conséquences qu’un tel changement pourrait entraîner au niveau des orientations de la politique européenne du pays, ainsi qu’en termes de rapports de force entre grands Etats membres de l’Union.
Les experts interrogés par EURACTIV estiment, dans leur très grande majorité, que l’arrivée au pouvoir de la CDU ne modifierait en rien l’orientation pro-européenne de la politique extérieure allemande. Angela Merkel se montrerait même moins agressive que l’actuel chancelier Schröder dans les négociations budgétaires menées au niveau du Conseil : « Le nouveau gouvernement ne cherchera pas à obtenir une réduction de la contribution allemande au budget de l’Union », juge ainsi Werner Becker, spécialiste des questions européennes pour DB Research, pas plus qu’il ne tentera de revenir sur l’accord franco-allemand sur la PAC, « élément essentiel des relations franco-allemandes ».
Le couple franco-allemand
La « relation spéciale » entre Paris et Berlin ne devrait pas être remise en cause par l’arrivée aux affaires d’une CDU plus atlantiste que le SPD du Chancelier Schröder. « L’étroite coopération franco-allemande, tout comme l’approfondissement de la construction européenne, figurent parmi les fondements de la politique étrangère allemande partagés au-delà des clivages politiques. Si des nuances sont certes possibles […], la clé du rôle particulier de la coopération franco-allemande en Europe ne réside pas dans une harmonie préétablie quelconque, mais au contraire dans la volonté politique, et la capacité, de faire converger les points de vue pour élaborer des compromis constructifs visant à faire avancer l’Europe », souligne Henrik Uterwedde, directeur adjoint de l’Institut franco-allemand de Ludwisburg.
Werner Becker estime de son côté que le couple franco-allemand pourrait être renforcé par le resserrement des liens des deux partenaires avec d’autres Etats membres, en particulier les pays du Bénélux, la Pologne, la Hongrie et les pays scandinaves. « L’ancien Chancelier Kohl s’était toujours efforcé d’impliquer les Etats membres moins importants dans les discussions franco-allemandes, mais Schröder a négligé cet aspect des choses », analyse M. Becker. « Un retour à cette stratégie améliorerait significativement l’atmosphère en Europe, à un moment où il s’avère nécessaire de recoller les morceaux suite à la victoire du ‘non’ en France et aux Pays-Bas. »
Elargissement
Le gouvernement qui sortira des urnes ce dimanche devrait respecter les accords déjà conclus avec la Bulgarie et la Roumanie, et accepter l’ouverture des négociations d’adhésion avec la Turquie. Sur ce dernier point, Angela Merkel et la CDU ont toujours affiché leur préférence pour la conclusion d’un « partenariat privilégié » avec Ankara, et leur victoire ferait définitivement pencher la balance du côté des partisans de cette solution au niveau européen : « La future position allemande, en faveur d’un partenariat privilégié avec la Turquie, est partagée par une majorité d’Etats membres et devrait finalement prévaloir », affirme ainsi Heinz Kramer, de la Fondation pour la science et la politique (SWP).
Pacte de stabilité et de croissance
Les experts interrogés jugent que la faiblesse actuelle de l’économie allemande condamne par avance les efforts du futur gouvernement allemand visant à ramener le déficit budgétaire du pays en dessous du seuil des 3% du PIB. « La philosophie de la CDU en matière de déficit budgétaire sera plus stricte que celle de l’actuel gouvernement, mais il n’existera aucune marge de manoeuvre pendant au moins deux ans », souligne Werner Becker, de la DB Research.
Compétitivité et agenda de Lisbonne
Un gouvernement conservateur se montrerait beaucoup plus favorable aux intérêts du secteur privé, et ferait preuve de davantage de volontarisme sur le front des réformes. « La réforme du marché du travail lancée par le gouvernement Schröder sera poursuivie – et approfondie. L’Allemagne ayant toujours joué un rôle de modèle au niveau européen, on peut s’attendre à ce que cette vague de réformes balaye également d’autres pays », analyse M. Becker. En revanche, l’arrivée au pouvoir d’une « grande coalition » CDU-SPD freinerait nettement ce mouvement, les deux « partenaires » ayant de très fortes divergences de vues sur plusieurs points clés.

