Emploi des jeunes : la France à la traîne en Europe

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La France a perdu deux places au classement des pays européens les plus favorables aux jeunes actifs entre 2014 et 2015. Un article de notre partenaire La Tribune.

Après avoir subi de plein de plein fouet les effets de la crise, la situation des jeunes sur le marché du travail commence à montrer des signes d’embellie en Europe. Selon l’indice KOF du marché de l’emploi des jeunes, élaboré par l’école polytechnique de Zurich, publié  jeudi 19 octobre, leur situation s’est améliorée dans presque tous les pays européens entre 2014 et 2015.

Une situation toujours tendue en France

Si des signes d’amélioration sont visibles de manière générale, les résultats publiés par le centre de recherche (KOF) de l’école polytechnique de Zurich (EPFZ) indiquent de vrais contrastes entre les pays européens. En ce qui concerne la France, le classement indique qu’elle a perdu deux places entre 2014 et 2015, passant de la 14e place à la 16e place malgré une légère amélioration de l’indice (4,86 en 2014 contre 4,88 en 2015, sur une échelle de 1 à 7).

Et depuis la crise de 2008, la situation de la France est loin de s’arranger. Après avoir connu un indice se situant à 5,09 en 2007, le pays connaît une baisse régulière de cet outil malgré cette récente hausse. Plus grave encore, l’évolution de cet indicateur depuis 1990 illustre une vraie détérioration du marché du travail pour les jeunes. Et même si le chômage des jeunes est en baisse en France ces derniers trimestres, il s’élève à 22,4% au sens du bureau international du travail à la fin du mois de juin pour cette catégorie, contre 9,2% au niveau national selon les dernières données de l’Insee.

En revanche, les dimensions « système de formation » et « facilité d’accès au marché du travail » prises en compte dans l’indice, retrouvent des couleurs. Sur les deux dernières années étudiées, les deux principales baisses pour la France concernent les catégories « état du marché du travail » et « qualité du travail ». D’après les derniers résultats, l’Hexagone se place tout de même au dessus de la moyenne européenne, qui se situe à 4,82.

Le Danemark et la Suisse en tête

La dernière publication de l’école suisse a confirmé la première position du Danemark, qui affiche un score de 5,79 en 2015, en légère progression par rapport à 2014. Viennent ensuite la Suisse (5,71), l’Autriche (5,48), l’Allemagne (5,47) et les Pays-Bas (5,44). Ce classement des quatre premiers pays demeure inchangé entre 2014 et 2015. D’après les auteurs de l’étude, les principales différences entre les quatre pays leaders reposent sur « la dimension ‘Système de formation’, l’Autriche et l’Allemagne réalisant des scores nettement inférieurs à ceux du Danemark et de la Suisse dans ce domaine ». Les Pays-Bas, qui se situent au cinquième rang avec 5,44 points, « présentent aussi une marge d’amélioration sur le plan éducatif. »

Dans le sud de l’Europe, de nombreux pays ont connu une embellie du marché du travail pour les jeunes. Le KOF agrégé a progressé en Croatie, en Grèce, en Espagne, au Portugal et en Italie.

« Ces améliorations sont le signe d’un léger redressement par rapport à la période difficile qui a suivi la Grande Récession, durant laquelle le KOF YLMI avait subi une chute spectaculaire dans ces mêmes pays. »

Le cas particulier de l’Allemagne

La situation des jeunes Allemands a retenu l’attention de l’institut suisse. « Parmi les pays de l’UE  à 28, l’Allemagne affiche l’évolution la plus impressionnante entre 2010 et 2015, en ce qui concerne les indicateurs ‘taux de chômage’,  ‘taux NEET’ (**) et ‘taux d’éducation formelle’ ».

D’après la dernière livraison du KOF, les jeunes Allemands ont connu une réelle amélioration sur le front de l’emploi. De plus en plus sont engagés dans une formation, et « sur le marché du travail, les jeunes sont nettement moins exposés au chômage ou à l’inactivité ». Ces signes encourageants ne doivent pas faire oublier que les jeunes actifs allemands sont confrontés à une précarisation du marché du travail et un risque de pauvreté accru.

La libéralisation du marché du travail, permise par les réformes « Hartz » mises en oeuvre en 2003 et 2005 sous Gerhard Schröder, a favorisé le développement des mini-jobs faiblement rémunérés. La montée en puissance de ces emplois, ces dernières années, a contribué à une paupérisation de certaines catégories de travailleurs et un accroissement des inégalités de revenus, comme le rappelle une étude de la direction générale du Trésor.

« Cette performance sur le front de l’emploi doit pourtant être pondérée par la hausse des inégalités de revenus et de la pauvreté en Allemagne. Le taux de pauvreté a augmenté nettement entre 2000 et 2005, de 12,5% à 14,7%. La hausse est particulièrement marquée pour les personnes en emploi et plus encore pour celles au chômage. »

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