Emploi et croissance restent faibles malgré la reprise

Manifestation contre les politique d'austérité à Madrid, en 2013. [Adolfo Lujan/Flicker]

Cet article fait partie de l'édition spéciale L’emploi après la crise.

L’UE reste confrontée à un taux d’investissement faible, à un chômage élevé chez les jeunes et à une fracture sociale croissante.

Pour 2018, l’exécutif européen prévoit le taux de croissance le plus haut depuis la crise de 2007-2008. Le chômage, qui se situe actuellement à 7,3 % dans l’ensemble de l’UE, affiche un fort recul.

Les États membres ont également équilibré leurs comptes publics, puisque le déficit moyen dans l’union est à présent de 1,1 % du PIB.

L'embellie se confirme sur l'économie européenne

L’économie européenne est dans une dynamique positive. La croissance est au rendez-vous dans tous les États membres, les comptes publics reprennent du poil de la bête et les risques sont contrôlés pour la première fois depuis longtemps, conclut la Commission.

La qualité de la reprise économique est cependant loin d’être optimale, comme le souligne Marco Buti, directeur général de la DG Économie et finance, dans les prévisions publiées en novembre : « la reprise reste incomplète et plusieurs éléments de l’expansion économique restent inhabituels ».

Les économies européennes sont en effet fortement endettées et les Européens qui ont un emploi reçoivent des salaires plutôt bas. Dans des pays comme l’Espagne, dont la reprise économique a été saluée en Europe et ailleurs, le phénomène des travailleurs pauvres ne fait qu’augmenter.

Ces derniers mois, Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne, s’est inquiété à de nombreuses reprises de la faiblesse des salaires et de son impact sur l’inflation.

De son côté, Pierre Moscovici, commissaire aux affaires économiques, a indiqué en novembre que la reprise avait été « plus tempérée » qu’après les récessions passées à cause de la très faible croissance des salaires au niveau national.

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En outre, l’investissement public reste en deçà de ses niveaux d’avant la crise et ne représente toujours qu’un très faible pourcentage du PIB de l’union, malgré les efforts consentis au niveau européen, et notamment le Fonds européen pour les investissements stratégiques.

Pour de très nombreux jeunes européens, la précarité de l’emploi est devenue une nouvelle norme, à cause de salaires trop bas, de contrats à durée limitée, voire du manque total de possibilités professionnelles.

Génération en difficulté

Dans son livre blanc sur l’avenir de l’Europe, le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, soulignait qu’il existait « un vrai risque de voir la génération des jeunes adultes d’aujourd’hui se retrouver dans une situation moins avantageuse que celle de leurs parents ».

Or, en ces temps de concurrente grandissante et de révolution technologique, l’Europe ne peut se permettre de perdre sa génération la mieux formée.

L’investissement dans l’éducation et la recherche sera donc une priorité du budget européen dans les dix ans à venir. La semaine dernière, le commissaire au budget, Günther Oettinger, a déclaré que les programmes Erasmus et Horizon 2020 seraient les seuls à ne pas subir de coupes dans le cadre du cadre financier pluriannuel, le budget à sept de l’UE, qui recommence en 2021.

Une attention particulière a déjà été portée aux jeunes et au soutien à l’investissement dans les négociations pour le budget 2018. À l’automne, le Parlement européen est ainsi parvenu à faire supprimer les coupes de 750 millions d’euros que les États membres voulaient appliquer à l’enveloppe « croissance et emploi ». Les eurodéputés ont également augmenté de 116,7 millions les fonds dédiés à l’initiative pour l’emploi des jeunes, qui atteignent donc 350 millions.

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Plus de budget

Le Parlement et les États membres se sont également accordés pour ajouter 110 millions d’euros à Horizon 2020, le programme de recherche européen, et 24 millions d’euros à Erasmus.

Il faudra cependant davantage puiser dans les capitaux privés et publics pour donner plus de chances aux jeunes, améliorer la qualité de l’emploi, augmenter les compensations salariales et retrouver le taux d’investissement pré-crise.

Des efforts justifiés par l’énormité des enjeux dont il question. Pour l’eurodéputée socialiste Maria João Rodrigues, la fracture sociale persistant dans l’UE représente un défi majeur et de long terme pour la stabilité de l’UE. Il devrait donc être dans les plus hautes priorités pour les quelques années à venir.

Réformes structurelles 2.0

Dans le contexte d’une meilleure situation économique partout en Europe, l’UE et ses États membres se tourneront vers des réformes visant à renforcer le potentiel de croissance du bloc, afin que la reprise dure et que ses fruits soient partagés de manière équitable, a ajouté Marco Buti.

Dans son initiative pour des « réformes structurelles 2.0 », la Commission a inclus l’amélioration du fonctionnement du marché du travail et la participation au marché du travail, en renforçant l’éducation et les systèmes de formations, ainsi que la diffusion des technologies et en finalisant le marché unique.

Pour autant, « il y a des limites importantes à ce que Bruxelles peut faire pour accélérer les réformes dans les États membres », rappelle le directeur du département européen du FMI, Poul Thomsen. Sur la base de l’expérience des programmes de sauvetage, il estime que les réformes ne tiendraient que si elles faisaient l’objet d’« une forte appropriation nationale ».

Pour lui, « la forte reprise conjoncturelle actuelle offre le meilleur environnement économique possible » pour mettre en œuvre de telles réformes. L’Europe ne peut pas gaspiller cette occasion.

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