Même si les femmes sont généralement plus instruites que les hommes au sein de l’UE, elles gagnent en moyenne 14,1 % de moins que les hommes, chiffre qui varie néanmoins grandement en fonction des secteurs, des fonctions et des États membres. C’est ce que l’on peut lire dans le « European Jobs Monitor » élaboré par la Commission européenne et Eurofound.
L’écart de rémunération entre les hommes et les femmes, qui était de 15,8 % en 2010, ne s’est que très légèrement réduit pour atteindre 14,1 % en 2019. À ce rythme, il faudrait plus de 70 ans pour que l’écart salarial entre les sexes disparaisse. L’écart des pensions entre les femmes et les hommes est quant à lui encore plus important, à savoir 29,5 %.
Ces chiffres contrastent fortement avec le niveau d’éducation moyen, qui est plus élevé chez les femmes que chez les hommes, et ce dans pratiquement tous les États membres de l’UE.
Des variations entre les États, les secteurs et au sein de la hiérarchie
Le rapport publié par la Commission européenne et Eurofound a mis en évidence des variations importantes de cet écart salarial hommes/femmes entre les États membres.
Ainsi, l’écart de rémunération entre les sexes est le plus faible au Luxembourg, en Roumanie et en Italie, où il reste inférieur à 5 %, tandis qu’en Estonie, en Lettonie, en Autriche et en Allemagne, qui se situent à l’autre extrémité du classement, on constate que ces écarts atteignent environ 20 %.
En ce qui concerne les secteurs d’activité, ce sont les services financiers qui affichent de loin le plus grand écart de rémunération entre les sexes, atteignant près de 30 %. En règle général, l’écart est plus prononcé dans les secteurs où les salaires sont élevés que dans ceux où ils sont bas.
L’écart de rémunération entre les sexes se creuse également à mesure que l’on grimpe dans la hiérarchie. En effet, au niveau de la direction, les femmes gagnent environ 23 % de moins que les hommes, alors que les employées de bureau ne gagnent « que » 9 % de moins que leurs collègues masculins.
Il faut également noter que ces données ne tiennent pas encore compte de l’effet de la pandémie. À la suite de la fermeture des écoles, les parents ont dû prendre en charge beaucoup plus de soins et de tâches ménagères non rémunérés, et les femmes ont assuré une part beaucoup plus importante de ce travail que les hommes.
À l’échelle mondiale, un rapport du Forum économique mondial estime que la pandémie a fait reculer l’égalité des sexes d’une génération entière.
Transparence
Atteindre davantage d’égalité entre les sexes sur le lieu de travail est l’un des objectifs énoncés par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. « À travail égal, salaire égal », avait-elle déclaré lors de la présentation de la proposition de directive européenne qui devrait promouvoir la transparence des salaires en mars 2021.
Si elle est adoptée, la directive obligera les employeurs à rendre compte publiquement de l’écart de rémunération entre les sexes au sein de l’entreprise. En outre, les employeurs seraient tenus de fournir des informations sur le niveau de rémunération initial prévu dans les offres d’emploi.
Le 15 décembre dernier, le Parlement européen a adopté à une large majorité un rapport non législatif appelant à ce que davantage de mesures soient adoptées sur ce front. Le rapport salue les mesures de transparence envisagées, mais souligne que « la transparence en ce qui concerne les rémunérations ne suffira pas à elle seule à remédier aux inégalités entre les sexes, qui sont profondément ancrées ».
L’eurodéputée Sandra Pereira (GUE/NGL), rapporteure du Parlement sur le dossier, avait déclaré dans un communiqué que « pour lutter contre les inégalités, il faut augmenter les salaires, défendre et promouvoir des services publics universels de qualité, comme l’accès gratuit à la santé et à l’éducation, mais aussi l’accès au logement et à la justice ».
Plus de femmes dans le monde du travail
Toutefois, il faut noter que l’on observe aussi des signes plus encourageants.
Stephen Quest, directeur général du Centre commun de recherche de la Commission et co-auteur du « European Jobs Monitor », a déclaré que « si la réduction de l’écart entre les hommes et les femmes reste clairement un grand défi, on observe toutefois des signes encourageants tels que le taux d’emploi élevé des femmes dans certains secteurs, une tendance qui devrait par ailleurs continuer à se renforcer à l’avenir ».
Selon le rapport, deux tiers de l’augmentation de l’emploi au cours des deux dernières décennies sont dus à l’entrée des femmes dans la vie active.
Cependant, cette augmentation du nombre de femmes employées a été disproportionnée dans les emplois faiblement rémunérés, si bien que les femmes sont aujourd’hui surreprésentées dans les emplois percevant le salaire minimum.
Pour combler l’écart de rémunération entre les hommes et les femmes, le « European Jobs Monitor » propose des politiques qui permettent aux femmes d’occuper davantage d’emplois bien rémunérés, notamment en rendant les cultures du travail des secteurs bien rémunérés plus favorables aux familles, ou en incitant les ménages à mieux partager la charge du travail non rémunéré en proposant un congé de paternité ou encore en modifiant le code des impôts.


