En Italie, entreprises et écologistes s’unissent contre la taxe plastique

Le gouvernement veut appliquer, dès 2020, une taxe de 1 euro sur chaque kilo de plastique jetable. Le projet déplaît non seulement à l’industrie de l’emballage, mais aussi aux écologistes. Un article de notre partenaire, la Tribune.

« Secouer », « changer radicalement de direction »… le dirigeant du mouvement politique « 5 étoiles », Luigi Di Maio, résume ainsi sur sa page Facebook l’objectif poursuivi par le gouvernement italien à travers la nouvelle taxe sur le plastique jetable qu’il s’apprête à adopter dans la loi de finances 2020. Un impôt censé incarner la détermination du nouvel exécutif réunissant le mouvement « 5 étoiles » et le Parti démocrate, au pouvoir depuis le 5 septembre 2019, à mener un « Green New Deal ».

« À moyen terme, cette taxe incite à l’utilisation de matières premières compatibles avec l’environnement et promeut la transformation industrielle », plaide notamment le ministre de l’Économie Roberto Gualtieri, cité par le quotidien « La Stampa ».

4 ou 5 centimes d’euro par bouteille

Selon les documents déjà transmis à la Commission européenne qui en dessinent les contours, cette « plastic tax », comme la presse italienne l’a déjà surnommée, s’appliquerait dès le 1er juin 2020 aux emballages en plastique jetables. Elle s’élèverait à 1 euro par kilo de plastique. Dans le seul deuxième semestre 2020, elle devrait rapporter à l’État 1 milliard d’euros, a expliqué la vice-ministre de l’Économie Laura Castelli, citée par le quotidien économique Il Sole 24 Ore.

Par bouteille d’eau en plastique, le montant de la taxe ne devrait pas dépasser 4 ou 5 centimes d’euro, a tenu à rassurer le ministre pour le Sud et la Cohésion territoriale, Giuseppe Provenzano, conscient que les marques de boissons, sur lesquelles pèsera la taxe, la feront très probablement payer aux consommateurs. L’impact sur une personne buvant tous les jours seulement de l’eau en bouteille plastique serait compris entre 6 et 14,5 euros annuels, a calculé le site italien Agi. Mais en tenant compte également des flacons de détergents, des emballages des médicaments et des films plastiques, la note pourrait dépasser 100 euros par an par famille, souligne pour sa part La Repubblica.

Enjeux industriels et électoraux pour le deuxième producteur de plastique de l’UE

Sans surprise, la mesure fait donc déjà l’objet de craintes et de critiques de la part de l’opposition et de l’industrie. « En fin de compte, la taxe sur le plastique pèsera à elle seule sur le portefeuille des Italiens plus de 2 milliards d’euros (…) », auxquels s’ajouteront les autres taxes prévues par le projet de loi de finances (sur les boissons sucrées et les voitures de fonction), proteste notamment sur Facebook le président la région Ligurie Giovanni Toti, issu de Forza Italia et leader du tout nouveau parti politique « Cambiamo! » (« Changeons ! », en français).

Un accord express pour mettre les coton-tige hors-la-loi

En moins d’un an, Parlement, Conseil et Commission se sont mis d’accord pour se débarrasser des plastiques à usage unique. Un record.

 

Dans un pays de plus en plus pauvre, cette taxe mettrait aussi en danger « des milliers d’emplois », alerte Antonello Ciotti, président du Consortium national pour la collecte, le recyclage et la récupération des emballages en plastique (Corepla), qui rappelle que l’Italie est le « deuxième pays de fabrication du plastique en Europe ». « Environ 2 000 entreprises, avec plus de 50 000 salariés », se retrouveraient en effet en difficulté, calculent pour leur part une partie des syndicats, qui ont déjà demandé à rencontrer le gouvernement. Le secteur biomédical (qui représente 2,4 % du PIB italien), exempté pour les seules seringues, serait également « sabordé », dénoncent d’autres membres de Forza Italia.

Ces perplexités ont aussi été partagées par Matteo Renzi. L’ancien Premier ministre du Parti démocrate s’est déjà déclaré publiquement contre la taxe plastique, en semant une fois de plus la zizanie dans l’exécutif, dont son nouveau parti, Italia Viva, est pourtant membre. Si Matteo Renzi dit vouloir protéger la classe moyenne, les élections régionales qui doivent avoir lieu le 26 janvier 2020 en Émilie-Romagne (une région traditionnellement de gauche, mais aussi bassin des industries de l’emballage et du paramédical), jouent sans doute aussi un rôle dans ce positionnement, soulignent plusieurs commentateurs.

Les écologistes fustigent l’absence d’incitation au recyclage

Plus surprenant toutefois, la « plastic tax » semble aussi déplaire aux écologistes. Purement « linéaire », elle « n’aide pas à reconvertir le secteur du plastique vers des produits recyclables, voire réutilisables, et ne frappe pas la consommation de plastiques non recyclables », observe dans La Repubblica le président national de l’association environnementale Legambiente, Stefano Ciafani.

Elle « sert seulement à gagner de l’argent », tranche-t-il.

Pour qu’un tel impôt ait réellement un impact sur le problème du plastique, les recettes « doivent être destinées à la conversion écologique », et notamment au « développement de technologies garantissant le recyclage de tout le plastique », y compris celui qui coûte trop cher à recycler aujourd’hui, abonde Edoardo Ronchi, ministre de l’Environnement entre 1996 et 2000. Or, le projet de loi des finances ne prévoit pas que la taxe sur le plastique serve à financer le recyclage.

Les changements doivent en outre « être incités, non pas forcés », ajoute le président honoraire de Legambiente Ermete Realacci, selon qui le gouvernement devrait agir graduellement en donnant aux entreprises la possibilité de « s’adapter ». Les alternatives au plastique, d’ailleurs, sont loin d’être disponibles en Italie et d’être encouragées par la loi, soulignent divers acteurs. L’empreinte environnementale du recyclage du verre est souvent pire que celle du plastique, note notamment Corepla.

Écouter et moduler

« On ne défend pas l’environnement par de simples mots, on le défend en faisant des choix », réplique néanmoins Luigi Di Maio.

Le gouvernement vient d’ailleurs de réaffirmer son intention d’introduire cette taxe — qui, si elle est supprimée, devrait de toute façon être remplacée par un autre impôt afin d’assurer l’équilibre budgétaire. « La fiscalité sert à cela : on augmente le prélèvement là où l’on veut décourager, et on l’allège afin d’encourager (certaines pratiques, Ndlr) », ajoute Loredana De Petris, sénatrice de la majorité.

L’exécutif semble toutefois prêt à revoir les méthodes et le calendrier de la mesure.

« Une fois encore, nous écouterons les opinions de tout le monde. À propos du plastique (…), nous sommes notamment prêts à discuter avec les producteurs et les experts du secteur », a déjà accepté le ministre de l’Économie.

Le ministre de l’Environnement, Sergio Costa, a pour sa part admis la nécessité de « remoduler » l’impôt, car taxer « tout ce qui n’est pas recyclable a du sens, mais ce qui est recyclable ne doit absolument pas être taxé ».

Les discussions devant le Parlement, voire celles qui restent en Conseil des ministres, s’annoncent donc compliquées. Et un spectre s’agite dans les eaux agitées de la politique italienne : que la « plastic tax », symptôme de la fragilité intrinsèque de ce gouvernement de coalition, serve finalement de prétexte à sa rupture.

L’interdiction des plastiques à usage unique se précise en France

Le projet de décret d’interdiction d’objets en plastique unique est mis en consultation jusqu’au 3 septembre sur le site du ministère de l’écologie. Un article de notre partenaire, le Journal de l’environnement.

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