En Italie, une crise institutionnelle sans précédent

Giuseppe Conte

Désigné pour être chef du gouvernement italien, Giuseppe Conte a jeté l’éponge face au refus du président Sergio Mattarella de nommer le ministre des Finances choisi par les populistes, ouvrant ainsi la voie à de nouvelles élections. Un article de notre partenaire l’Ouest-France

Le Président de la République italienne, Sergio Mattarella, a posé son véto, dimanche soir, à la constitution du gouvernement Conte, soutenu par la Ligue de Matteo Salvini et le Mouvement 5 étoiles de Luigi di Maio.

La raison de ce véto porte formellement sur un nom, celui de Paolo Savona, que les deux forces politiques radicales voulaient nommer au ministère de l’Économie. Ancien ministre de l’Industrie à l’époque du gouvernement Campi, Paolo Savona s’est distingué récemment non seulement pour ses positions anti-allemandes, mais surtout pour son adhésion à un projet débattu dans les milieux proches de l’extrême droite européenne. À savoir la nécessité d’organiser un plan de sortie de l’euro, sans l’annoncer clairement aux opinions publiques.

Ce projet, appelé « plan B » dans le débat italien depuis quelques jours, a été explicitement défendu par Paolo Savona. Dimanche, la liste des ministres était prête, et tous les autres ministres avaient été considérés comme recevables par le président de la République, dont l’accord, selon la lettre de la Constitution, est décisif. Mais sur le nom de Paolo Savona s’est cristallisé le désaccord entre le Président et les partis majoritaires au Parlement.

La sortie de l’euro comme enjeu

Résultat: Giuseppe Conte a remis son mandat et le président de la République a fait une déclaration rappelant les prérogatives de la Constitution et son rôle de garant. Derrière les critères purement institutionnels, c’est une authentique bataille politique qui est en cours à Rome. Car dans sa déclaration, le Président Mattarella a clairement dénoncé le plan occulte qui semblait se profiler derrière la nomination de Paolo Savona.

Durant toute la campagne électorale, le Mouvement 5 étoiles n’a cessé d’atténuer son europhobie et affirmé ne plus considérer son ancien projet de référendum sur la sortie de l’euro. La Ligue du Nord a fait campagne sur l’immigration, plus que sur l’euro. Même si Matteo Salvini a toujours déclaré que la monnaie unique était morte selon lui, et que ce n’était qu’une question de temps.

Rome, nouvel ennemi de l’euro ?

Le nouveau gouvernement italien projette de laisser filer son déficit, ce qui inquiète déjà Bruxelles.

 

En opposant son véto définitif sur le nom de Savona, le président de la République a donc voulu faire barrage à un projet politique plus ou moins déclaré, et qui aurait vu l’Italie littéralement fragilisée sur les marchés financiers, compte tenu de sa dette publique qui dépasse les 130 % de son PIB.

Un choix difficile

Ce choix a immédiatement déclenché une réaction très violente de la part du Mouvement 5 étoiles, qui menace une procédure d’impeachment, ainsi que du parti d’extrême droite postfasciste, Fratelli d’Italia, qui entend faire de même.

On ignore encore la date des prochaines élections législatives anticipées, dont le choix revient au Président, mais on peut d’ores et déjà affirmer que c’est une campagne électorale particulièrement envenimée qui attend les Italiens. Avec cette fois, probablement, la question de la sortie de l’euro posée de manière plus explicite. Compte tenu du vote populaire massif qui s’était exprimé pour les forces populistes (32 % pour le M5E et près de 18 % pour la Ligue), et de l’affaiblissement du Parti démocrate de Matteo Renzi et de Forza Italia de Silvio Berlusconi, le Président Mattarella se retrouve dans une position très délicate.

>>Lire la suite sr l’Ouest-France

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.