Enquête de 13 journaux sur « les coulisses d’un paradis fiscal » à Malte

Malte, un paradis pour les vacanciers... et les multinationales? [Catalin Lazar/Shutterstock]

Treize médias européens ont commencé vendredi à publier les « Malta Files », une enquête sulfureuse sur « les coulisses du paradis fiscal » maltais, que le gouvernement de La Valette, en pleine campagne électorale, a aussitôt rejetée en bloc. Un article de notre partenaire, Ouest-France.

Le site français d’investigation Mediapart promet à travers cette enquête une « plongée dans les coulisses de ce paradis fiscal méconnu, qui préside jusqu’au 30 juin l’Union européenne », affirmant que la petite île de 430 000 habitants privait « les autres pays de deux milliards d’euros de recettes fiscales par an ».

Vendredi soir, un porte-parole du ministère maltais des Finances s’est contenté de répondre : « Nous n’avons rien à ajouter à ce que nous avons déjà dit », en référence aux démentis des dix derniers jours contre des accusations similaires formulées par un ministre régional allemand.

Selon Mediapart, l’enquête, dont la publication s’étalera sur deux semaines, porte sur de « l’optimisation et de l’évasion fiscales, du blanchiment et de la corruption », et se base sur « la liste complète des personnes et entités impliquées dans les 53 247 sociétés immatriculées à Malte ».

Les écologistes accusent Malte d’être un paradis fiscal

Alors qu’elle entame sa présidence tournante du Conseil, Malte a été accusée le 11 janvier d’être un paradis fiscal. En effet, certaines entreprises ne paient que 5 % d’impôts sur leurs bénéfices dans le plus petit pays de l’UE.

« Des émigrés de luxe »

Selon le quotidien italien L’Espresso, l’un des 13 médias enquêteurs, la Péninsule est « de très loin » le pays le plus représenté dans les « Malta Files », avec près de 8 000 sociétés maltaises contrôlées par des actionnaires italiens.

« À côté d’entrepreneurs qui ont créé ou transféré des activités bien réelles, il existe aussi une armée d’émigrés du fisc. Des émigrés de luxe. Il y a des politiques, des managers, des industriels, des financiers, des gens du spectacle et aussi un grand nombre de personnes liées à des clans mafieux », a révélé vendredi l’Espresso sur son site internet.

En France, Mediapart a évoqué « de grands chefs d’entreprise », des multinationales telles que les groupes « Bouygues, Total, BASF, Ikea », des banques comme « Reyl et JP Morgan ».

En Allemagne, le Spiegel a cité BMW, BASF, Deutsche Bank, Puma, Merck, Bosch ou Rheinmetall. Le géant aérien Lufthansa possède « 18 filiales à Malte », selon l’hebdomadaire, qui écrit que l’entreprise y a installé sa « caisse de retraite ».

Contactées par Der Spiegel, les entreprises concernées ont assuré que leur présence à Malte était « légale » et déclarée au fisc maltais.

« Rien à cacher »

Le ministre des Finances de l’État régional de Rhénanie du Nord-Westphalie, Norbert Walter-Borjans, avait évoqué le 10 mai une enquête sur quelque 2 000 sociétés fantômes enregistrées dans l’île, parfois liées à de grands groupes allemands et suspectées de fraude.

« Trouvez autre chose », avait rétorqué sur Twitter le ministre maltais des Finances, Edward Scicluna. « Depuis quand l’ensemble du registre des sociétés de Malte est-il devenu étranger, off-shore et allemand ? ». « Nous n’avons rien à cacher », s’est-il défendu cette semaine auprès de médias allemands.

À La Valette, souvent accusée d’être un paradis fiscal, beaucoup voient dans ces révélations une campagne de dénigrement pilotée par l’Allemagne et le Luxembourg dans le cadre d’une « compétition » avec Malte pour récupérer les entreprises britanniques cherchant un point de chute européen après le Brexit.

Malte se plie à l'avis général en matière d'évasion fiscale

Les ministres européens des Finances ont trouvé un accord le 20 juin pour remédier au vide juridique qui permettait aux multinationales de payer très peu d’impôt sur les bénéfices. Dernier opposant, Malte a fini par rallier les autres États membres.

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