Entre Brexit et guerre commerciale, l’industrie européenne déprime

paint_chemicals_factory_CREDIT[evgeny kondrashov_Shutterstock]

Le secteur manufacturier de la zone euro a connu en octobre un neuvième mois consécutif de contraction selon le dernier indice PMI calculé par le cabinet Markit. Un article de notre partenaire La Tribune

Report du Brexit, tensions commerciales et guerre technologique,…. les nuages s’amoncellent dans le ciel européen. Selon l’indice PMI de la zone euro publié par le cabinet Markit ce lundi 4 novembre, la conjoncture s’est de nouveau assombrie sur l’appareil industriel. L’indicateur, qui prend en compte plusieurs paramètres de l’état de santé du secteur industriel, s’est très légèrement redressé en octobre à 45,9 contre 45,7 en septembre, mais il reste bien inférieur à 50.

Un niveau inférieur à 50 points signale un repli de l’activité, tandis qu’une valeur supérieure à cette limite traduit une expansion. Ces résultats marquent la plus forte contraction du secteur depuis sept ans. Les conséquences sur la croissance européenne sont loin d’être négligeables. Au troisième trimestre, la zone euro a enregistré une progression du produit intérieur brut (PIB) de seulement 0,2%, un niveau bien inférieur à ceux rencontrés en 2018 et 2017 selon les derniers chiffres d’Eurostat publiés vendredi 31 octobre. Et les perspectives pour le secteur industriel sont loin d’être réjouissantes.

« Enlisé dans sa plus forte contraction depuis sept ans, le secteur manufacturier de la zone euro risque de fortement freiner la croissance économique de la région au quatrième trimestre. En effet, les dernières données de l’enquête préfigurent une baisse trimestrielle de la production industrielle de plus d’1 % en fin d’année » a expliqué le chef économiste de Markit Chris Williamson.

Chute des carnets de commandes

L’enquête menée par le cabinet montre que le repli de l’industrie manufacturière s’explique principalement par une baisse des carnets de commandes. Cette chute de la demande se poursuit pour son 13e mois consécutif. Les conjoncturistes mettent en évidence une baisse de la demande intérieure et des exportations en dehors du continent. La plupart des grandes économies de l’Union européenne ont marqué le pas durant des derniers trimestres et particulièrement en Allemagne.

Le moteur de l’Allemagne tourne au ralenti

La première économie de la zone euro reste empêtrée dans de profondes difficultés en cette fin d’année. Selon le dernier indice PMI publié par Markit, le secteur manufacturier outre-Rhin reste clairement ancré en territoire négatif pour ce dernier trimestre 2019. Si l’indicateur s’est légèrement redressé en octobre à 42,1 contre 41,7 en septembre, l’industrie allemande « reste en récession et continue de constituer une menace pour l’économie nationale à travers l’augmentation de destruction d’emplois dans l’industrie » explique Phil Smith économiste à Markit. Les craintes d’une récession technique pour l’économie allemande se multiplient chez les économistes à un moment où Berlin accumulent les excédents budgétaires et commerciaux. Dans une récente interview au quotidien Die Welt, le ministre de l’Economie Bruno Le Maire a appelé le gouvernement allemand à accélérer l’investissement.

« Mes deux amis Olaf Scholz et Peter Altmaier (les deux ministres allemands chargés respectivement des Finances et de l’Economie) me disent toujours que les investissements publics en Allemagne sont suffisants. Je reste convaincu qu’il est possible d’investir davantage, ce que me confirment de nombreux chefs d’entreprise en Allemagne ».

En Europe, le chômage se stabilise et la croissance cale

La croissance dans la zone euro est restée stable au troisième trimestre, mais à un niveau faible de 0,2%, signe d’une stagnation de l’activité en Europe, selon l’Office européen de statistiques Eurostat. Un article de notre partenaire, la Tribune.

L’économie allemande s’est contractée de 0,1% au deuxième trimestre et les chiffres préliminaires du produit intérieur brut pour le troisième trimestre, attendus pour le 14 novembre, devraient signaler une entrée en récession, que caractérisent deux trimestres consécutifs de contraction.

L’Espagne et l’Italie à la peine

Le secteur industriel italien continue de souffrir. Les derniers chiffres de Markit indiquent que la production manufacturière s’est contractée pour le quinzième mois consécutif. Il est ainsi passé de 47,8 à 47,7. En parallèle, la confiance des patrons d’industrie est au plus bas depuis 10 mois. La péninsule, qui est exposée aux soubresauts du commerce mondial, souffre d’une croissance atone et d’une productivité en berne. En outre, l’Italie  « est  le seul grand pays dans lequel l’activité a aussi ralenti dans les secteurs non industriels. Le lien de cause à effet est difficile à démontrer, mais la chronologie suggère que la hausse de l’incertitude politique n’est pas étrangère à ce résultat » expliquait récemment l’économiste de ODDO, Bruno Cavalier, dans une note consacrée à l’économie européenne.

De son côté, l’Espagne enregistre un cinquième mois consécutif de baisse de l’indice PMI. À 46,8, il a atteint son plus bas niveau depuis six ans et demi. Outre le ralentissement de l’économie mondiale, les incertitudes politiques pèsent sur la demande et la confiance des investisseurs, expliquent les économistes de Markit. « Depuis deux ans, le Premier ministre Sanchez n’a toujours pas réussi à obtenir une majorité stable, ce qui a pu retarder ou rendre plus difficiles les discussions budgétaires » souligne Bruno Cavalier. Les citoyens de la péninsule ibérique s’apprêtent à aller voter pour des élections législatives le 10 novembre prochain.

Léger rebond en France

En France, l’industrie retrouve quelques couleurs. L’indice des directeurs d’achats interrogés par Markit se redresse légèrement entre septembre et octobre passant de 50,1 à 50,7. « Cette très légère amélioration de la conjoncture a essentiellement résulté de la plus forte hausse de l’activité depuis quatre mois, tendance que les entreprises interrogées attribuent généralement aux retombées positives de démarches commerciales » explique le cabinet. Les exportations à l’étranger ont progressé au mois d’octobre dopé par une amélioration de la demande étrangère. « Cette tendance n’a cependant pas suffi à compenser la faiblesse de la demande sur le marché français, le volume global des nouvelles commandes reçues par les fabricants ayant en effet diminué pour un deuxième mois consécutif » précise Markit. Pour l’instant, l’économie tricolore semble résister au coup de frein européen, mais la plupart des prévisionnistes anticipent un ralentissement du PIB pour l’année prochaine.

La Tribune

La Tribune [latribune.fr]

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