Entreprises et administration vont manquer de bras pour gérer la frontière post-Brexit

Au PC sécurité d’Eurotunnel, à Calais : 600 caméras scrutent les 650 hectares du site. [Cécile Réto/Ouest-France]

À deux semaines du Brexit, le secteur du transport et de la logistique tente d’anticiper les éventuels droits de douane et contrôles renforcés. Mais les entreprises comme l’administration n’ont pas le personnel nécessaire.

De part et d’autre de la Manche, c’est un peu la panique avant le Grand Soir. « En ce moment, la fréquentation d’Eurotunnel est en train de battre tous les records, car tous les clients sont en train de pousser du stock» assure Olivier Thouard, président de la commission Brexit de l’Union Transport et Logistique de France Overseas (TLF). Une situation qui rassure le responsable, puisque les flux devraient se ralentir quelque peu en avril. L’organisation a improvisé une conférence de presse le 14 mars, dans la foulée du rejet de l’accord de Brexit par les parlementaires britanniques.

À moins de deux semaines de la date butoir pour la sortie du Royaume-Uni, avec ou sans accord, les professionnels du transport et de la logistique, ainsi que les douanes françaises se sont préparés autant que faire se peut.

La panique du Brexit est en train de traverser la Manche

Les Français ont enfin réalisé que le Brexit se fera sans accord. Le Medef assure que les entreprises ne sont pas prêtes, l’agriculture est dans l’expectative et les transporteurs sont en panique.

« La plus grande difficulté, c’est qu’on est toujours dans l’incertitude » nuance Séphane Hamouche, directeur des affaires douanières de Bolloré Logisitics, et président de la commission douane TLF Overseas.

C’est seulement le 14 mars que le gouvernement britannique a détaillé le nouveau régime douanier qui serait mis en place de façon temporaire, pendant douze mois maximum, en cas de sortie de l’Union européenne sans accord. Ainsi, 82% des importations en provenance de l’Union européenne ne seraient pas soumises à des droits de douane, contre 100% aujourd’hui.

« Les droits de douane en cas de « no deal » il y en aura », reconnait Olivier Thouard. Mais pour s’acquitter de ces nouvelles obligations, les entreprises exportatrices vont devoir mettre les bouchées doubles. «Il va falloir se mettre à la déclaration de douane anticipée » explique le représentant de TLF Overseas.

Frontières intelligentes

Anticiper les déclarations de douanes en numérisant au maximum les procédures, et mettre en place une « frontière intelligente », la solution s’impose côté français pour éviter la saturation des infrastructures à Calais ou Dunkerque, où la saturation guette. « L’objectif de la frontière intelligente c’est de ne pas s’arrêter, car il n’y aura pas la place pour que les camions s’arrêtent, même une heure » explique Olivier Thouard

Concrètement, pour effectuer ces déclarations anticipées, les entreprises devront s’équiper en personnel de déclarants. Chez  GEFCO par exemple, notre volume de déclaration va augmenter de 50% avec le Brexit. On est en plein de recrutement pour assurer les déclarations. On a embauché 30 personnes supplémentaires »  détaille explique Olivier Thouard.

Des renforts douaniers attendus à Roscoff et Saint-Malo après le Brexit

En cas de Brexit dur, le 29 mars, les formalités ne seront plus les mêmes dans les ports de la Manche. Selon la CFDT, huit renforts douaniers sont attendus à Roscoff, six à Saint-Malo. Un article de notre partenaire, Ouest-France.

Au sein des entreprises adhérentes de TLF, les besoins en personnel pour assurer les déclarations de douane avec le Royaume-Uni s’élèvent à environ 1000 postes.

« Mais on n’embauche pas au cas où ! On embauche quand on en a besoin », Herbert de Saint Simon, président de TLF Overseas.

Éviter le blocage

« Comme on veut tous éviter un blocage des ports et d’Eurotunnel, il faut faire les démarches douanières en amont. Il ne faudra pas arriver sur un port sans avoir fait les opérations douanières en amont, sinon on va tout bloquer » martèle Olivier Thouard.

La crainte de la congestion aux points de passage de la future frontière – comme Calais – s’est accrue côté français avec la « grève du zèle » entamée par les douaniers pour dénoncer le manque de moyens affecté à la gestion du Brexit.

Le gouvernement a recruté 700 douaniers supplémentaires pour faire face au Brexit. Mais l’effort est jugé insuffisant par les agents des douanes, qui craignent une dégradation de leurs conditions de travail et demandent davantage de recrutements.

Pour faire pression, les douaniers ont renforcé les contrôles à la frontière, entraînant des kilomètres de bouchons sur l’A16 en direction du site d’Eurotunnel. « Ce qui se passe à Calais en ce moment montre bien qu’avec un grain de sable dans le système Eurotunnel, et toute l’autoroute est bloqué » explique Herbert de Saint Simon.

De fait, l’entreprise Eurotunnel, concessionnaire de l’infrastructure du tunnel sous la Manche, a ouvert en 1994 alors que le Royaume-Uni avait déjà rejoint la communauté européenne. Résultat, le système de douane n’a jamais fonctionné dans le tunnel sous la Manche.

Les flux de marchandise pourraient cependant se tarir après le Brexit, car les entreprises sont en train d’envoyer le maximum de marchandise outre-Manche avec l’échéance du 29 mars.

Face au Brexit, Calais se prépare «même au pire»

À cinq mois du Brexit, avec le blocage des négociations entre Londres et Bruxelles, l’inquiétude monte à Calais. La maire, Natacha Bouchart, parle de grand flou. Un article de notre partenaire, Ouest-France.

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