Vers une transition juste dans la filière industrielle ? Des obstacles persistent  

Malgré les retombées de la pandémie, la transition écologique et numérique est en cours à travers le navire européen, transformant la vie de ses travailleurs, notamment ceux dans le secteur de la construction. EPA-EFE/Sandor Ujvari HUNGARY OUT [EPA-EFE | Sandor Ujvari]

Malgré les retombées de la pandémie, la transition écologique et numérique est en cours à travers le navire européen, transformant la vie de ses travailleurs, notamment ceux dans le secteur de la construction. L’UE s’engage à mener une transition juste afin que personne ne reste sur le banc de touche. Néanmoins, les déséquilibres en matière de financement et le manque de points de vue pourraient saper son évolution.

« Le plus grand défi est sans aucun doute celui de créer une transition juste » qui garantit l’équité pour les personnes les plus vulnérables, a déclaré Diederik Samson, chef du cabinet de Frans Timmermans, vice-président de la Commission européenne chargé du Pacte vert pour l’Europe.

C’est à cette fin que la Commission européenne a mis sur pied le socle européen des droits sociaux et le Fonds pour une transition juste. De son côté, le Parlement européen est également préoccupé par ce sujet, si bien qu’un projet de rapport esquissant une feuille de route pour amorcer une transition équitable attend d’être voté en séance plénière. De plus, le Comité économique et social européen (CESE) a récemment adopté un rapport destiné spécifiquement à la transition juste dans la filière industrielle.

D’après le comité, il est primordial de soutenir les régions industrielles, car elles « sont confrontées à de grands défis pour moderniser leur structure, améliorer les compétences de la main-d’œuvre, compenser les pertes d’emplois dans les secteurs clés, revoir à la hausse la productivité qui limite la croissance des revenus ».

Toutefois, si elle n’est pas menée à bien correctement, la transition vers une économie verte et numérique risque de délaisser des régions entières et de larges franges de la population, notamment les groupes vulnérables comme les personnes ayant un handicap, les personnes âgées et les migrants, souligne le rapport.

L’ampleur du Fonds pour une transition juste pourrait constituer un problème majeur pour une transition juste. Alors que la Commission européenne avait initialement proposé qu’il soit porté à 40 milliards d’euros, les dirigeants du bloc se sont entendus pour le réduire à 17,5 milliards lors d’une rencontre en juillet.

Les syndicats de travailleurs se disent pessimistes sur les conséquences entraînées en cas de financement déséquilibré. « Si les montants sur la table restent dérisoires, la transition juste n’aura pas lieu », a déclaré le secrétaire général d’IndustriAll Europe, Luc Triangle, lors d’une audition du CESE mi-novembre.

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Points de vue divers

Le dialogue avec les acteurs concernés avant de mettre sur pied ces stratégies est essentiel pour le bon déroulement des transitions, note le rapport.

Par conséquent, l’UE souhaite prendre en compte les points de vue des syndicats, des décideurs politiques et de la société civile.

Il convient sans aucun doute de considérer les avis des travailleurs dans les secteurs touchés de manières disproportionnées par la transition, a fait savoir la députée et rapporteur du rapport du Parlement sur les transitions justes Agnes Jongerius (S&D). Il est « de la plus haute importance que les travailleurs et syndicats de ces filières aient voix au chapitre. Il est temps de mettre un terme aux systèmes de tableur de gestion hiérarchisés ».

Toutefois, ces démarches de consultation n’ont pas été entamées dans tous les États membres, a indiqué Judith Kirthon-Darling, secrétaire générale adjointe.

« Dans certaines nations européennes, les travailleurs et syndicats ne sont pas impliqués dans les processus décisionnels liés aux priorités nationales des fonds octroyés [dans le cadre du plan de relance pour l’Europe] », a-t-elle expliqué. Ce qui signifie « que les aides financières ne seront pas destinées à des actions pouvant jouer un rôle significatif dans le maintien ou la création d’emplois ».

De surcroît, Mme Kirton-Darling avance que le fait de traiter les acteurs concernés de la même manière au fil du dialogue entrave l’efficacité de la stratégie créée.

« Les syndicats et les employeurs endossent des responsabilités juridiques particulières sur le plan […] de la gestion de la transition », a-t-elle fait savoir. « Si vous ne reconnaissez pas ces responsabilités, alors la stratégie est seulement belle sur papier, mais dans la pratique elle ne sera pas avantageuse pour nos sociétés. »

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Lutter contre les inégalités régionales

Certains soulèvent également des inquiétudes relatives au déroulement de cette transition équitable autour de l’orbite européenne. Les régions qui se reposent sur des secteurs fort polluants seront particulièrement touchées. Alors que la rengaine répétée à Bruxelles stipule « qu’aucune région ne sera délaissée », les parties prenantes autour de la table reconnaissent que cela est plus facile à dire qu’à faire.

Malgré les effets démesurés sur certaines régions, les stratégies politiques à l’échelle nationale et européenne sont souvent mises en place dans des pays à faibles revenus au niveau local, soutient Mme Jongerius. « Il serait utile de faire appel aux connaissances des travailleurs et de leurs syndicats, des petites entreprises et des décideurs politiques » pour définir la distribution du Fonds pour une transition juste, a-t-elle renchéri.

Les enjeux sont élevés dans cette lutte visant à contrer les inégalités régionales. Si les stratégies prises s’avèrent inefficaces, la transition pourrait davantage alimenter l’extrémisme, a appuyé Mme Kirton-Darling.

« La facilité avec laquelle le populisme se nourrit de la crainte des habitants des régions soumises à ce changement économique massif est sous-estimée », a-t-elle fait savoir, concluant « qu’il est très difficile de contrer le populisme une fois qu’il prend racine ».

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