Les énergies renouvelables sonnent-elles le glas du charbon ?

shutterstock_246598300 [chyuss/ Shutterstock]

Les réglementations environnementales et les énergies renouvelables nuisent à la rentabilité des centrales à charbon. D’après le think thank britannique, Carbon Tracker, celles-ci perdraient plusieurs milliards d’euros par an.

Dans l’UE, les centrales à charbon deviennent de moins en moins rentables. Selon une nouvelle étude du think thank britannique Carbon Tracker, elles auraient perdu 6,6 milliards d’euros rien qu’en 2019. L’analyse, publiée le 24 octobre, stipule que 79 % des centrales à charbon du bloc produisent aujourd’hui à perte. L’Allemagne est le pays le plus touché (avec 1,9 milliard d’euros de perte), ensuite viennent l’Espagne (992 millions d’euros) et la République tchèque (899 millions d’euros). Seule une poignée d’usines en Pologne, en Italie et en Slovénie n’ont pas été touchées, grâce à des prix plus avantageux sur le marché de gros.

« Le charbon n’est plus un marché rentable. D’une part, les prix des combustibles sont à la hausse. D’autre part, les énergies renouvelables prennent de plus en plus de place. Les prix peu élevés du gaz mettent particulièrement la pression sur le marché », explique Sriya Sundaresan, une des auteures de l’étude. L’équipe d’analystes a utilisé les données de 542 centrales pour tirer ces conclusions. Les coûts des combustibles, les coûts relatifs à l’exploitation de la centrale, le prix des quotas d’émissions et celui, entre autres, de la construction d’un nouveau filtre pour respecter les règles environnementales plus strictes de l’UE, ont été pris en compte.

La fin du charbon d’ici à 2030 ?

La popularité en berne du charbon n’a rien de nouveau. Cette tendance était en effet déjà décrite dans de précédents rapports du think thank : en 2015, les analystes publiaient qu’entre 2008 et 2013, le charbon avait généré 100 milliards d’euros de perte dans les cinq plus grandes sociétés énergétiques de l’UE. En 2017, les chercheurs dévoilaient que 54 % des investissements dans le marché charbonnier étaient dans le rouge. Les sociétés énergétiques ont donc réagi pour combler ces pertes et diminuent depuis des années leur utilisation du charbon. Selon Carbon Tracker, cette année seulement, la production de la houille a baissé de 39 % et celle du lignite de 20 %.

Un fonds européen finance le lobby du charbon

La Commission européenne investit 40 millions d’euros chaque année dans des projets de recherche sur le charbon. L’argent est aussi utilisé pour les frais de personnel du plus grand lobby du charbon d’Europe. Un article d’Euractiv Allemagne.

Le think thank prévoit même la fin du charbon : au vu des conditions actuelles et de la diminution du nombre de permis de polluer octroyés, la dernière centrale à charbon devrait fermer au plus tard en 2030.

Jusqu’à présent, la plupart des États membres de l’UE se sont engagés à sortir du charbon avant 2030. Seule l’Allemagne, le plus gros consommateur charbonnier de l’UE, a prévu sa sortie d’ici à 2038. La Pologne, un pays qui produit encore énormément de charbon, prévoit pour sa part la construction de nouvelles centrales à charbon. « Si les gouvernements ne parviennent pas à se défaire du charbon, ils devront trouver des compromis. Soit, ils renverront le risque financier aux clients et augmenteront les prix. Soit, ils dépendront des subventions des contribuables. À moins que les exploitants des centrales électriques investissent eux-mêmes de l’argent dans le marché charbonnier et renoncent ainsi à l’argent des parties prenantes », indique Sriya Sundaresan.

Des chiffres montés de toutes pièces

Les sociétés énergétiques ne voient pas la situation du même œil. D’après RWE, le plus gros perdant de cette année selon l’étude (975 millions d’euros), ces chiffres sont montés de toutes pièces. « Si nos dispositifs ne couvraient pas le coût cash-flow, alors nous ne les utiliserions pas », a commenté la société. Pendant le premier semestre de 2019, l’entreprise a réalisé un bénéfice (BAIIDA, bénéfice avant intérêts, impôts, dépréciation et amortissement), de 172 millions d’euros dans le secteur charbonnier et les estimations portent à croire qu’il se situera entre 300 millions et 400 millions d’euros d’ici à la fin de l’année.

Il est toutefois vrai que les centrales à charbon n’ont plus la cote et qu’elles sont de plus en plus souvent évincées par d’autres centrales. « Nous supposons que les bénéfices des centrales à charbon restantes continueront de croître avec les prochaines fermetures de capacités de production », a ajouté le porte-parole de RWE.

Uniper, le deuxième plus gros producteur de charbon en Allemagne, a également exprimé des critiques par rapport à l’étude : « Environ la moitié des centrales sont liées à des contrats à long terme, qui ne dépendent pas des fluctuations quotidiennes de la bourse. Ceci n’aurait pas pu être inclus dans les calculs, car les chercheurs ne sont pas au courant de ce qui figure dans les contrats », a souligné un porte-parole d’entreprise. Il ne fait toutefois aucun doute qu’un « vent de changement souffle sur la société et nous acceptons la fin du charbon dans son principe ».

Le producteur prévoit toutefois d’utiliser le charbon pendant un temps encore : « Pour un pays industriel, comme l’Allemagne, dépendre des conditions météorologiques ou des importations étrangères pour assurer l’approvisionnement en électricité n’est pas une option. »

Les centrales à charbon ont accepté les énergies renouvelables depuis quelque temps

Certains se rangent toutefois derrière les chiffres de l’étude : doucement les énergies renouvelables sonnent le glas du charbon. Et cela pourrait se traduire par une situation où tout le monde est gagnant. Les investissements dans les énergies renouvelables deviendront de plus en plus attrayants pour les centrales à charbon. La plupart des centrales à charbon ont accepté les énergies renouvelables depuis quelque temps. 60 % des gains de RWE, qui se nomme « nouveau RWE » depuis le rachat de la part énergies renouvelables d’Innogy, proviennent désormais des énergies renouvelables.

L’enlisement du développement du réseau et le manque de dispositifs de stockage posent, en outre, de gros problèmes pour l’électricité verte, souligne Sriya Sundaresan. « Notre étude offre un premier aperçu d’un long processus de transformation qui sera naturellement difficile à maîtriser ».

 

 

 

 

 

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