Bruxelles anticipe une récession plus grave qu’en 2009

La présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, et le président du Conseil européen, Charles Michel, mènent une conférence de presse dans une salle presque vide sur les mesures contre la crise sanitaire, le 17 mars 2020. [EPA-EFE/STEPHANIE LECOCQ]

La crise économique causée par le coronavirus promet d’être plus profonde que la grande récession de 2009, d’après un document interne de la Commission européenne qu’Euractiv a pu consulter.

La pandémie a paralysé l’économie de la plupart des États membres. Les usines ont temporairement fermé leurs portes, et dans certains secteurs, comme ceux de la grande distribution ou du tourisme, la demande a chuté en raison des mesures de confinement imposées par les gouvernements pour contenir la propagation du virus.

La Commission n’a pas encore estimé à quel point l’économie allait se contracter en conséquence, comme l’épidémie n’a pas encore atteint son pic. Mais un document interne daté du 30 mars prévoit déjà des répercussions économiques plus graves que lors de la crise financière de 2009.

Message d’alarme

« Compte tenu de l’ampleur des perturbations, sur le plan de l’offre, de la capacité productive des pays et des chaînes de valeur mondiales (intra- et extracommunautaires), nous pouvons raisonnablement nous attendre à une crise plus profonde que la grande récession de 2009 », indique le document. À l’époque, le PIB européen avait chuté de 4,3 %.

D’après la Commission, l’impact global de la crise dépendra de la durée des mesures adoptées pour contenir la propagation de la maladie.

Effets directs

Dans son rapport interne, l’exécutif européen note qu’au départ, lorsque la crise se limitait à la Chine, le principal problème économique résidait dans les effets indirects de la perturbation des chaînes d’approvisionnement internationales. Mais aujourd’hui, le problème se situe dans la suspension des activités économiques non essentielles dans les pays du monde entier, en particulier en Europe.

Ces effets sur la demande, au sein de l’UE comme en dehors, se font sentir petit à petit, en particulier sur les secteurs du transport, du tourisme, de l’hôtellerie et de la restauration.

Une forte reprise de l’économie (en forme de « V »), qui ne semble pas sur le point de repartir de sitôt, n’est plus envisageable.

« Les développements récents indiquent que [nous plongeons] dans une grave crise mondiale de la demande. Tandis que les sites de productions en Chine amorcent un “retour à la normale”, les indicateurs économiques internationaux ne reviennent pas à leurs niveaux antérieurs », déclare le texte.

Le Parlement européen vote une aide financière en faveur des pays frappés par le coronavirus

Le Parlement européen, quasiment unanime, a adopté deux paquets de mesures destinées à soutenir financièrement les pays touchés par l’épidémie de COVID-19. Le vote a eu lieu à l’issue d’une procédure d’urgence.

Par ailleurs, la Commission prévient que la propagation du virus aux États-Unis, qui compte le plus grand nombre de cas, « risque sans doute de prolonger l’impact de la crise jusqu’à la fin de l’été ».

Et un effet domino pourrait encore se produire. « L’impact d’une seconde vague d’effets provoquée par des incertitudes et des pertes financières ne peut être mesuré à ce stade », précise le document.

En outre, au fur et à mesure de l’aggravation de la crise, les répercussions sur l’économie réelle risquent de s’étendre au secteur financier.

À cet égard, les gouvernements nationaux devraient sous peu adopter des mesures additionnelles. La Commission indique à ce titre qu’il sera « peut-être nécessaire » de nationaliser les entreprises des principaux secteurs de l’économie, du moins temporairement, le temps d’injecter des capitaux supplémentaires dans les autres domaines.

Toutefois, l’exécutif européen met en garde sur l’injection de liquidités dans des entreprises en difficulté qui croulent sous les « créances douteuses ».

À ce jour, les États membres ont mis en place un plan de relance budgétaire qui s’élève en moyenne à 2 % des PIB nationaux (soit environ 240 milliards d’euros pour les pays de la zone euro), et ont fourni des liquidités qui se chiffrent à environ 13 % du PIB. Mais la Banque centrale européenne (BCE) conseille de doubler la valeur de ces mesures de relance, qui devraient selon elle atteindre environ 4 % du PIB.

Dès le début de la pandémie, les États membres ont adopté des mesures destinées à renforcer leurs services publics, en particulier les services de santé. Ils ont aussi apporté un soutien financier direct et indirect aux travailleurs et ont injecté des liquidités dans les entreprises, principalement sous forme d’exonération d’impôts.

Aux niveaux national et européen, une aide a aussi été accordée aux secteurs en difficulté, en particulier les petites entreprises.

Les États membres travaillent actuellement sur un plan de relance européen plus ambitieux qui pourrait inclure le Mécanisme européen de stabilité (MES), le fonds de sauvetage de l’UE.

L’Eurogroupe se réunira le 7 avril et rendra compte de la situation aux leaders européens plus tard dans la semaine.

Désaccord flagrant entre chefs d'Etat sur la réponse économique au coronavirus

Les dirigeants européens n’ont pas trouvé de consensus sur les mesures de relance à mettre en œuvre pour contrer les effets de la pandémie. Les pays du Nord ne veulent pas des « obligations corona » réclamées certains États membres.

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