L’instrument de relance NextGenerationEU peine à trouver sa véritable nature

En juillet dernier, les dirigeants du bloc se sont accordés sur un plan de relance historique : au nom de l’UE, la Commission européenne empruntera jusqu’à 800 milliards d’euros sur les marchés financiers.

Tandis que le doute persiste sur la mise en œuvre du NextGenerationEU à hauteur de 800 milliards d’euros, la Commission européenne et les experts ont souligné que l’instrument de relance économique ne s’apparentait pas au plan de sauvetage américain. Il s’agit d’un outil d’investissement à moyen terme ayant pour but de transformer l’économie de l’UE.

En juillet dernier, les dirigeants du bloc se sont accordés sur un plan de relance historique : au nom de l’UE, la Commission européenne empruntera jusqu’à 800 milliards d’euros sur les marchés financiers.

Néanmoins, la lenteur des démarches pour ce faire suscite des préoccupations et critiques de la part des investisseurs et des États membres.

« Nous avons perdu trop de temps. La croissance chinoise est repartie. Les États-Unis sont en plein essor. L’UE doit rester dans la course », a estimé le ministre français des Finances Bruno Le Maire, mardi (27 avril).

Berlin, Paris, Rome et Madrid souhaitent accélérer la mise en place du Plan de relance

Début de semaine, les ministres des Finances allemand, français, italien et espagnol ont appelé les États membres à soumettre leur plan de relance à la Commission européenne afin d’accélérer l’évaluation des projets d’investissements et de réformes.

Vendredi (6 mai), seule la moitié des gouvernements du bloc avaient soumis leurs propositions d’investissements et de réformes à la Commission pour accéder à leur part du fonds européen de relance. La date butoir était pourtant fixée au 30 avril 2021. Entretemps, sept États membres doivent encore ratifier la décision du Conseil relative aux ressources propres, afin de concrétiser la levée des 800 milliards d’euros sur les marchés.

De plus, l’élan européen a été éclipsé par le dynamisme continu de l’administration Biden et son American Rescue Plan Act 2021.

Ces dernières semaines, les institutions européennes et ministres des Finances ont été rapides à souligner que toute comparaison avec la stratégie de relance américaine n’était pas équitable. D’une part, les gouvernements de l’UE ont déjà approuvé des mesures nationales. D’autre part, les programmes d’aide européens sont plus solides que de l’autre côté de l’Atlantique.

« D’un œil critique, si nous nous focalisons sur l’échelle, nous minimisons l’ampleur et l’évolution du soutien octroyé, notamment à l’économie européenne », a déclaré le président de l’Eurogroupe Paschal Donohoe en mars.

13 pays ont soumis leur plan de relance, 14 encore attendus

La Commission européenne a reçu les plans nationaux de relance et de résilience (PRR) de 13 pays pour accéder au fonds de relance de 750 milliards d’euros de l’Union européenne. 14 des 27 États membres de l’UE ne figurent toujours pas sur la liste.

Le commissaire européen à l’économie, Paolo Gentiloni, a mis en évidence que le fonds européen de relance, en particulier son pilier principal – la Facilité pour la reprise et la résilience (FRR) –, n’était pas un « fonds d’urgence », sachant que la première réponse des États membres était très forte et que d’autres instruments européens ont été approuvés auparavant, y compris le mécanisme SURE de soutien pour les travailleurs.

« Le fonds est destiné à une croissance de qualité. Il devrait être lié aux transitions verte et numérique, ainsi qu’aux réformes », a-t-il expliqué.

Selon Maria Demertzis, directrice adjointe du think tank Bruegel, le plan de relance pour l’Europe n’est pas comparable à la stratégie élaborée par Joe Biden.

Le NextGenerationEU est un « instrument d’investissement à moyen terme, pas un outil de stabilisation budgétaire. Il est essentiel de le rappeler, car il s’apparente à un plan de relance ordinaire dans la conscience collective ».

Les occasions à saisir

La FRR offre surtout trois occasions à saisir sur le court, moyen et long terme.

Prochainement, elle pourrait fournir l’élan à l’Europe afin de devenir leader en matière de transition verte et de rattraper son retard sur le plan numérique.

Toutefois, Angel Talavera, directeur du département économie européenne à Oxford Economics, a signalé que le doute planait sur les répercussions économiques d’un plan de relance de ce type. Selon lui, il faudra attendre plusieurs années avant d’en apercevoir les résultats, notamment en matière numérique.

Sur le moyen terme, la Facilité pourrait être « la carotte » permettant d’introduire les réformes longuement reportées dans les États membres, par exemple pour transformer le marché du travail en Espagne ou le système judiciaire en Italie. Le Semestre européen pour la coordination des politiques économiques n’a pas créé assez d’incitations au fil des dernières années, car il manquait de mordant, ont fait valoir les experts.

Dans un document publié il y a peu, le Centre for European Policy Studies (CEPS) souligne que la FRR « a la capacité de diriger la mise en œuvre des réformes structurelles ».

« Le versement des fonds mis à disposition au titre de la Facilité pour la reprise et la résilience est lié à l’accomplissement d’objectifs fixés dans les plans de relance nationaux, qui s’alignent sur les réformes structurelles identifiées dans les recommandations spécifiques par pays », peut-on lire dans le dossier.

La France et l'Allemagne présentent des plans de relance très verts

Le ministre français de l’Économie, Bruno Le Maire, et le ministre allemand des Finances, Olaf Scholz, ont tenu aujourd’hui (27 avril) une conférence de presse commune pour dévoiler leur plan national de relance et de résilience.

Cependant, Mme Demertzis remet en cause l’introduction de réformes majeures présentant des coûts politiques élevés. De ce fait, « il ne faut pas trop en attendre de la part des gouvernements », conseille-t-elle. L’accent sera mis sur les réformes liées aux programmes verts et numériques, bien que de « premières actions » soient lancées pour l’emploi, les pensions et d’autres secteurs complexes.

Sur le long terme, la FRR – opérationnelle jusqu’en 2026 – pourrait devenir l’instrument budgétaire permanent qui manque actuellement à l’UE pour encaisser les chocs économiques, comme l’a demandé la Banque centrale européenne (BCE) en septembre, du moins pour la zone euro.

Cette possibilité nécessiterait une révision périlleuse des traités de l’UE. De plus, les États membres opposés à de nouveaux transferts budgétaires, y compris l’Allemagne et les Pays-Bas, insistent sur le caractère temporaire de l’instrument de relance. À l’avenir, ce sujet devrait faire l’objet de pourparlers corsés au sein du sérail politique, dès que nous aurons surmonté la crise sanitaire et que les États membres auront prouvé l’utilisation à bon escient du fonds européen de relance.

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