Challenges sur TikTok : les régulateurs européens sont invités à « intervenir immédiatement »

« Au nom de plus de 60 000 participants, nous demandons non seulement l’arrêt de TikTok, mais nous préparons également une plainte collective contre TikTok pour violation du RGPD », a déclaré Cor Wijtvliet, cofondateur de SOMI, mercredi 7 avril. [Shutterstock]

Les régulateurs de l’UE ont été invités à « intervenir immédiatement » dans le fonctionnement de l’application de partage de vidéos TikTok, au regard de la mode des « Blackout Challenges » sur les réseaux sociaux, qui ont entraîné une série de décès chez les jeunes.

L’organisation néerlandaise à but non lucratif Foundation for Market Information Research (SOMI) a déposé une plainte auprès de la commission irlandaise de protection des données (DPC), principale autorité de régulation de TikTok dans l’UE, au nom de plus de 60 000 plaignants de toute l’Union.

SOMI, qui milite pour le respect de la vie privée et des normes de consommation, accuse la plateforme chinoise de « négligence permanente dans la garantie de la sécurité de ses jeunes utilisateurs » ainsi que de violations du Règlement général sur la protection des données (RGPD) de l’UE, notamment « le traitement non sécurisé et non autorisé de données personnelles, jusqu’au transfert de données de citoyens européens vers la Chine. »

« Au nom de plus de 60 000 participants, nous demandons non seulement l’arrêt de TikTok, mais nous préparons également une plainte collective contre TikTok pour violation du RGPD », a déclaré Cor Wijtvliet, cofondateur de SOMI, mercredi 7 avril.

« Les participants viennent de toute l’Europe. Toute personne ayant elle-même ou des enfants avec un compte TikTok peut participer à la réclamation. »

SOMI cite le cas récent de Joshua Haileyesus, un garçon de 12 ans du Colorado, qui est resté en état de mort cérébrale après avoir participé à un jeu en ligne, baptisé « Blackout challenge », le 22 mars. Ce jeu consiste à se priver d’oxygène au point de perdre connaissance.

Les rapports suggèrent que le jeu est devenu de plus en plus populaire sur les réseaux de médias sociaux, et que TikTok a été accusé d’avoir hébergé le défi. Un récent appel de fonds pour les frais médicaux, lancé par des membres de la famille de Haileyesus, indique que le jeu « gagne en popularité » sur la plateforme.

Toutefois, aucun lien direct n’a encore été établi entre les blessures du garçon de 12 ans et une prétendue utilisation de TikTok. La plateforme a tenu à promouvoir ses directives communautaires à l’intention des utilisateurs de la plateforme, notant qu’elle « supprime de manière proactive les contenus qui affichent un suicide, des idées suicidaires ou des contenus qui pourraient encourager la participation à d’autres comportements d’automutilation. »

En outre, en septembre de l’année dernière, la société a noté que ses systèmes de modération de contenu avaient automatiquement « détecté et signalé » les cas de suicide qui avaient été diffusés en ligne.

Développements en Europe

En Europe, plus tôt cette année, l’autorité italienne de protection des données a imposé un blocage temporaire de l’accès aux données des utilisateurs de TikTok dont l’âge ne pouvait pas être vérifié, suite au décès d’une fillette de 10 ans sur la plateforme qui avait participé au même jeu.

Cette mesure est intervenue après que l’autorité italienne a tapé du poing sur la table contre TikTok pour un « manque d’attention à la protection des mineurs » sur sa plateforme, en décembre 2020.

Depuis ces événements, l’autorité italienne de protection des données a déclaré que l’entreprise avait accepté de « prendre des mesures pour bloquer l’accès aux utilisateurs de moins de 13 ans, et d’évaluer l’utilisation de systèmes d’intelligence artificielle pour la vérification de l’âge »

Cependant, SOMI affirme que TikTok n’a « pas respecté les exigences des autorités concernant l’accès des enfants mineurs à sa plateforme. »

Pour sa part, un porte-parole de TikTok a déclaré à EURACTIV que « le maintien de la sécurité de notre communauté, en particulier de nos plus jeunes utilisateurs, et le respect des lois où nous opérons sont des responsabilités que nous prenons incroyablement au sérieux. »

Pendant ce temps, la commissaire irlandaise à la protection des données, Helen Dixon, a récemment fait part de ses inquiétudes concernant les opérations de TikTok en Europe, lançant l’accusation que certaines données personnelles de l’UE pourraient être mises en silo en Chine.

« Il y a un certain nombre de défis en relation avec TikTok pour le DPC irlandais », a déclaré Mme Dixon. « TikTok nous dit que les données de l’UE sont transférées aux États-Unis et non en Chine. Cependant, nous avons compris qu’il y a la possibilité que des ingénieurs de maintenance et d’IA en Chine accèdent aux données. »

Mme Dixon a également révélé que la commission irlandaise de protection des données a également eu un « nombre important de réunions » avec TikTok depuis décembre, lorsqu’il a été confirmé que la plateforme sous le radar de l’autorité.

En réponse, la plateforme chinoise a déclaré à EURACTIV que les données des utilisateurs étaient uniquement stockées sur des serveurs sécurisés à Singapour et aux États-Unis, mais n’a pas abordé spécifiquement la question de savoir si les ingénieurs en Chine avaient la capacité technique d’accéder aux données personnelles de l’UE.

L'application TikTok dans le viseur des régulateurs européens des données

Déjà au coeur des tensions sino-américaines, l’application chinoise de vidéos divertissantes TikTok fait l’objet d’enquêtes en Europe concernant son utilisation des données personnelles, et notamment de la part du régulateur français qui s’interroge sur les modalités de son implantation dans l’UE.

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