Bruxelles propose des mesures inédites pour la finance durable

Valdis Dombrovskis et Jyrki Katainen ont annoncé de nouvelles mesures pour la finance durable. [Georges Boulougouris/European Commission]

La Commission européenne suggère une série de mesures en faveur de l’investissement privé dans les technologies à faible carbone, comme les renouvelables.

« Pour respecter nos engagements climatiques, nous aurons besoin d’investissements à grande échelle. Rien que pour l’Europe, nous aurons besoin d’environ 180 milliards d’euros d’investissement supplémentaire par an jusqu’en 2030 », estime Valdis Dombrovskis, commissaire chargé de la stabilité financière et vice-président de l’exécutif européen.

Bruxelles souhaite s’assurer de la contribution du secteur privé dans la décarbonation de l’économie européenne, afin d‘atteindre les objectifs climatiques de l’Accord de Paris.

Or, « aucune autorité publique ne dispose de ce fonds de cette ampleur », souligne Jyrki Katainen, commissaire à l’emploi, à la croissance, à l’investissement et à la compétitivité. Des capitaux privés doivent donc être mobilisés « pour notre planète ».

L’exécutif européen propose une nouvelle taxonomie européenne qui permettrait d’évaluer, secteur par secteur, la durabilité écologique des activités économiques.

Cette classification fournira aux investisseurs, fonds de pension et sociétés d’investissement privé une « définition commune de ce qui est vert et ce qui ne l’est pas » afin d’orienter plus de capitaux vers les entreprises durables.

« C’est une avancée inédite », assure Valdis Dombrovskis, qui portait pour l’occasion une cravate verte. « Pour la première fois, nous évaluerons quelles activités économiques sont bonnes pour le climat et l’environnement. »

Un groupe d’experts rédigera des orientations pour l’évaluation de ces activités, sur la base de preuves scientifiques. Celles-ci seront transformées en « une classification contraignante, avec des critères spécifiques pour chaque secteur et sous-secteur », explique le commissaire.

Dans le secteur de la construction, par exemple, un projet de logement pourrait être étiqueté vert sur la base de son efficacité énergétique ou la part de matériaux recyclés.

L’Europe lance un plan d’action sur la finance verte

La Commission européenne a dévoilé le 8 mars son plan d’action tant attendu sur la finance durable, qui clarifiera la définition d’investissements écologiques et réduira potentiellement les exigences de fonds propres pour les détenteurs d’actifs.

Transparence et nouvelles références

La nouvelle réglementation prévoit aussi d’assurer que les investisseurs institutionnels tiennent compte de l’empreinte écologique de leurs décisions. Les fonds de pension et firmes d’investissement privé devront expliquer comment leurs investissements favorisent des objectifs durables, afin de mieux garantir la transparence et d’éviter le « green-washing », la promotion d’actifs sous une étiquette verte injustifiée.

La Commission a aussi proposé la création de deux nouveaux baromètres : un « indice de référence correspondant à une faible intensité de carbone », soit une version « décarbonée » des indices existants, et un indice de référence correspondant à un bilan carbone positif, réservé aux entreprises dont les activités mènent à une réduction nette des émissions, afin de mieux aligner les portefeuilles d’investissements aux objectifs climatiques de l’Union.

« En ce qui concerne le changement climatique, le temps presse. Le Titanic n’a pas pu éviter l’iceberg à la dernière minute, et nous serons bientôt dans une situation très similaire », prévient Valdis Dombrovskis. « Nous agissons maintenant. »

Louanges de la société civile

Les mesures proposées par l’exécutif ont réjoui les acteurs de la société civile. « Les propositions qu’a présentées la Commission aujourd’hui renforceront le marché des finances durables, malgré certaines faiblesses », assure Sébastien Godinot, économiste chez WWF.

La balle est à présent dans le camp des eurodéputés et des États membres, qui devraient « soutenir et renforcer le projet, ainsi que le transformer en un outil permettant aux consommateurs de rediriger leur argent vers des actifs durables et éviter ceux qui nuisent à la planète », ajoute-t-il.

Le groupe de réflexion indépendant E3G a encensé l’initiative, assurant qu’elle accélérerait la transition vers une économie plus durable. Les propositions de taxonomie et d’indices de référence contribueront à l’établissement de l’infrastructure de marché nécessaire pour réorienter les flux de capitaux », estime Sandrine Dixson-Declève.

Invest Europe, l’association européenne des sociétés d’investissement et de capital-risque a également réagi positivement à « l’approche de développement progressif d’une taxonomie européenne » et souligné que « l’investissement privé européen œuvre depuis longtemps pour développer et partager les meilleures pratiques sur l’investissement responsable ».

L’organisation reste toutefois vigilante : « la difficulté sera de mettre en place des critères et mesures adaptés » pour l’évaluation des actifs.

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