Bruxelles affiche son optimisme sur la croissance

Pierre Moscovici [European Commission]

La Commission européenne a revu à la hausse ses prévisions de croissance pour 2017 et 2018, malgré les négociations du Brexit qui s’annoncent difficiles.

« Bonne nouvelle ! » C’est ainsi que Pierre Moscovici, commissaires aux affaires économiques et financières, a ouvert la conférence de presse dédiées aux prévisions de printemps, le 11 mai. L’Europe en est à sa cinquième année consécutive de relance et tous les États membres devraient connaître la croissance durant les deux ans à venir, a indiqué la Commission.

L’Europe est confrontée à une série de difficultés, dont le Brexit n’est pas des moindres, mais le commissaire français a souligné une confiance croissante parmi les ménages, la reprise graduelle de l’activité économique au niveau mondial et un « nombre d’emplois [créés] conséquent ».

Résultat : l’exécutif européen a revu à la hausse ses prévisions pour le PIB de l’UE. Le bloc devrait ainsi connaitre une croissance 1,9 % du PIB en 2017 et 2018, la période durant laquelle se dérouleront les négociations de Brexit, soit 0,1 % de plus que ce qui avait été prévu en février. Dans la zone euro, la croissance devrait être de 1,7 % cette année et 1,8 % l’année prochaine.

Les Français dépensent trop, prévient Juncker

Si le président de la Commission européenne a fait profil bas pendant la campagne, dès le lendemain Jean-Claude Juncker a appelé Emmanuel Macron à réduire la dépense publique en France.

Le taux d’investissement stagnant inquiète nombre d’Européens. En effet, malgré le stimulus monétaire énorme fourni par la Banque centrale européenne et le plan Juncker, l’investissement est entravé par la dette publique, les mesures prises par les banques pour équilibrer leurs comptes et une incertitude politique élevée, « même si celle-ci disparait progressivement en Europe », a noté Pierre Moscovici.

Les négociations du Brexit, qui s’annoncent « difficiles et agressives », selon Donald Tusk, le président du Conseil, pourraient en outre freiner encore davantage l’investissement, si les négociations entre Londres et Bruxelles ne permettent pas de lever les incertitudes rapidement, estime la Commission

Pierre Moscovici a également mis en garde contre certains obstacles hérités de la crise, comme le niveau de dette et la « fragilité » de certaines parties du secteur bancaire.

Des risques plus équilibrés

Les risques sont donc toujours présents, mais sont plus équilibrés qu’il y a trois mois, notamment en ce qui concerne la politique.

La Commission compte surfer sur la vague Macron

Galvanisée par la victoire d’Emmanuel Macron, la Commission européenne se penchera sur la défense de l’investissement à l’étranger et appellera à davantage de protection sociale, afin de minimiser les conséquences négatives du commerce à l’échelle mondiale.

« Les incertitudes politiques ont commencé à disparaitre grâce au résultat des élections, et le populisme ne gagne pas de terrain en Europe», s’est félicité le commissaire. « Ces deux tendance ont cependant encore un impact, qui ne se dissoudra que lentement. »

Dans l’ensemble, il est cependant optimiste. Les finances publiques continueront à s’améliorer, même si le progrès est lent, à cause de l’essoufflement des efforts d’ajustement après des années d’austérité dans divers États membres. La relance a cependant un effet bénéfique sur l’emploi, qui a atteint un plus bas depuis 2008.

« À l’avenir, la croissance devrait rester stable », a-t-il assuré.

L’optimisme de Pierre Moscovici ne correspond cependant pas à l’approche plus prudente de Marco Buti, directeur général de la DG des affaires économiques et financières.

Marco Buti estime en effet que malgré la tendance positive actuelle, la reprise économique de la zone euro reste « incomplète » et n’est pas « suffisamment autonome » pour s’affranchir de la macroéconomie. Le chômage reste « élevé », a-t-il rappelé dans l’avant-propos des prévision de printemps, et le les problèmes du secteur bancaire ne se limitent pas à entraver l’investissement. Dans certains États, il pourrait en effet y avoir un dangereux effet de contagion entre les banques en difficultés et la dette souveraines.

La Commission change de ton sur la mondialisation

Après avoir fermé les yeux sur les défauts du libre-échange durant plus de vingt ans, la Commission européenne admet qu’il est temps de mieux partager les profits de la mondialisation.

« La vague d’idées populistes a beau s’être retirée, le sentiment des citoyens d’être les perdants de la mondialisation et de l’innovation technologique qui alimente le populisme est toujours présent », souligne-t-il.

Pour lui, il faudrait donc atteindre une croissance inclusive à l’aide de réformes structurelles : des politiques d’emploi actives, une éducation de qualité et des mesures pour l’augmentation des salaires.

 

 

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