La Cour des comptes juge irréalistes les promesses de la garantie jeunesse

Manifestation contre le chômage des jeunes en 2012.

Malgré des résultats encourageants, le programme européen de lutte contre le chômage des jeunes n’a pas été à la hauteur de ses promesses, estime la Cour des comptes européenne, qui appelle à  des objectifs plus réalistes.

Le chômage chez les jeunes de moins de 25 ans demeure obstinément élevé malgré les efforts déployés par le programme européen de garantie jeunesse, selon un nouveau rapport de la Cour des comptes de l’UE.

Le taux de chômage chez les jeunes à travers l’UE s’établissait à 18,8 % en juin dernier, soit plus de 10 % au-dessus du taux moyen chez les personnes de plus de 25 ans. La Grèce enregistre le taux de chômage des jeunes le plus élevé, 48 %, et l’Allemagne le moins élevé, avec 6 % de jeunes au chômage.

La garantie a été présentée en 2013 comme un plan qui donnerait à toute personne de moins de 25 ans un emploi ou un stage dans les quatre mois suivant l’obtention de leur diplôme ou le début de leur inactivité.

Mais les auditeurs révèlent que jusqu’à présent, aucun pays européen n’a réussi à garantir un poste pour chaque personne sans emploi de moins de 25 ans. La Cour des comptes appelle donc la Commission à formuler des attentes plus réalistes pour le programme et demande aux États membres de faire plus d’efforts pour trouver des emplois aux jeunes au chômage.

Iliana Ivanova, l’auditrice qui s’est penchée sur la garantie jeunesse, considère que les décideurs politiques « ne devraient pas faire des promesses qu’ils ne peuvent pas tenir ».

Un peu plus de la moitié de tous les jeunes inscrits à la garantie jeunesse en 2014 ont fini par trouver un emploi ou un stage dans les sept pays analysés par la Cour des comptes : l’Irlande, l’Espagne, la France, la Croatie, l’Italie, le Portugal et la Slovaquie. En 2015, le taux de réussite dans ces pays a augmenté de 9 %.

Plus de 10 millions de jeunes ont participé au programme depuis 2013, selon les chiffres de la Commission.

Incertitudes sur le financement de la lutte contre le chômage des jeunes en Europe

La commissaire Marianne Thyssen a défendu le bilan de l’initiative pour l’emploi des jeunes devant les ministres européens le 13 octobre, dans l’espoir d’obtenir un budget de 2 milliards d’euros, pour l’instant bloquée par les États membres.

Le rapport de l’autorité européenne survient peu après de longues tractations sur le financement du programme. Les eurodéputés estimaient que la garantie devait recevoir plus de fonds européens alors que les ministres nationaux souhaitaient raboter des milliards d’euros du budget du programme à l’automne dernier.

Dans son discours annuel sur l’état de l’Union, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a promis de continuer le programme, affirmant qu’il ne pouvait pas et n’accepterait pas que l’Europe soit et reste le continent où les jeunes sont au chômage.

En janvier dernier, lorsque le commissaire Günther Oettinger a pris le portefeuille du budget, il a promis d’inclure le financement de la garantie jeunesse dans le budget de l’UE post-2020

Des responsables de la Commission ont toutefois souligné que ses mains étaient liées sur les questions de politique d’emploi puisque ces dernières sont principalement du ressort des gouvernements nationaux.

Dans son livre blanc sur l’avenir de l’Europe, publié le mois dernier, l’exécutif estime que le chômage des jeunes est un domaine dans lequel « il y a une incompatibilité entre les attentes et la capacité de l’UE à y répondre ».

La garantie jeunesse ne reçoit pas assez de fonds européens pour aider les jeunes sans emploi dans l’UE, même si le Conseil a suggéré en 2013 que le programme fonctionnerait pour tous en utilisant seulement l’argent européen, indique le rapport de la Cour des comptes.

Pour combler les lacunes de financement, les auditeurs conseillent aux gouvernements nationaux d’injecter plus d’argent dans les programmes aidant les jeunes à trouver un emploi.

Au total, 6,4 milliards d’euros de fonds européens ont été réservés à la garantie jeunesse pour la période 2014-2020. La Cour des comptes se réfère à une évaluation de l’Organisation internationale du travail (OIT) qui estime qu’un budget de 21 milliards d’euros est nécessaire pour aider toute personne de moins de 26 ans au chômage en Europe.

À ce jour, aucun des sept pays analysés dans l’étude de la Cour n’a calculé combien cela lui couterait d’utiliser la garantie pour trouver des emplois ou des stages aux jeunes citoyens de leur pays en quatre mois.

Des eurodéputés pressent l'UE d'accélérer la lutte contre le chômage des jeunes

Les maigres résultats du programme européen de lutte contre le chômage des jeunes, la garantie pour la jeunesse, ont été vivement critiqués. Des eurodéputés appellent toutefois Bruxelles à ne pas jeter l’éponge et à rendre l’initiative plus efficace.