Bruxelles tâcle les plateformes en ligne sur la désinformation

À l’approche des élections européennes, l’agence européenne de cybersécurité appelle à des lois nationales contre les fake news, alors que la lutte des plateformes contre la désinformation demeure lacunaire.

Insuffisant. Le constat dressé par la Commission a quelques semaines des élections européennes sur la lutte contre la désinformation est sans appel. « Nous avons besoin de voir plus d’avancées dans les engagements faits par les plateformes en ligne pour lutter contre la désinformation », indique un communiqué de l’exécutif européen publié le 28 février.

« Les plateformes n’ont pas fourni assez de détails montrant que les nouvelles politiques et outils sont déployés dans des délais opportuns et avec des ressources suffisantes à travers tous les États membres », est-il écrit dans le document conjoint des commissaires en charge de la justice, Věra Jourová, en charge de la sécurité (Julian King), de l’économie numérique (Mariya Gabriel) et du marché unique numérique (Andrus Ansip).

Des mots qui font écho à ceux déjà employés par l’exécutif européen en janvier quand Facebook et d’autres médias sociaux ont publié leur premier rapport sur le code de bonnes pratiques contre la désinformation.

Les rapports sont censés détailler la manière dont les plateformes suivent et respectent le code de conduite de la Commission, un cadre légal décidé par les régulateurs européens pour endiguer la diffusion des infox en ligne.

L’UE a publié les premiers rapports de conformité du code le 29 janvier. Les signataires des mesures sont entre autres Facebook, Google et Twitter. À ce moment-là, le commissaire à la sécurité, Julian King, avait décrit les premiers rapports de « incomplets et opaques ».

Facebook

Le communiqué du 28 février adopte un ton similaire et reproche à Facebook de ne pas avoir fait le rapport « des résultats des activités entreprises en janvier pour ce qui est de la surveillance du placement de publicités » et de ne pas avoir divulgué « le nombre de faux comptes supprimés à cause d’activités malveillantes ciblant principalement l’Union européenne. »

Ce à quoi Facebook a répondu sur la défensive. « Nous sommes en train de développer des indicateurs de performance autour de la publicité politique, mais ceux-ci ne seront disponibles seulement quand les archives publicitaires seront lancées en dehors des États-Unis », a déclaré un porte-parole de Facebook.

« Quant au nombre de faux comptes que nous avons éliminés de Facebook, nous fournissons des données à ce sujet dans notre rapport semestriel sur la transparence. Nous nous engageons à soumettre des rapports à la Commission européenne pour mettre en lumière les progrès effectués dans chaque domaine du code de conduite. »

Twitter

Dans le même temps, Twitter a aussi fait l’objet de critiques pour le manque de données montrant son engagement à améliorer la surveillance des placements publicitaires. Le réseau social rechigne également à dévoiler ses efforts pour rendre les publicités politiques plus transparentes.

« Nos rapports continueront de mettre la lumière sur nos efforts pour garantir la sécurité, l’intégrité et la transparence dans la période précédant les élections européennes », a déclaré un porte-parole de Twitter.

« Nous sommes impatients de détailler dans notre prochain rapport les nouvelles règles sur la transparence des publicités politiques pour les élections. »

Les indicateurs fournis par Google à la Commission « ne sont pas assez spécifiques et ne précisent pas l’ampleur des mesures prises pour lutter contre le désinformation », indique par ailleurs le communiqué.

En janvier, Sir Nick Clegg, responsable des affaires internationales chez Facebook, a révélé que les publicités politiques payantes devraient respecter un ensemble de nouvelles règles à l’approche des élections européennes. Les nouvelles mesures devraient être déployées par Facebook en mars.

Facebook encadre la publicité politique en Europe

À l’approche des élections européennes, Facebook annonce que les publicités politiques payantes devront à l’avenir répondre à une série de nouvelles règles.

Règlementer ou non ?

Après deux retours insatisfaisants sur le rapport de conformité, l’idée d’une réglementation s’impose de plus en plus.

Jeudi également, l’agence de cybersécurité de l’UE, l’ENISA, a publié un document d’opinion sur la cybersécurité des élections européennes.

Dans ce document, l’ENISA recommande aux États membres de l’UE d’envisager « d’introduire une législation nationale pour relever les défis liés à la désinformation en ligne ». Combinée aux efforts de l’UE pour réglementer les médias sociaux et les plateformes en ligne, cette mesure « assurerait une approche harmonisée à travers l’UE pour lutter contre la désinformation en ligne visant à saper le processus démocratique », a déclaré l’agence.

Udo Helmbrecht, directeur exécutif de l’ENISA, soutient que les motivations de ceux qui cherchent à perturber le processus démocratique, « peuvent être multiples, par exemple pour des gains financiers, la gloire et la réputation, ou pour provoquer le chaos et l’anarchie, miner la confiance en la démocratie et renverser l’opposition politique ».

Intégrité des élections

Et au Parlement européen, les législateurs qui font pression pour une réglementation dans le domaine des fausses informations ne manquent pas à l’appel.

À la suite de la déclaration de la Commission du 28 février, le président du groupe libéral au Parlement européen, Guy Verhofstadt, s’est exprimé avec force.

« L’intégrité des prochaines élections européennes et de nos démocraties est en danger », a-t-il tweeté. « On ne peut pas continuer comme ça. Les arguments en faveur d’une réglementation sont écrasants. »

En marge d’une récente conférence sur la cybersécurité qui s’est tenue à Bruxelles, Euractiv a rencontré Julian King, commissaire chargé de la sécurité.

Selon lui, la réglementation serait sans aucun doute à l’ordre du jour si les plateformes n’intensifiaient pas leurs efforts dans la lutte contre la désinformation.

Cependant, à la question de savoir si une réglementation future serait « inévitable », Julian King a répondu qu’il voulait « donner aux plateformes la chance de faire leurs preuves ».

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