L’UE doit avancer seule sur la finance verte

Wind mill and euro sign [Source: EC - Audiovisual Service]

L’Europe devrait profiter du G20 pour promouvoir la finance verte en l’absence des États-Unis.

Washington ayant décidé de se retirer de l’accord de Paris, les Européens doivent envisager une application unilatérale des recommandations du groupe de travail sur la transparence financière climatique (TCFD), présidé par Michael Bloomberg, homme d’affaire et politique américain.

« Un consensus au G20, avec des États-Unis respectant l’accord de Paris, aurait grandement facilité l’application obligatoire [des recommandations du TCFD] », reconnait Christian Thimann, directeur de la durabilité au sein du groupe AXA et président d’un groupe de haut niveau sur la finance durable à l’UE, lors d’une interview pour Euractiv. « Maintenant, nous devons attendre de voir ce qu’il se passe au G20 et si les recommandations sont adoptées ou non. »

La finance verte gagne du terrain dans l’UE

L’Union des marchés de capitaux, dont un bilan est attendu le 7 juin, contribue à généraliser le verdissement de la finance européenne.

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Si les États-Unis confirment leur opposition à la lutte contre le réchauffement climatique, les Européens « devront déterminer comment transposer [les recommandations] de manière à ne pas désavantager leurs entreprises en termes de risque commercial, de transparence et de risque juridique vis-à-vis de leurs concurrents américains », explique-t-il.

Les recommandations finales du TCFD ont été publiées la semaine dernière. Elles appellent les entreprises à communiquer leurs stratégies de gestion des risques, du changement climatique aux réductions des émissions de gaz à effet de serre.

L’application de ces conseils priverait les énergies fossiles de milliers de milliards de dollars en encourageant les investisseurs à se détourner des industries polluantes risquées, au profit de la sûreté à long terme offerte par des technologies comme les énergies renouvelables.

Bien sûr, certains secteurs industriels seront plus directement touchés que d’autres par l’application des recommandations, indique le spécialiste. Ce serait par exemple le cas du charbon, du pétrole et du gaz, mais aussi du transport, des produits chimiques et de l’industrie lourde.

Les décideurs politiques ont toutefois intérêt à soutenir la transparence en termes d’actions climatiques, assure-t-il, soulignant que cela permettrait aux investisseurs d’être mieux informés et donc de mieux gérer l’économie.

Au niveau européen, le groupe de haut niveau sur la finance durable se penche actuellement sur les conséquences potentielles de l’application de « pénalités » aux actifs fossiles, qui risquent d’être délaissés en faveur d’investissements moins polluants.

« Nous appelons ça le ‘facteur pénalisant brun’, par opposition au ‘facteur encourageant vert’. Cela vaut en effet la peine de se pencher sur cette option quand les risques sont élevés, et pas seulement pour le secteur financier », indique Christian Thimann, président du groupe.

« Pensez aux actifs échoués, nous sommes peut-être en train d’accorder de la valeur à des réserves de pétrole qui ne seront pas exploitées et qui perdront donc en valeur. Nous surestimons donc peut-être leur valeur financière et fermons les yeux sur un risque qui pourrait être pris en compte », poursuit-il.

Le groupe de haut niveau présentera son premier rapport lors d’une audition publique le 18 juillet. Les parties prenantes pourront commenter le document. Le rapport final, qui contiendra des recommandations en termes de politiques, devrait être publié en décembre.

L’économie et la finance françaises se mobilisent pour le climat

À quelques semaines de l’élection présidentielle, 1 900 personnes dont de nombreux chefs d’entreprises et financiers ont signé un manifeste pour décarboner l’Europe à l’horizon 2050, lancé par the Shift Project. Un article de notre partenaire, La Tribune.