L’embellie se confirme sur l’économie européenne

Pierre Moscovici [European Commission]

L’économie européenne est dans une dynamique positive. La croissance est au rendez-vous dans tous les États membres, les comptes publics se redressent et les risques sont contrôlés pour la première fois depuis longtemps, selon la Commission.

« Ce sont les taux de croissance les plus élevés depuis dix ans », a annoncé un Pierre Moscovici triomphant, commissaire aux Affaires économiques, durant la présentation des prévisions économiques d’automne.

L’exécutif européen a considérablement amélioré ses prévisions de croissance pour cette année dans la zone euro. Passant de 1,7 % au printemps dernier à 2,2 %. Pour l’UE dans son ensemble, le chiffre est également revu à la hausse, avec 2,3 % de croissance du PIB, comparé à 1,9 % lors des prévisions précédentes.

En 2018, les prévisions dépassent les attentes avec 2,1 % de croissance tant dans la zone euro que dans les 28 États membres, comparés aux 1,8 % et 1,9 % prévus au printemps dernier.

L' «effet Trump» ne mine pas la reprise économique en Europe

La Commission européenne a revu ses estimations de croissance pour l’Europe à la hausse, au vu des nettes améliorations constatées depuis les dernières prévisions, publiées quelques heures après l’élection de Donald Trump.

Selon la Commission, ces bonnes nouvelles sont en partie dues à l’accélération de l’activité économique durant la première partie de l’année.

Dans le même temps, l’incertitude a diminué puisque la période intense des élections dans plusieurs États membres est terminée et que l’impact des partis populistes et anti-européens est contenu.

Pierre Moscovici reconnaît toutefois que cette reprise est « plus modérée » qu’après d’autres récessions et rejette la responsabilité sur la lente croissance des salaires dans les économies nationales.

Quel impact de la Catalogne ?

La marche solide de l’économie dans l’UE est visible dans l’analyse des États membres de Pierre Moscovici, même dans les pays qui traversent des zones de turbulence, comme l’Espagne.

La Commission a revu à la hausse ses prévisions pour l’année prochaine, avec 2,5 % de croissance du PIB dans le pays, un chiffre plus élevé que les 2,3 % prévus par le gouvernement espagnol.

Les responsables expliquent que l’impact de la crise catalane n’a pas été pris en compte dans le scénario général. « Il se peut que l’évolution de la situation ait un impact sur la croissance, mais cela ne peut pas être calculé à ce stade », indique le document de prévisions.

Pierre Moscovici estime même que l’Espagne, un des derniers pays à être encore sous le coup d’une procédure de déficit excessif, pourrait sortir de la « zone rouge » l’année prochaine.

Selon les prévisions, le déficit s’élèvera à 3,1 % cette année « mais nous pourrions avoir une bonne surprise », a-t-il déclaré aux journalistes. L’Espagne devrait atteindre l’objectif de ramener le déficit en dessous de la barre des 3 % lors des deux prochaines années.

« Si la situation s’améliore dans les prochaines semaines, la croissance pourrait dépasser les 2,3 % », estime quant à lui le ministre espagnol des Affaires économiques, Luis de Guindos.

Pierre Moscovici a adopté ce même ton optimiste pour parler d’autres économies luttant pour équilibrer leurs comptes publics, comme la France, pour relancer la croissance, comme en Italie, ou pour retourner sur les marchés, comme la Grèce.

Dans le cas de la France, Pierre Moscovici assure que les risques sont contrôlés. Ainsi, si le gouvernement français poursuit les réformes, « je pense que le pays sortira de la procédure au printemps 2018 ».

Le déficit français devrait passer à 2,9 % du PIB cette année et l’année prochaine et remonter à 3 % en 2019.

Le ministre français des Finances a confirmé dans un communiqué sa « détermination » pour mettre en place des mesures afin de sortir de la procédure de déficit excessif. C’est la première fois depuis dix ans que le déficit de l’Hexagone se trouve en dessous des 3 %.

Sur la bonne voie

Les chiffres de croissance de l’Italie devraient se situer bien en dessous de la moyenne de la zone euro : 1,5 % en 2017, 1,3 % en 2018 et seulement 1 % en 2019.

Le commissaire français a malgré tout choisi d’avoir une lecture positive de la situation du pays en soulignant que la reprise « se poursuit » et que l’économie « reste sur la bonne voie ».

Pierre Moscovici se dit « plutôt optimiste » par rapport au programme grec. Les préteurs internationaux et Athènes devraient conclure la troisième révision du programme de sauvetage en décembre afin d’ouvrir la voie à une sortie de celui-ci en août prochain.

Compromis entre Berlin et le FMI sur la Grèce

Les créanciers de la zone euro se sont entendus sur un prêt de 8,5 milliards d’euros à la Grèce, qui permettra au pays d’honorer des échéances cruciales cet été, et lui ont fourni des pistes en vue d’un possible allègement de sa dette en 2018.

Les récents événements dans le pays, y compris la grève des notaires publics, pourraient néanmoins faire dérailler les efforts d’amélioration de la situation financière.

Par ailleurs, l’exécutif a réduit ses prévisions de croissance pour cette année d’un demi-point, à 1,6 %. Mais Pierre Moscovici insiste sur le fait que la Grèce est sur la bonne voie pour couper ses liens avec le programme d’aide et revenir sur les marchés l’année prochaine.

Malgré une amélioration de la situation, des défis importants perdurent, comme le niveau très élevé de dette publique en Europe (presque 90 % du PIB), le taux de chômage obstinément élevé dans des pays comme l’Espagne ou la Grèce, et la croissance peu élevée des salaires, qui montrent que la dynamique économique n’est pas ressentie par beaucoup d’Européens.

Les inégalités s’exacerbent à grande vitesse

En 2016, la richesse s’est encore un peu plus concentrée dans le monde, affirme un rapport d’Oxfam. Selon l’ONG, huit personnes détiennent aujourd’hui autant de richesses que la moitié la plus pauvre de l’humanité.

« Une forte croissance des salaires serait un indicateur important de durabilité de l’expansion économique, puisque cela soutiendrait la croissance de la consommation et contribuerait à la stabilité des prix », écrit Marco Buti, directeur général des Affaires économiques et financières à la Commission européenne.

L’investissement public continue d’être en dessous du niveau d’avant la crise, l’inflation reste modérée et la productivité doit reprendre.