Le projet de réforme économique de l’UE à la Macron prend l’eau

[EPA-EFE/OLIVIER HOSLET]

Lors du dernier sommet, le président français a fait peu de progrès sur la réforme de la zone euro. Des décisions devraient être prises fin juin. Un article de notre partenaire, Der Tagesspiegel.

Emmanuel Macron a soigneusement choisi avec qui entrer dans le bâtiment du Conseil, à Bruxelles, lors du sommet des 22 et 23 mars. À sa gauche, Mariano Rajoy, Premier ministre espagnol, à sa droite, Antonio Costa, Premier ministre portugais. Cette arrivée montre ce que le président français veut éviter à tout prix : être isolé dans l’UE.

Jusqu’à il y a quelques semaines, Emmanuel Macron pensait présenter une approche commune pour la réforme de la zone euro avec la chancelière allemande, Angela Merkel. Cela ne s’est cependant pas produit. Il semblerait que la chancelière tente de gagner du temps avant le sommet décisif de la fin juin, durant lequel des décisions sur l’évolution de l’Union économique et monétaire doivent être prises. Cette attitude pourrait être expliquée par le fait que le nouveau gouvernement allemand vient d’être formé et n’a pas encore eu le temps de bien s’installer dans sa position.

Si Berlin ne se précipite pas pour soutenir les projets français, ceux-ci suscitent également du scepticisme dans le nord du continent. Sept États, Pays-Bas en tête, se sont alliés contre le transfert de davantage de compétences à l’UE.

L'union bancaire avance plus surement que l'union budgétaire

Les chefs d’État de la zone euro ont promis une feuille de route pour la finalisation de l’union bancaire d’ici juin. Mais l’avenir de l’union budgétaire reste incertain tant les divisions prédominent.

 

 

Controverse allemande

Les 19 membres de la zone euro doivent décider comment ils peuvent se préparer pour empêcher des crises comme celle de la dette grecque, en 2010.

Entre autres choses, une assurance européenne des dépôts pour les institutions financières est prévue dans le cadre de l’union bancaire. Le projet est particulièrement controversé en Allemagne, car les banques d’épargne et les banques coopératives craignent que les dépôts allemands puissent être utilisés pour stabiliser les banques en difficulté dans le sud de l’Europe.

Les projets ambitieux d’Emmanuel Macron, qui comprennent un budget pour la zone euro et un ministre des finances de l’UE, vont néanmoins encore plus loin.

Le fait que le chef d’État français ait recherché le soutien des États membres du Sud n’a pas été une surprise. Lors du sommet, ses propositions ont dû laisser la place à la politique étrangère, l’accent ayant été placé sur la manière de traiter avec le président russe, Vladimir Poutine, et le président américain, Donald Trump.

L'ambition d'En Marche crée des frictions entre Paris et Berlin

À la veille d’un Conseil européen censé évoquer la relance stratégique du projet européen, la rivalité politique de plus en plus directe entre En Marche et la CDU rend l’échange entre France et Allemagne délicat.

 

Responsabilité et solidarité

Lors de la conférence de presse conjointe Merkel-Macron le 23 mars, le différend commercial avec les États-Unis, les conséquences de l’empoissonnement à Salisbury et la prise d’otages par un terroriste de l’État islamique (EI) dans le sud de la France étaient au centre des discussions.

Juste avant la clôture du sommet, à la demande d’Emmanuel Macron, une réunion entre les 19 États membres de l’euro a eu lieu, pour aborder la question de l’union bancaire.

Angela Merkel a expliqué que des progrès supplémentaires étaient nécessaires à ce sujet. Comprendre : avant de parler d’assurance dépôts, Berlin veut réduire davantage les risques pour les institutions financières nationales.

Entre-temps, Emmanuel Macron a été interrogé sur les avancées de son projet de budget pour la zone euro. Question à laquelle il a répondu de manière mystérieuse : « la responsabilité et la solidarité de la zone euro » doivent être redéfinies. « Je suis confiant sur ce sujet », a-t-il ajouté. Le sommet européen de juin prochain démontrera jusqu’où Emmanuel Macron compte pousser ses espoirs de réforme.

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