La 5G en panne en Europe

Les négociateurs de la loi sur les télécommunications veulent mettre en place des réseaux 5G rapides d'ici 2025. Ils ne parviennent pourtant pas à s'entendre sur la manière de coordonner le spectre radioélectrique nécessaire. [Ervins Strauhmanis/Flickr]

Les désaccords sur les licences d’utilisations des bandes radioélectriques entre les États membres, la Commission et les opérateurs freinent le déploiement de la 5G.

Après le congrès mondial de la téléphonie mobile, à Barcelone, les acteurs européens du secteur se sont pressés de rentrer à Bruxelles pour le prochain cycle de négociations sur les télécoms. Les discussions sont pour le moins tendues. À Barcelone, eurodéputés, fonctionnaires et lobbyistes européens ont testé de nouveaux outils et gadgets connectés et discuté de la course au déploiement de la 5G.

Selon certains négociateurs du projet législatif sur les télécoms, l’événement, qui a attiré environ 100 000 visiteurs, était un rappel utile des raisons pour lesquelles l’UE doit se doter de nouvelles règles. Celles-ci viseront avant tout l’amélioration des connexions Internet et l’augmentation des investissements dans les réseaux télécoms vieillissants.

« J’ai vraiment l’impression que je devais être là », assure Miapetra Kumpula-Natri, eurodéputée S&D finlandaise et négociatrice pour le Parlement sur le sujet. « Je ne veux pas créer une loi adaptée à la situation des dix dernières années, mais aux dix à venir . »

L’Europe est loin derrière les États-Unis et certains pays d’Asie dans la course à la 5G, qui devrait être disponible en 2025.

Une partie des interlocuteurs européens ont profité du congrès pour dénoncer la lenteur de l’UE, qui peine à créer une politique européenne pour la vente de spectres radio.

Les opérateurs télécoms assurent qu’ils ont peu de raisons d’investir davantage dans les infrastructures nécessaires à un Internet plus rapide parce qu’ils ne peuvent prédire la durée de leur licence d’utilisation des ondes ou le prix que ça leur coûtera.

« Si l’UE veut réellement avancer sur la 5G, les États membres doivent unir leurs forces et faire preuve de l’esprit d’initiative nécessaire pour rassurer les investisseurs », estime John Giusti, de GSMA, l’association professionnelle qui organise le congrès de Barcelone.

« Il faut soit des licences à long terme, soit un cadre temporaire très clair favorisant le renouvellement. Sans cela, nous n’arriverons pas au type d’investissement qu’on verra en Asie ou en Amérique », a-t-il assuré.

Intervenants dans les débats et représentants des entreprises du secteur se plaignent tous des processus administrativement lourds et coûteux nécessaires à l’achat de spectres radio en Europe comparé aux procédures asiatiques ou américaines.

Ajit Pai, président de la Commission des communications des États-Unis, a annoncé que son agence vendra deux bandes de fréquences en novembre, afin d’accélérer l’adoption de la 5G. Il s’est donné l’objectif de faire du pays le pionnier de la technologie.

Les deux responsables du numérique à la Commission, Andrus Ansip et Mariya Gabriel ont reçu les doléances des PDG de 11 entreprises du secteur concernant les négociations sur la réforme européenne lors d’une rencontre à huis clos le 26 février.

Les gouvernements nationaux se sont opposés à la proposition de la Commission, refusant de perdre le contrôle de ventes aux enchères parfois très lucratives.

Miapetra Kumpula-Natri et Pilar del Castillo, eurodéputée espagnole de centre droit dirigeant les négociations pour le Parlement, ont toutes deux déclaré que les décideurs politiques seront probablement en mesure de s’entendre sur des mesures plus tard. Celles-ci obligeraient les États membres à mettre aux enchères deux bandes de fréquences radioélectriques qui pourraient aider les opérateurs à lancer des services 5G à peu près au même moment dans tous les pays de l’UE.

Ce n’est que récemment que la Commission a proposé la mesure sur les bandes de fréquences 3,6 et 26 GHz, ajoutant ainsi une corde à son arc dans les négociations. Elle ne faisait en effet pas partie de la proposition initiale de l’exécutif européen, en 2016.

La nouvelle proposition a cependant suscité l’inquiétude des opérateurs, qui craignent qu’un accord selon lequel chaque pays de l’UE doit vendre aux enchères ces bandes de fréquences d’ici 2020 ne soit utilisé comme une victoire de façade pour la Commission. En parallèle, elle pourrait par contre faire marche arrière sur des propositions plus strictes et plus controversées, comme la modification de la vente des licences de spectre et la mise en place d’une nouvelle procédure de surveillance contrôlant les régulateurs nationaux qui gèrent les enchères.

« Je pense que cela pourrait être un excellent signe de la force et de la détermination dont doivent faire preuve les institutions européennes face aux nouveaux défis du développement de la 5G », a déclaré Pilar del Castillo à propos de la proposition de coordonner les enchères des bandes 3,6 et 26 GHz.

Miapetra Kumpula-Natri a pour sa part déclaré que si les négociateurs n’étaient pas d’accord pour rendre ces deux bandes de fréquences disponibles à la vente, « ce serait une catastrophe ». « C’est fait sur mesure pour l’Europe, il me semblerait donc étrange de dire maintenant que nous ne le ferons pas. »

Pourtant, un accord sur ces deux bandes uniquement ne suffira pas à calmer les nerfs des opérateurs télécoms. « Une vraie harmonisation du spectre et des licences plus longues sont les principaux outils du déploiement de la 5G en Europe et de la garantie de notre compétitivité globale », a confirmé Phillip Malloch, président d’ETNO, une association représentant les grands opérateurs, dont Deutsche Telekom et Orange.

La proposition initiale de la Commission fixait un minimum de 25 ans pour toutes les licences de spectre dans l’UE. Actuellement, la durée moyenne d’utilisation du spectre par un opérateur de télécommunications dans l’UE varie entre 15 et 20 ans.

Les États membres ont répondu en proposant une règle pour que les licences durent au moins dix ans. Cela a vexé la Commission et provoqué un tollé parmi les opérateurs, qui font valoir que la disposition pourrait même encourager les régulateurs nationaux à continuer de mettre aux enchères des licences plus courtes pour l’utilisation du spectre.

Pour John Giusti, le plan de la Commission pour les licences de 25 ans est un « progrès excellent ». Il ajoute cependant que « les discussions que nous avons eues avec les États membres et d’autres pays pour les raccourcir ou les qualifier sont vraiment un pas en arrière par rapport à la situation d’aujourd’hui ».

Une porte-parole du gouvernement bulgare, qui assure la présidence tournante du Conseil de l’UE et supervise donc les discussions jusqu’en juin, a déclaré que la présidence s’était « engagée et concentrerait ses efforts sur la poursuite et la finalisation des négociations avec le Parlement d’ici juin 2018, conformément au calendrier fixé par le Conseil européen d’octobre 2017 ».

 

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