Vestager veut garantir une utilisation responsable de l’intelligence artificielle

Margrethe Vestager, commissaire européenne chargée du numérique. [EPA-EFE/STEPHANIE LECOCQ]

Les technologies d’intelligence artificielle (IA) utilisées par le secteur public doivent « répondre à des standards élevés en matière de transparence et de responsabilité », estime Margrethe Vestager, la commissaire européenne chargée du numérique.

Lors d’une discussion avec les eurodéputés de la Commission des affaires juridiques du Parlement européen, la commissaire a insisté sur la face sombre de l’intelligence artificielle. Certaines technologies de l’IA, comme la reconnaissance faciale, peut en effet poser de sérieux problèmes notamment de libertés publiques.

La reconnaissance faciale « pourrait être utilisée à des fins qui porteraient un grave préjudice à la protection des données, mais aussi aux valeurs fondamentales comme le droit de réunion », a expliqué la vice-présidente, qui est également commissaire à la concurrence de l’UE.

Elle a ajouté que la Commission européenne aborderait ces sujets dans un livre blanc sur l’IA qui sera publié le 19 février.

Plus généralement, la Commission se penche sur une série de questions liées à la mise en place de l’IA en Europe, comme la « qualité et la traçabilité des données », a précisé Margrethe Vestager.

L’UE esquisse une stratégie industrielle futuriste

La Commission européenne a établi une série de plans destinés à révolutionner le secteur industriel de l’Union, axés notamment sur le développement de technologies « stratégiquement cruciales ».

Cela signifie que les entreprises pourraient devoir fournir plus d’informations sur les algorithmes qui régissent l’IA, ainsi que sur la circulation des données que ces technologies exploitent.

De plus, Margrethe Vestager a signalé que la Commission aimerait « plus de transparence sur les capacités et les limites des systèmes d’IA ». Et d’ajouter que cette transparence accrue est aussi nécessaire en ce qui concerne les interactions humaines avec les appareils d’IA, car toute personne qui opère un système d’IA doit être pleinement conscient des technologies en jeu.

Les technologies d’IA seraient soumises par défaut à la législation européenne actuelle, qui vise à imposer des normes strictes en matière de protection des données, de vie privée, de non-discrimination, d’égalité des genres et de règles sur la responsabilité en matière de sécurité des produits , a souligné la vice-présidente.

Alors que Margrethe Vestager s’adressait aux parlementaires européens, le gouvernement britannique présentait sa propre approche sur la mise en place de l’IA dans les institutions publiques, insistant sur une série de secteurs à risque. Le Royaume-Uni a aussi souligné que les systèmes d’IA devaient être compatibles avec le règlement général sur la protection des données (RGPD) de l’UE et son équivalent anglais, le Data Protection Act de 2018.

L’administration américaine fait de son côté pression sur Bruxelles pour une approche plus souple en matière de régulation future sur les technologies d’IA soit adoptée.

Le 7 janvier, la Maison Blanche a présenté une série de principes régulateurs qui visent à éviter une réglementation excessive de l’IA dans le secteur privé. Le gouvernement américain a déclaré ne pas vouloir élaborer de réglementation sur l’IA tant qu’une évaluation des risques et des études de rentabilité n’auraient pas été réalisées, espérant que l’Europe fasse de même.

Dans un communiqué, la Maison-Blanche a indiqué que « l’Europe et [ses] alliés devraient éviter d’utiliser une approche maladroite et anti-innovation, pour privilégier un système de régulation semblable [à celui des États-Unis] ».

À la suite de cette déclaration, Michael Kratsios, le responsable en chef de la technologie aux États-Unis, qui a joué un rôle clé dans la prise de position américaine sur le sujet, s’est entretenu avec Margrethe Vestager. Il avait déjà évoqué la question avec elle lors du Web Summit de novembre à Lisbonne.

À Bruxelles, la tentative de régulation concernant la mise en place de l’IA devrait se faire rapidement. Il y a peu, le ministère de l’Intérieur allemand a annoncé vouloir se doter d’un système de reconnaissance faciale automatique dans 134 gares et 14 aéroports, tandis que la France prévoit d’établir un cadre légal qui permettrait d’instaurer cette même technologie dans les systèmes de vidéosurveillance.

Bruxelles envisage d'interdire provisoirement la reconnaissance faciale

La Commission européenne pourrait décréter l’interdiction temporaire des technologies de reconnaissance faciale utilisées à la foi dans les secteurs public et privé, selon un « livre blanc » sur l’intelligence artificielle.

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.