La Commission favorable au fléchage de la finance vers l’économie durable

Transformer l’économie en verdissant la finance : des experts veulent provoquer un grand chambardement dans l’économie européenne.

Le groupe de haut niveau sur la finance durable veut mettre « l’économie européenne sur un chemin plus durable ». Dans le contexte du retrait des États-Unis de l’accord de Paris, l’Europe a décidé de redoubler d’efforts pour garantir que plus de ressources sont allouées à des projets écologiques.

Selon l’agence de notation Standard & Poor’s, le marché des obligations « vertes » devrait croître de plus de 30 % cette année et atteindre les 200 milliards de dollars.

L’année dernière, la majorité des obligations vertes ont été émises depuis l’Europe (environ 60 milliards de dollars).

Le plan Juncker ne se concentre pas assez sur les projets verts

Le groupe de haut niveau sur la finance durable a proposé le 18 juillet une nouvelle plateforme de financement des projets écologiques, puisque le plan Juncker n’est pas parvenu à inciter les investisseurs à mettre la main au portefeuille.

Toutefois, ce n’est encore qu’une aiguille dans une botte de foin. Pour les 20 membres du groupe de haut niveau, le secteur financier en Europe devrait davantage intégrer les coûts environnementaux et allouer plus de fonds à la finance durable.

« Notre modèle économique ne fonctionne pas comme il le devrait », a déclaré Christian Thimann, de chez Axa, et qui dirige le groupe.

« Le secteur financier a un rôle clé à jouer », a-t-il assuré aux journalistes. L’accord de Paris signé en décembre 2015 reconnaît pour la première fois que le rôle clé que le secteur de la finance devrait jouer pour atténuer les effets néfastes du changement climatique.

Normes

Alors que l’appétit pour les placements écologiques en Europe grandit, le groupe conseille à la Commission de créer des normes et des labels européens de durabilité pour s’assurer que les fonds contribuent à l’atteinte d’objectifs environnementaux.

Le sommet climat français veut faire bouger les lignes de la lutte contre le changement climatique

Changer les règles plutôt que de promettre des millions : deux ans après l’Accord de Paris, le combat contre le changement climatique a changé d’armes. Ses nouvelles cibles sont la finance et le droit.

 

Pour obtenir ce label, les fonds devront être « exclusivement » utilisés pour financer ou refinancer des projets écologiques, conformément à une nouvelle classification européenne de la durabilité. Par ailleurs, les obligations vertes devront être en accord avec les normes les concernant.

La mise en place de la classification est une priorité pour assurer la « cohérence du marché », a expliqué Christian Thimann.

« Si l’Europe veut mobiliser une grande quantité de capital pour le développement durable, elle aura besoin d’un système de classification techniquement robuste pour clarifier ce qui est ‘vert’ ou ‘durable’ sur le marché. Cela permettrait d’améliorer l’efficacité du marché et de diriger des fonds vers des projets durables, tout en évitant le ‘greenwashing’ »

Long-terme

Le groupe recommande aussi de clarifier les responsabilités des investisseurs. « Leur obligation ne réside pas que dans les profits à court terme, mais aussi dans les défis à long terme », a commenté Christian Thimann.

La tension qui existe entre le court-terme, qui fait partie de l’ADN des marchés financiers, et le long-terme est un défi auquel nous devons faire face, a-t-il-ajouté.

À cet égard, le rapport suggère d’examiner les indices de référence des marchés obligataires et boursiers utilisés pour évaluer le rendement des portefeuilles. Ces indicateurs ont un « impact indirect mais important » sur les flux de capitaux, note le rapport, mais ne sont pas nécessairement alignés sur les objectifs de durabilité.

Le groupe recommande donc d’associer à ces indices une plus grande transparence et une perspective à long terme alignées à des objectifs environnementaux.

La Commission est satisfaite des résultats du rapport. « Il dépasse nos attentes », a assuré un responsable européen.

L’exécutif publiera au cours de la première moitié du mois de mars un plan d’action dans lequel il intégrera une partie des propositions.

Autorités de régulation

En septembre dernier, la Commission avait déjà proposé de donner plus de pouvoir aux trois autorités européennes de surveillance pour acheminer du capital vers des investissements écologiques.

La Commission veut encadrer la finance durable

Les autorités européennes de surveillance auront davantage de pouvoir pour superviser les activités des banques dans les secteurs environnementaux, sociaux ou de gouvernance.

L’une des idées est que l’Autorité européenne des marchés financiers, l’Autorité européenne des assurances et des pensions professionnelles et l’Autorité bancaire européenne contrôlent la manière dont les institutions financières « identifient, déclarent et traitent » ces facteurs afin de renforcer « la viabilité et la stabilité financières ».

La proposition est en cours de négociation avec les eurodéputés. Des responsables ont souligné que cette recommandation n’exigerait pas de modifier le mandat des autorités européennes de surveillance, qui ont fait des « commentaires très positifs à ce sujet ».

L’exécutif de l’UE se penche également sur le traitement du capital accordé à l’investissement vert. Le Parlement européen a proposé d’abaisser la réserve de capital requise pour les « investissements verts ».

Les bailleurs de fonds affirment que la prise en compte du climat, de l’environnement et d’autres facteurs à long terme « peut avoir un impact très positif sur votre analyse des risques ».

Le vice-président de la Commission européenne, Valdis Dombrovskis, responsable des services financiers, a déclaré que la Commission voyait cette idée d’un bon œil. Elle est cependant en train d’évaluer comment l’appliquer sans mettre en péril la stabilité financière et en maintenant une approche harmonisée au niveau de l’UE.

 

Réactions

« Le rapport que nous présentons aujourd’hui est la feuille de route la plus ambitieuse jamais réalisée sur la question de la finance verte. Nous nous en réjouissons ! Ces propositions qui intègrent à la fois le risque climatique et le capital naturel doivent permettre de changer la donne au niveau européen. La balle est maintenant dans le camp de la Commission européenne qui, nous l’espérons, reprendra un maximum de propositions dans son plan d’action. Et nous attendons aussi de la France, leader en matière de finance verte, qu’elle se saisisse de ce rapport pour aller plus loin au niveau national et qu’elle soutienne l’ambition de la commission en Europe », a commenté Pascal Canfin, directeur général du WWF France et membre du High-Level Expert Group (HLEG).

« Nous recommandons que les lignes directrices soient portées par l’UE. Le lobbying dominant s’y oppose en expliquant que cela va handicaper les entreprises européennes par rapport à d’autres qui feraient fi de toutes ces dimensions. A l’inverse, nous pensons qu’il s’agit au contraire d’un atout de compétitivité majeure. Les activités en capacité de démontrer leur résistance au risque climatique sont les gagnantes de demain et celles qui sont en risque et bataillent d’arrache-pied pour en pas le montrer entraineront dans leur chute emploi et environnement. C’est ce changement de paradigme que nous espérons promouvoir », a expliqué Anne-Catherine Husson-Traore, membre du HLEG et directrice générale de Novethic.

Prochaines étapes

  • Début mars: la Commission européenne dévoilera son  plan d'action pour soutenir la finance durable.

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