Facebook encadre la publicité politique en Europe

Nick Clegg, responsable des affaires internationales et de la communication chez Facebook et ex-vice-premier ministre du Royaume-Uni. [EPA-EFE/ANDY RAIN]

À l’approche des élections européennes, Facebook annonce que les publicités politiques payantes devront à l’avenir répondre à une série de nouvelles règles.

Le lundi 28 janvier, Nick Clegg, le responsable des affaires internationales de Facebook, a annoncé que les utilisateurs Facebook souhaitant utiliser le réseau social pour y publier de la publicité politique payante devront respecter une série de nouvelles règles. Il estime également que les régulateurs et autres plateformes doivent en faire plus pour améliorer la protection des données.

« Nous prévoyons de nouveaux outils visant à empêcher toute interférence dans les élections et à rendre la publicité sur Facebook plus transparente », a déclaré Nick Clegg lors d’un évènement public organisé à Bruxelles à l’occasion de la journée européenne de la protection des données à caractère personnel.

L’un de ces nouveaux projets, qui devrait démarrer en mars, dotera le réseau social d’un service chargé d’examiner les publicités politiques avant de les approuver. Chaque annonce comportera également la mention « publicité payée par ». Ces nouveaux projets sont relativement similaires à ceux adoptés aux États-Unis pour les élections de mi-mandat.

De plus, toutes les publicités politiques seront conservées dans un catalogue accessible au public pendant au moins sept ans. Ces nouvelles règles concerneront également les publicités problématiques, à savoir celles qui ne relèvent pas d’un parti politique, mais traitent de thématiques politiques ou sociales délicates.

Selon les informations obtenues par Euractiv, l’une de ces « problématiques » délicates auxquelles le réseau social devra certainement faire face est celle des messages relatifs à la question de l’immigration.

Autre mesure qui plaira aux régulateurs européens : Facebook prévoit la création dans les prochains mois d’une centrale dublinoise sur l’intégrité électorale.

« Cette approche nous permettra d’accroître rapidement et considérablement les mesures que nous prenons pour lutter contre la désinformation, en ce sens qu’elle rassemblera des dizaines d’experts issus de différentes équipes de l’entreprise : lutte contre les cybermenaces, science des données, ingénierie, recherche, gestion des communautés et expertise juridique », a déclaré Nick Clegg, ajoutant que des ingénieurs se rendraient à Bruxelles plus tard dans l’année pour rencontrer les régulateurs et leur exposer un aperçu des projets du réseau social.

2,7 millions d'Européens touchés par le scandale Cambridge Analytica

L’entreprise Cambridge Analytica aurait collecté les données personnelles de 2,7 millions d’utilisateurs européens de Facebook, selon la Commission européenne.

Sur la défensive

Lors de cette première apparition publique en tant que responsable de la communication de Facebook, l’ex-vice-premier ministre britannique a également essayé de calmer le mécontentement à l’égard du réseau social à la suite du scandale Cambridge Analytica.

En mars 2018, plusieurs réseaux de médias avaient rapporté que la société britannique avait obtenu les données personnelles de près de 87 millions d’utilisateurs Facebook à leur insu. Près de 2,7 millions de ces utilisateurs se trouvaient dans l’Union européenne. Plus tard dans l’année, Cambridge Analytica avait été placée sous administration judiciaire.

« S’il est nécessaire qu’une grande entreprise comme Facebook fasse preuve d’humilité, nous devons toutefois être honnêtes », a déclaré Nick Clegg. « Facebook peut être un exemple pour les entreprises basées sur les données, mais les questions qui ont été soulevées dépassent notre entreprise. »

« Chacun doit jouer son rôle. Facebook n’a pas toutes les réponses, les gouvernements et les régulateurs non plus. Nous devons apprendre les uns des autres et travailler ensemble. »

Plus tôt cette année, la Commission européenne avait introduit un code pratique contre la désinformation en ligne, un cadre volontaire visant à éradiquer la propagation d’infox sur la toile.  Les signataires de ce code incluent notamment Facebook, Google et Twitter. Les résultats du premier rapport de conformité ont été rendus publics le 29 janvier.

Le code pratique prévoit que les signataires doivent uniquement s’autoréguler, un aspect critiqué par les acteurs du secteur. « L’approche d’autorégulation est une chance que nous offrons à ces plateformes de prouver qu’elles peuvent se charger du problème des infox », a expliqué Mariya Gabriel, la commissaire européenne à l’économie et à la société numériques. « L’approche réglementaire ne sera cependant pas exclue si elle était jugée nécessaire. »

Nick Clegg semble quant à lui envisager de potentielles régulations. « Nous reconnaissons l’importance d’une régulation et nous engageons à travailler avec les législateurs, » a-t-il déclaré.

La commissaire au numérique veut que l'UE redouble d’efforts contre les infox

Dans le domaine des infox, « les nouvelles technologies avancent extrêmement rapidement », s’est inquiétée la commissaire au numérique, Mariya Gabriel, qui appelle donc l’UE à « redoubler d’efforts ».

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