Facebook et Twitter haussent le ton contre les contenus haineux

Vera Jourova [European Commission]

Facebook et YouTube intensifient leur lutte contre les contenus haineux. Toutefois, les discours de haine ciblant les musulmans, les migrants et les juifs sont encore trop fréquents. Un article du partenaire d’Euractiv République tchèque, Aktuálně.

La Commission européenne a publié les résultats d’une enquête montrant comment les plateformes en ligne luttaient contre les discours haineux. Le rapport a été préparé par le commissaire en charge de la justice, Věra Jourová.

« Nous continuerons à faire tout ce qui est en notre pouvoir pour éviter des tragédies comme celle-ci de se reproduire », a déclaré le fondateur de Facebook, Mark Zuckerberg, il y a quelques mois lorsqu’un homme a posté une vidéo de lui en train d’assassiner quelqu’un en direct sur le réseau social. Le géant en ligne a fait l’objet de vives critiques, car la vidéo n’a été supprimée par Facebook que deux heures plus tard. Durant ce laps de temps, 22 000 personnes ont visionné la vidéo et 1 200 personnes l’ont partagée. Ce n’est pas un cas isolé.

Selon la Commission, les sociétés opérant sur Internet ont commencé à agir pour faire face au problème.

Jourová : « on m’appelait ministre de la vérité »

Il y a plus d’un an, Věra Jourová a ouvert le débat de la suppression de contenus violents et haineux d’Internet. En mai dernier, la Commission européenne a adopté un code de conduite obligeant les sociétés en ligne à examiner les publications signalées le plus vite possible et à les supprimer immédiatement, si nécessaire. Le code n’est pas contraignant, mais les sociétés comme Facebook, Twitter ou YouTube se sont engagées à le respecter.

« Il y a un an, certains estimaient que s’ils s’engageaient à respecter ce code de conduite, la liberté d’expression serait mise en danger. Certains m’appelaient même la ministre de la vérité », a déclaré Věra Jourová.

La première évaluation du respect du code a eu lieu en décembre dernier : les résultats n’étaient pas vraiment positifs. Par exemple, en Italie, seuls 4 % du contenu préjudiciable avait été supprimé d’Internet à cette date.

La Commission européenne vient de réaliser une autre évaluation qui montre des avancées significatives. Depuis décembre, l’efficacité et la rapidité de la suppression des contenus haineux ont considérablement augmenté.

L’Allemagne met les GAFA sous pression face aux discours de haine

Un nouveau projet de loi allemand prévoit de condamner à une amende pouvant aller jusqu’à 50 millions d’euros les médias sociaux qui ne suppriment pas les discours haineux. La Commission européenne réfléchit à une proposition similaire.

« Je ne demande pas aux entreprises qui se sont engagées envers le code de conduite de supprimer 100 % des contenus signalés, car la plupart de ces publications sont protégées par le droit à la liberté d’expression », a expliqué la commissaire. « Mais en cas d’appels à la violence ou au meurtre sur Internet, ce qui est généralement interdit en Europe, elles doivent agir immédiatement. »

La Commission n’est pas la seule à réclamer la suppression des contenus haineux en ligne. Le Parlement européen a soutenu un rapport dans ce sens en mars et, à la fin du mois de mai, les ministres des États membres ont adopté un projet de mesure obligeant les sociétés Internet à supprimer de tels contenus.

« Nous sommes conscients que les entreprises ne peuvent pas être tenues pour responsables jusqu’à ce qu’elles soient sures que le contenu signalé est illégal et inadmissible », a souligné l’eurodéputée allemande Petra Kammerevert (S&D). Elle estime toutefois que l’examen du contenu doit être rapide et précis.

Suppression dans les 24 heures

La dernière enquête de la Commission montre que Facebook supprime les contenus illégaux dans 66,5 % des cas. En décembre, le géant des réseaux sociaux ne se situait qu’à 28 %.

Twitter aussi a aussi fait des progrès. L’oiseau bleu parvient à supprimer efficacement 37 % des contenus néfastes alors qu’il y a six mois, il n’en supprimait que 19 %. YouTube efface quant à lui les contenus préjudiciables dans deux tiers des cas.

Néanmoins, le temps que met le personnel pour prendre connaissance du contenu signalé et décider si oui ou non il doit être supprimé est également un élément important. Facebook, qui emploie pourtant des milliers de personnes travaillant 24h/24 et sept jours sur sept pour cela, ne parvient à gérer les publications en 24 heures seulement dans 51 % des cas, à partir du moment où ils ont été signalés. Un progrès par rapport au 40 % de décembre dernier, mais la marge d’amélioration est encore grande.

« L’engagement envers l’objectif des 24 heures pour examiner les publications signalées est encore problématique. Même durant ce laps de temps, les conséquences d’un échec d’une suppression rapide de tels contenus peuvent être fatales », a déclaré Věra Jourová.

Par ailleurs, l’enquête montre que l’envoi de feedback devrait être amélioré, surtout pour les utilisateurs signalant des publications néfastes. Facebook met un point d’honneur à « instruire » ses utilisateurs dans 94 % des cas. En revanche, Twitter n’envoie des feedbacks que dans deux tiers des cas et YouTube dans un cinquième des cas.

Musulmans, migrants, juifs

La semaine dernière, le Parlement européen a adopté une résolution sur la lutte contre l’antisémitisme dans l’UE. « Le nombre d’incidents antisémites dans les États membres de l’UE a considérablement augmenté ces dernières années, comme l’ont montré l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) et l’Agence européenne des droits fondamentaux », indique le document.

L’initiative semble nécessaire puisque l’enquête de la Commission montre que près d’une publication illégale ou haineuse sur dix est antisémite. Toutefois, dans le contexte de la crise migratoire, les réfugiés, les migrants et les musulmans sont la cible de 40 % des contenus haineux en ligne.

La Commission demande aux États membres de criminaliser le discours de haine

La commissaire en charge de la justice estime que les États membres ont pour obligation de criminaliser les discours incitant à la haine, qu’elle soit raciale ou religieuse.

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