Facebook : la lanceuse d’alerte demande au Parlement européen de se montrer ferme avec le DSA

La lanceuse d’alerte de Facebook, qui a divulgué des milliers de documents internes à la presse, a été invitée à apporter son témoignage dans le contexte des négociations en cours sur la loi sur les services numériques (Digital Services Act, DSA, une proposition majeure de l’UE visant à réglementer les contenus et services en ligne. [EPA-EFE/STEPHANIE LECOCQ]

Frances Haugen, ancienne employée de Facebook, a appelé les législateurs de l’UE à « un étalon-or » et à adopter une position ferme en matière de réglementation des grandes technologies et de sauvegarde de la démocratie lors de son témoignage devant le Parlement lundi 8 novembre.

La lanceuse d’alerte de Facebook, qui a divulgué des milliers de documents internes à la presse, a été invitée à apporter son témoignage dans le contexte des négociations en cours sur la loi sur les services numériques (Digital Services Act, DSA, une proposition majeure de l’UE visant à réglementer les contenus et services en ligne).

« La loi sur les services numériques qui est actuellement examinée par ce parlement a le potentiel pour devenir un étalon-or mondial. Elle peut inspirer d’autres pays, dont le mien, à jouer de nouveaux rôles qui protégeraient nos démocraties, mais la loi doit être forte et son application ferme. Sinon, nous perdrons cette opportunité qui ne se présente qu’une fois par génération », a déclaré Mme Haugen aux députés européens.

Mme Haugen a salué l’approche neutre du DSA, soulignant la nécessité de rendre Facebook plus transparent et ses données accessibles aux chercheurs, aux ONG et aux journalistes. Elle a mis en garde contre l’exception pour les secrets commerciaux, arguant qu’elle fournirait une échappatoire pour refuser l’accès aux données.

« Seul Facebook a le droit de regarder sous le capot. Facebook ne peut pas rester le juge, le jury, le procureur et le témoin », a déclaré Mme Haugen.

Mme Haugen a cité l’exemple de Google et de Twitter, qui ont mis leurs données à disposition et qui sont donc soumis à l’examen du public.

Une lanceuse d’alerte de Facebook appelle le PDG Mark Zuckerberg à démissionner

Frances Haugen, la lanceuse d’alerte à l’origine d’une fuite massive de documents internes provenant de Facebook, a appelé le PDG Mark Zuckerberg à démissionner.

Un porte-parole de Meta, nouveau nom de Facebook, a déclaré à EURACTIV que la société avait « mis en place des efforts à la pointe de l’industrie pour fournir une visibilité sur l’impact de nos produits par le biais de notre initiative de recherche et de transparence ouverte et de notre rapport sur l’application des normes communautaires. »

Pour la lanceuse d’alerte, le risque posé par Facebook est systémique, c’est pourquoi le DSA ne devrait pas se limiter aux contenus illégaux, mais aussi à la recommandation de contenus préjudiciables qui violent les conditions générales. L’argument est que la promotion de contenus préjudiciables est au cœur du modèle économique de Facebook, car elle génère davantage d’engagement et donc de profits.

Facebook fait valoir que si les utilisateurs trouvaient la plateforme pleine de contenus préjudiciables, ils ne s’y rendraient pas en premier lieu.

« Nous avons toujours eu une incitation commerciale à supprimer les contenus préjudiciables de notre plateforme. Les gens ne veulent pas les voir lorsqu’ils utilisent nos applications et les annonceurs ne veulent pas voir leurs publicités à côté », a ajouté le porte-parole de Meta.

Mme Haugen a également critiqué une éventuelle dérogation aux règles de modération du contenu pour les médias, notant que l’efficacité de la loi serait compromise si une telle exception était autorisée.

Frances Haugen conforte le projet de régulation de l'UE, selon Thierry Breton

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Interrogée par Christel Schademose, la députée européenne rapporteure du DSA, sur son point de vue sur les dispositions relatives à la responsabilité des membres de la haute direction des plateformes, Mme Haugen a donné une réponse prudente.

« Si vous avez vraiment confiance dans la loi que vous avez adoptée, alors la responsabilité des dirigeants peut être une bonne chose, ou du moins les inciter à la prendre beaucoup plus au sérieux. Mais en même temps, si la loi n’est pas bonne, elle peut provoquer des contretemps et des effets secondaires », a-t-elle noté.

Un autre argument soulevé par l’ancienne employée de Facebook est que l’entreprise ne fournit pas de normes de sécurité équitables pour tous, se concentrant en particulier sur les pays dont le réseau social craint qu’ils ne le réglementent.

Elle a souligné que les solutions basées sur le contenu ne s’étendent pas aux endroits plus fragiles et que les outils basés sur l’IA ne parviennent pas à comprendre le contexte. Selon elle, la solution serait de rendre la plateforme plus petite et plus lente, mais cela irait à l’encontre des intérêts de l’entreprise.

« Nous sommes en passe de dépenser plus de 5 milliards de dollars rien que cette année pour la sûreté et la sécurité, soit plus que n’importe quelle autre entreprise technologique, même en tenant compte de l’échelle, et nous avons modifié nos systèmes pour donner la priorité aux publications partagées entre les membres de la famille et les amis, sachant que cela nuirait au temps passé sur Facebook », a ajouté le porte-parole de Meta.

En outre, Mme Haugen s’est dit « extrêmement préoccupée » par la volonté de Facebook d’être le fer de lance du metaverse, une version 3D de l’internet basée sur la réalité virtuelle (RV), estimant qu’il serait problématique de donner à Facebook l’accès aux maisons des utilisateurs via des capteurs RV.

La lanceuse d’alerte est également intervenue dans le débat sur la possibilité d’obliger les utilisateurs des plateformes à fournir une identification qui pourrait être utilisée par les forces de l’ordre. Selon elle, ce ne serait pas une solution pour prévenir les abus en ligne, car les abuseurs utiliseraient des pièces d’identité provenant de pays où il est plus facile de les obtenir et changeraient électroniquement leur localisation géographique grâce à un réseau privé virtuel (VPN).

Mme Haugen a également mis en garde contre l’interopérabilité des plateformes en ligne, une proposition phare des groupes politiques les plus progressistes. Elle prend l’exemple des systèmes de messagerie électronique, qui sont interopérables parce que le contenu ne peut pas être modifié par la suite.

Selon elle, rendre les plateformes interopérables signifierait qu’il serait impossible de retirer le contenu à un stade ultérieur, car les plateformes pourraient être construites dans une juridiction étrangère précisément dans le but de récolter ces données.

Le DSA fait actuellement l’objet de discussions au Parlement européen et au Conseil. Alors que le Conseil pourrait déjà parvenir à un accord la semaine prochaine, les députés européens sont plus en retard et les différents groupes politiques peinent à se mettre d’accord sur les points clés du dossier, a appris EURACTIV.

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