Facebook en pleine opération séduction à Bruxelles

Sheryl Sandberg et Dimitris Avramopoulos. [European Commission]

Sheryl Sandberg, la numéro 2 de Facebook, a tenté d’amadouer quatre commissaires européens lors d’une réunion à huis clos, le 23 janvier. Les propos haineux et la transparence des plateformes en ligne sont au coeur du débat.

Avant de rencontrer les commissaires responsables de numérique, de la technologie et de la lutte antiterroriste, Sheryl Sandberg, directrice des opérations et administratrice de la société Facebook, s’est exprimé lors d’une conférence organisée par l’entreprise. Sans lésiner sur les louanges envers la Commission.

Elle a ainsi assuré que Facebook travaillait à l’amélioration de sa technologie, et à l’embauche de davantage de personnel pour détecter et supprimer les propos haineux, un sujet qui a mobilisé la sphère politique européenne l’an dernier. « Nous comptons sur l’Europe pour continuer à ouvrir la voie sur cette question », a-t-elle indiqué.

L’exécutif européen a en effet été au centre du débat. Les entreprises ont été soulagées d’entendre la commissaire à la justice, Vera Jourova, annoncer la semaine dernière qu’elle ne prévoyait pas de législation contraignante obligeant les plateformes à supprimer les propos illégaux, malgré la pression de certains États membres. La Commission entend donc continuer de se reposer sur un accord non contraignant conclu avec les plus grandes plateformes américaines, dont Facebook.

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Sheryl Sandberg est directrice des opérations chez Facebook depuis 2008. En 2013, elle a publié un livre sur les femmes dans le monde du travail, En avant toutes. Lors de la conférence du 23 janvier, elle a remercié la commissaire au numérique, Mariya Gabriel, de « valoriser les entrepreneuses ».

Lors de leur rencontre publique, Sheryl Sandberg et Mariya Gabriel ne se sont pas penchées sur les questions qui fâchent en suspens entre le géant américain et l’exécutif européen.

Les relations entre le réseau social et Bruxelles ont en effet été pour le moins houleuses. C’est une plainte liée au respect de la vie privée contre Facebook qui a fait capoter l’accord de partage des données entre l’UE et les États-Unis, en 2015, et la Commission a imposé au géant américain une amende de 110 millions d’euros l’an dernier pour avoir partagé des informations trompeuses lors d’une enquête sur l’achat de WhatsApp.

La numéro 2 de Facebook ne s’est cependant pas arrêtée sur le passé et a promis d’intensifier le travail de Facebook sur la vie privée, les fake news et les propos haineux.

Une attitude conciliante également adoptée par Mariya Gabriel, qui n’a fait qu’une brève allusion à son projet de légiférer les plateformes en ligne, prévu pour le printemps, pour limiter les « pratiques déloyales » et forcer la transparence quant à leurs accords avec de plus petites entreprises.

La commissaire a défendu les politiques européennes en termes de technologies et de valeurs. « Nous ne voulons pas copier l’approche de la Silicon Valley », a-t-elle insisté.

La veille de son apparition à Bruxelles, Sheryl Sandberg a rencontré Emmanuel Macron à Paris. Facebook a annoncé vouloir octroyer 10 millions d’euros à l’expansion de son laboratoire de recherche français, qui se concentre sur l’intelligence artificielle.

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L’offensive de charme de Sheryl Sandberg ne s’est cependant pas arrêtée là. Elle a notamment parlé des autres priorités de l’exécutif européen en ce qui concerne les technologies en citant la grande réforme de la loi européenne sur la vie privée, qui entre en vigueur en mai. Elle a aussi indiqué qu’il relevait de la « responsabilité » de Facebook de s’attaquer aux discours haineux et aux publications contenant des informations fausses. Cela inclura une plus grande transparence en ce qui concerne la vente d’espaces publicitaires.

« Il est plus clair que jamais que nous vivons dans un monde polarisé, nous le voyons dans les résultats électoraux, dans les conversations que nous avons, dans les politiques qui sont envisagées », a-t-elle ajouté.

Des comptes Facebook auraient été utilisés pour répandre de fausses informations sur la toile et ainsi influencer les électeurs. La semaine dernière, Facebook a indiqué que son enquête sur l’implication potentielle de la Russie dans la propagande sur Facebook avant le référendum britannique de 2016 continuait.

Sheryl Sandberg a passé la plus grande partie de son intervention à expliquer comment son entreprise supprime les publications et comptes qui diffusent des informations fausses. Mariya Gabriel est en effet en train de préparer une stratégie sur le sujet, qui sera présentée en mai. Il s’agira notamment de s’attaquer au financement des fake news et de rendre les médias sociaux plus transparents.

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