L’algorithme de Facebook représente une menace pour la santé publique

Le corps médical continue de tirer la sonnette d’alarme concernant les dangers des informations fallacieuses publiées sur les réseaux sociaux. Selon une étude, les infox sur la santé diffusées sur Facebook ont engendré 3,8 milliards de visites l’année dernière.

D’après un rapport de l’organisation de cybermilitantisme Avaaz, les infox continuent à se propager sur Facebook, et ce, malgré une action lancée par le géant américain visant à mettre en place un système d’alerte pour ses utilisateurs dès que ceux-ci surfent sur du contenu mensonger.

À la suite d’une analyse de 82 sites internet et 42 pages Facebook de « propagation massive » d’infox, identifiées comme telles par des vérificateurs de faits indépendants, les chercheurs ont conclu que la diffusion de fausses informations était assurée par un ensemble d’acteurs.

Les résultats ont révélé que seuls 16 % des infox analysées étaient assortis d’une alerte de la part de Facebook, tandis que le reste figurait sur le site sans aucun avertissement.

Parallèlement, le rapport a mis en lumière une lacune de Facebook dans la détection de variations de contenus initialement signalés comme faux ou plagiés. Ainsi, il n’est pas rare qu’aucun avertissement n’apparaisse sur une même page publiée dans d’autres langues.

Selon le chercheur Luca Nicotra, les efforts de Facebook sont certes louables, mais ils ne suffisent pas.

« Facebook multiplie les annonces de nouvelles mesures en la matière, toutefois les chiffres n’en montrent pas forcément [les résultats] », a déclaré M. Nicotra, appelant à plus de transparence dans la mise en œuvre de nouvelles politiques au sein de la société.

Facebook lance un système d’alerte-infox sur le coronavirus

Sous la pression des activistes, Facebook, le géant des réseaux sociaux, a annoncé établir un système d’alerte qui avertira les utilisateurs lorsqu’ils consultent de fausses informations sur la pandémie.

« Généralement, l’on ne comprend pas pourquoi Facebook n’applique pas de solution systémique, mais en ces temps de crise, ce [manque d’action] est simplement inacceptable ».

« Le géant américain doit accentuer ses efforts et adopter une solution systémique abordant ses problèmes algorithmiques, et ce, sans plus attendre », a ajouté le chercheur.

Selon les scientifiques, l’apport de corrections par les vérificateurs de faits indépendants entraînerait un effet rétroactif réduisant de moitié la croyance en la désinformation alors que la rétrogradation de contenus pourrait diminuer de leur portée de 80 %.

Entre-temps, de plus en plus de preuves indiquent que l’absence de mesures aura de graves répercussions sur la santé publique. Une étude publiée en mai dans la revue Nature prévoit que les opposants aux vaccins feront légion dans une dizaine d’années, ce qui pourrait amplifier les épidémies et entraîner la réapparition de certaines maladies.

Luca Nicotra a indiqué que les infox suscitaient « une méfiance à grande échelle » envers le corps médical, des préoccupations que partagent de nombreux professionnels de la santé.

« La confiance constitue la base principale sur laquelle repose la relation médecin-patient », a avancé le secrétaire général de l’Union européenne des médecins spécialistes, le Dr João Miguel Grenho.

« Nous remarquons que la désinformation et sa vitesse de propagation sapent cette confiance et remettent en question son existence ».

Aux yeux du Dr Grenho, de plus en plus de professionnels de la santé constatent que les patients ne font pas totalement confiance à leur médecin ou « se lancent dans cette désinformation et ces faux traitements [de leur propre chef], et qu’ils ne viennent pas nous voir avant qu’il ne soit trop tard ».

« L’infodémie est comme un feu de forêt, elle se propage et rend notre travail très difficile et éreintant », soutient le docteur, ajoutant que « nous devons commencer à faire porter une certaine responsabilité aux vecteurs d’infox ».

Interpol: « Soyez vigilants, sceptiques, et protégez vos ordinateurs »

Le secrétaire général d’Interpol, Jürgen Stock, appelle la population à être vigilante, comme les cybercriminels tirent parti de l’utilisation accrue d’Internet pendant le confinement et du climat de peur que fait régner la pandémie. Une interview de notre partenaire, Euroefe.

Pour M. Grenho, il se pourrait qu’une tendance contre le vaccin COVID-19 apparaisse une fois qu’il sera disponible, ce qui entravera les efforts pour renforcer l’immunité collective.

Le Dr Frank Ulrich Montgomery, président de l’Association médicale mondiale (AMM), qui représente plus de 10 millions de médecins, partage cette inquiétude.

Aux yeux de ce dernier, l’infodémie pourrait accroître le déni de l’existence ou de la gravité de la maladie.

« Il est difficile de supprimer cette information de Facebook, mais il est encore plus difficile de la faire sortir de la tête des gens », a-t-il maintenu.

« La désinformation liée à la santé est une menace majeure pour nos sociétés », a écrit la Vice-présidente de la Commission européenne chargée des valeurs et de la transparence, Věra Jourová, sur Twitter en réaction au rapport.

« Nous devons prendre des mesures plus efficaces pour améliorer la transparence, l’accès aux données et la sensibilisation des utilisateurs ».

L’exécutif européen doit présenter ses plans pour réguler l’écosystème en ligne et lutter contre la désinformation dans le courant de l’année.

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