Les chiffres de la dette et du déficit publics français sont largement plus bas que ce qu’affirme Bercy : c’est en substance ce que révèlent les dernières analyses macroéconomiques de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) dans un rapport rendu public mercredi (29 novembre). La France doit « accélérer son rythme de consolidation budgétaire », exhorte l’organisation internationale.
Selon les calculs de l’OCDE, « le déficit budgétaire [de la France] devrait se réduire, passant de 4,9 % du PIB en 2023 à 4,6 % en 2025 ». Des chiffres tout à fait différents de ceux de Bercy, qui parie sur un déficit à 4,4 % en 2024 et 3,7 % en 2025.
De manière générale, les dépenses publiques sont en baisse avec la suppression progressive du « bouclier tarifaire », mis en œuvre début 2022 après l’invasion de l’Ukraine par la Russie afin de protéger les consommateurs contre l’envolée des prix de l’énergie.
Seulement, cette suppression n’est pas au goût de l’OCDE, qu’elle juge trop lente.
Le rapport annuel de l’OCDE sur les perspectives économiques mondiales (Economic Outlook), publié mercredi, s’inquiète de réduction des dépenses trop faibles, de telle manière que « des efforts supplémentaires seront nécessaires pour réduire la dette publique de manière plus substantielle ».
Il revoit aussi à la baisse ses prévisions de croissance économique pour l’Hexagone, à 0,8 % du PIB en 2024 avant de remonter à 1,2 % en 2025. Le gouvernement, quant à lui, table sur une croissance du PIB de l’ordre de 1,4 % en 2024 et de 1,7 % en 2025.
Le rapport sort alors que l’Assemblée nationale examine le projet de loi de finances (PLF) pour 2024. Selon le gouvernement, le déficit devrait passer sous la sacro-sainte barre des 3 % d’ici 2027, tandis que la dette, qui devrait se maintenir à 109,7 % du PIB en 2024, devrait être ramenée à 108,1 % en 2027.
Stimuler la « croissance potentielle »
Réduire la dette et le déficit publics est un « impératif catégorique » pour le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, qui avait déclaré, lors de la présentation du PLF 2024 fin septembre, que l’État s’engageait « incontestablement [dans] une trajectoire de rétablissement de nos finances publiques ».
Mais la réduction des dépenses publiques se heurte à un autre « impératif catégorique », à savoir celui du financement de la transition verte et de la décarbonation de l’économie. Des fonds nouveaux sont nécessaires afin de respecter l’objectif européen de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 55 % d’ici 2030.
« Les entreprises françaises, pour tenir la trajectoire de décarbonation, vont devoir investir 40 milliards d’euros supplémentaires chaque année [jusqu’en 2030] » affirmait en début novembre Patrick Martin, président du Medef. Selon les calculs, 40 à 60 milliards d’euros annuels seraient nécessaires à la France pour une réelle transition verte.
Ainsi faut-il stimuler la « croissance potentielle », explique l’OCDE : « Les efforts visant à promouvoir les alternatives vertes aux combustibles fossiles, la rénovation des logements et les économies d’énergie devraient être renforcés ».
La mise en œuvre complète du plan national de relance et de résilience (PNRR) — un outil nécessaire au déblocage des fonds du plan de relance Next Generation EU (NGEU) – s’impose, ajoute l’OCDE, afin de « contribuer à rendre l’économie plus verte, soutenir la transformation numérique, réduire les charges administratives, améliorer la coordination des services publics de l’emploi et réorganiser la stratégie de santé […] ».
À noter que la réforme des retraites, adoptée dans la douleur en avril 2023, « contribuera à réduire les dépenses futures, mais ne devrait pas permettre d’équilibrer les comptes du système de retraite », affirme l’organisation internationale.
Retour de politiques austéritaires ?
Cette révision drastique de la santé des finances publiques françaises va de pair avec l’avis de la Commission européenne rendu la semaine dernière, qui laisse entendre que le pays pourrait faire l’objet d’une procédure de déficit excessif au printemps.
Le Semestre européen est un outil de coordination des finances publiques des États membres, sous l’égide de la Commission qui formule des recommandations et donne des orientations budgétaires.
L’avis de la Commission à l’égard de la France met notamment l’accent sur des dépenses publiques jugées excessives et une suppression trop lente du « bouclier tarifaire ».
En outre, le rapport de l’OCDE et l’avis de la Commission interviennent alors que les États membres tentent de réformer les règles budgétaires européennes, avec comme objectif la mise en œuvre de plans de réduction de dette plus personnalisés, avec une plus grande marge de manœuvre pour soutenir la transition verte et digitale.
La décision de l’Allemagne d’imposer dans les négociations des objectifs numériques uniformes, et notamment des exigences minimales de réduction du déficit annuel, pourrait toutefois largement limiter l’impact de la réforme et contraindre les pays membres à se résoudre à prendre des mesures austéritaires.
Dans le même temps se multiplient des appels de la part d’économistes et responsables politiques pour revoir de fond en comble les débats autour des finances publiques. Dans un entretien accordé à Euractiv en juin dernier, l’économiste française Jézabel Couppey-Soubeyran appelait notamment à trouver d’autres moyens de financer les investissements non rentables mais essentiels à la transition écologique.
Elle soutient par exemple la création d’un programme d’achat d’actifs, dont la Banque centrale européenne (BCE) serait garante, forme nouvelle de « quantitative easing ».
De manière plus radicale, elle appelle aussi de ses vœux à un « financement direct de la BCE vers des sociétés financières publiques, dont la mission serait ensuite d’aiguiller les fonds vers les dépenses qui ne trouvent pas de financement auprès du secteur privé ».




