La Finlande adoucit sa position sur le budget de la zone euro

À quelques jours du début de sa présidence tournante de l’UE, la Finlande a accepté la possibilité d’un « petit » budget de la zone euro pour soutenir l’investissement, tant que celui-ci fait partie du budget à long terme.

La Finlande a de grandes ambitions pour son semestre à la présidence du Conseil de l’UE, qui commence le 1er juillet 2019. Helsinki veut se concentrer sur l’état de droit, améliorer la compétitivité de l’UE et l’inclusion sociale, développer le rôle de l’UE en tant que leader sur l’action pour le climat et protéger les citoyens.

Pour plusieurs raisons, Helsinki peut être perçue comme la capitale européenne du renouveau. Le gouvernement de coalition menée par Antti Rinne (parti social-démocrate) a pris le pouvoir au début du mois dans le contexte d’une nouvelle vague de renouveau pour le centre-gauche en Europe du nord.

L’une des premières annonces du gouvernement a été l’objectif de neutralité carbone d’ici à 2035, soit bien avant l’objectif de 2050 actuellement débattu au niveau de l’Union européenne.

La Finlande veut éliminer ses émissions en 15 ans

Le nouveau gouvernement finlandais vise l’élimination des émissions de carbone d’ici 2035. Un message encourageant du pays qui prend la présidence d’une UE bloquée sur le climat en juillet.

Le pays dispose également de deux candidats en bonne position pour remplacer Mario Draghi à la tête de la Banque centrale européenne (BCE) en novembre, dont Erkki Liikanen, ancien membre de la banque centrale et ancien commissaire européen.

Pour couronner le tout, la Finlande prendra les rênes de la présidence tournante de l’UE le 1er juillet, c’est-à-dire le jour où les dirigeants sont censés s’accorder sur les noms des nouveaux présidents des institutions européennes.

Lors d’un événement de lancement de la présidence à Helsinki, Antti Rinne a assuré aux journalistes que le sommet de dimanche soir déboucherait sur une série de nominations.

Responsabilité nationale

À Helsinki, la nouvelle période ouverte par le gouvernement de centre gauche de Antti Rinne ne signifie pas forcément un changement dans les positions de longue date du pays, notamment en ce qui concerne la zone euro.

« Chaque pays doit être responsable de ses politiques économiques », a déclaré Antti Rinne en référence aux discussions en cours sur un budget de la zone euro pour stabiliser les pays en difficulté, et auquel Helsinki s’oppose.

Mais contrairement à l’opposition radicale des Pays-Bas, le Premier ministre finlandais a reconnu qu’un « petit budget de la zone euro » pourrait être mis en place pour soutenir les investissements dans la zone euro. Il a toutefois souligné que celui-ci devrait être intégré au Cadre financier pluriannuel (CFP), le budget à long terme de l’UE.

Le nouveau gouvernement finlandais est aussi ouvert à un minimum de solidarité entre les partenaires de la zone euro et est prêt à reconsidérer l’inclusion de certains investissements — dans l’éducation par exemple — dans le cadre du Pacte européen de stabilité et de croissance.

Cette ouverture sur le toilettage des règles budgétaires de l’UE n’implique cependant pas que le nouvel exécutif finlandais compte assouplir sa position vis-à-vis des pays qui enfreignent les règles.

Interrogé sur les possibles sanctions à l’encontre de l’Italie pour son dépassement budgétaire, Antti Rinne a souligné : « nous devons respecter les règles… et elles ne changent pas lorsqu’il y a un changement de gouvernement. »

État de droit

Helsinki n’est pas seulement un fervent défenseur des règles communes de l’UE pour ce qui est des dépenses budgétaires, mais aussi en ce qui concerne l’état de droit.

La présidence finlandaise se prépare à faire pression sur la Hongrie dès le mois prochain, en essayant de faire avancer la procédure de sanctions contre le gouvernement de Viktor Orban le plus vite possible.

« Nous ne pouvons pas dire à nos citoyens que nous donnons de l’argent à des pays qui ne respectent pas l’état de droit », a déclaré le Finlandais aux journalistes.

La Hongrie, la Pologne, la République tchèque et l’Estonie joueront un rôle crucial dans la réussite ou non de la présidence de l’UE de la Finlande, dont le slogan est « Une Europe durable, un avenir durable. »

Neutralité carbone

Ces quatre pays traînent en effet des pieds pour accepter 2050 comme date butoir pour atteindre la neutralité carbone en Europe.

La Finlande est convaincue qu’elle peut convaincre ces gouvernements durant son semestre, puisqu’ils ont seulement besoin de plus de temps pour évaluer l’impact économique de la transition énergétique et pour convaincre leurs citoyens.

« L’UE doit jouer un rôle clé et mondial dans l’action pour le climat », a affirmé Antti Rinne.

Au sommet européen, l’accord climat fait l’effet d’un pétard mouillé

La République tchèque, l’Estonie, la Hongrie et la Pologne ont refusé l’objectif de neutralité carbone pour 2050, malgré les efforts de dernière minute de Paris et Berlin pour les convaincre de s’engager sur cette date spécifique.

La discussion sera étroitement liée aux négociations sur le budget à long terme de l’UE (2021-2027), aussi connu sous le nom de Cadre financier pluriannuel, ou CFP.

Piloter les négociations budgétaires sera probablement la priorité politique d’Helsinki le semestre prochain. Certains pays, dont la Pologne, réclament davantage de financements pour assurer une transition en douceur vers une Europe plus verte.

Antti Rinne estime qu’il est « probable » qu’un accord sur le budget soit trouvé d’ici à fin décembre, la date prévue pour la fin des pourparlers.

Un accord entre les 27 États membres sera toutefois compliqué par la sortie du Royaume-Uni de l’UE, prévu le 31 octobre. Un Brexit sans accord devrait réduire les ressources disponibles de l’UE d’environ 45 milliards d’euros.

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