Fiscalité verte : le gouvernement à l’épreuve des « gilets jaunes »

Les mesures d'accompagnement financier de la transition écologique, annoncées cette semaine par le gouvernement, sont insuffisantes pour les associations.

La France se prépare à vivre un samedi de blocage, initié par des citoyens qui protestent principalement contre les coûts du carburant. Le gouvernement a fait des annonces pour tenter d’apaiser la grogne sociale.

Les « gilets jaunes » promettent de « bloquer la France » le 17 novembre. Plusieurs opérations « escargots » sont annoncées, sur les axes routiers aux abords des villes, des aéroports et des centres commerciaux notamment.

1 500 actions pourraient avoir lieu, la plupart non-déclarées aux autorités, et plusieurs sociétés d’autoroute, grandes surfaces et gestionnaires de transports en commun ont alerté leurs clients sur le risque très fort de perturbations.

Le gouvernement prend cette menace au sérieux. Après le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, qui a assuré que les forces de l’ordre interviendraient en cas de blocage trop conséquent, c’est le Premier Ministre Edouard Philippe qui est descendu dans l’arène, mercredi. Sur les ondes de RTL, il a présenté une série de mesures censées apaiser la colère.

« Ce pays crève de ne pas avoir été assez réformé »

Les « gilets jaunes », mouvement très hétéroclite dans sa composition et ses motivations, ont reçu le soutien politique de l’extrême-droite, de La France Insoumise (LFI) et même d’une partie du PS. François Ruffin, député LFI, a fait sensation mardi à l’Assemblée Nationale en scandant « Rends l’ISF d’abord », en direction du gouvernement.

Cinquante nuances de jaune

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La grogne trouve sa source à la pompe. La hausse continue des prix du carburant mécontente les automobilistes. Depuis 2016, le prix du litre de diesel a augmenté de 50 cents et celui de l’essence de 33 cents. Dans les deux cas, ce ne sont pas les taxes qui représentent la plus grosse part de cette hausse.

« Ce pays crève de ne pas avoir été assez réformé donc on ne va pas changer de pied. Les hausse de janvier sont maintenues (3 cents pour l’essence et 6 cents pour le diesel ; NDLR), a assumé le Premier Ministre. Nous voulons faire peser sur le pétrole une partie des prélèvements fiscaux, plutôt que sur le travail. C’est un moyen de lutter contre le réchauffement climatique. »

Surprime et revalorisations

Dans le paquet d’annonces, on trouve : une surprime à la conversion de 4 000 euros pour les 20 % les plus modestes, afin d’aider à s’équiper de véhicules moins polluants ; un accompagnement plus poussé des « gros rouleurs » (plus de 60 kilomètres par jour) ; une augmentation de 50 euros pour 3,6 millions de bénéficiaires du chèque énergie ; et une volonté de sortir du chauffage au fioul dans les 10 ans avec là aussi une prime à la conversion.

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Un effort salué par plusieurs acteurs de la société civile. « Le mouvement du 17 a au moins poussé le gouvernement à se saisir du problème de l’accompagnement financier de cette transition écologique, se réjouit Audrey Pulvar, présidente de la Fondation pour la Nature et l’Homme. Ce sont des bons signes mais il manque des décisions fortes », souligne-t-elle.

La redistribution en question

Programmation pluriannuelle de l’énergie, développement du réseau ferré, transports en commun, soutien à des mobilités actives… Les sujets qu’il reste à aborder sont nombreux. « C’est une réponse ponctuelle mais ce n’est pas suffisant. L’État va dégager 30 milliards d’euros sur 5 ans avec cette taxe. 500 millions de redistribution, ce n’est pas assez », regrette l’ancienne journaliste.

C’est l’effort budgétaire annoncé par le gouvernement pour aider à faire passer ces nouvelles hausses des taxes sur le pétrole. « Le gouvernement tient bon sur la fiscalité anti-pollution, ça n’a pas toujours été le cas. La fin du véhicule thermique est une condition sine qua non au respect des accords de Paris de 2015 », félicite Pascal Canfin, président de WWF France.

Des exemples à suivre

Alors qu’il est pressenti pour mener la liste En Marche aux élections européennes, il ne retient pourtant pas sa critique sur des mesures « prises dans l’urgence et pas assez ciblées ». Un manque de clarté du cap à long terme qui tranche avec les politiques de certains voisins européens.

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Depuis le 1er avril, les passagers prenant l’avion en Suède doivent s’acquitter d’une taxe carbone. Un article de notre partenaire, le Journal de l’environnement

L’Irlande en a profité pour s’atteler à réduire son déficit public et la Suisse pour comprimer ses cotisations de santé, selon Benoît Leguet, directeur de I4CE, think tank sur l’économie de la transition écologique.

« L’exemple c’est la Suède, abonde Laurence Tubiana,  directrice de la Fondation européenne pour le climat et ancienne ambassadrice pour la COP21. Ils taxent la pollution et réutilisent cette manne pour baisser d’autres taxes. » Cela fait plus de 25 ans que le pays scandinave met en place des taxes sur les énergies fossiles, et la tonne de CO2 atteint près de 110 euros, soit le prix le plus élevé en Europe. En France, début 2019, la taxe carbone retiendra un prix du CO2 à 88 euros par tonne.

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