Les embûches s’accumulent pour la réforme de l’UEM

[Council]

L’élan réformateur insufflé par la victoire d’Emmanuel Macron en France il y a près d’un an, a vécu. L’instabilité politique et la fronde des pays du Nord contre toute mutualisation des risques représentent autant d’obstacles pour la réforme de l’Union économique et monétaire.

Les dernières rencontres de ministres européens des Finances, que ce soit au format zone euro (Eurogroupe) ou avec toute l’UE (Conseil Ecofin) augurent mal du sommet européen qui se tient les 22 et 23 mars prochain.

Comme convenu en décembre dernier, le Conseil européen devait lancer le processus d’élaboration de la onzième feuille de route pour finaliser l’union économique et monétaire. Les dirigeants européens devraient soutenir le plan lors de leur prochaine rencontre en juin.

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La discussion politique sur l’avenir de la zone euro est reportée au mois de mars, et la feuille de route en juin 2018.

Néanmoins, les derniers mois ne sont pas parvenus à effacer les divergences entre les États membres sur les thématiques les plus controversées, et la conjoncture est devenue de plus en plus difficile.

« La fenêtre d’opportunité s’est ouverte mais elle ne le restera pas très longtemps », a déclaré le commissaire européen aux Affaires économiques, Pierre Moscovici, en sortant de la réunion de l’Eurogroupe le 12 mars.

« Nous sommes déterminés à présenter un ensemble de mesures d’ici à juin pour finaliser l’union bancaire et renforcer le mécanisme européen de stabilité pour les futures crises », a ajouté le président de l’Eurogroupe, Mario Centeno.

Ces deux éléments sont perçus comme des objectifs atteignables dans le processus, mais le ministre portugais des Finances rappelle que la question très controversée d’une capacité budgétaire pour la région n’est pas résolue.

Séquençage

« C’est une question de timing et de séquençage, mais nous nous engageons à faire des propositions sur ce sujet également », a assuré Mario Centeno.

L’Eurogroupe élaborera des propositions à partir du mandat donné par les dirigeants de l’UE la semaine prochaine. La proposition phare d’Emmanuel Macron est un budget de la zone euro équivalent à plusieurs points de pourcentage du PIB de l’Europe pour stabiliser la région en cas de crises.

L’idée a d’une certaine manière été incluse dans l’accord de coalition de l’Allemagne et reprise par la Commission européenne dans une version édulcorée. Mario Centeno reconnaît toutefois que l’idée n’en est encore « qu’à son stade préliminaire ». La capacité budgétaire, en tant qu’outil de stabilisation et de soutien à l’investissement est « un enjeu à long terme », a déclaré le ministre portugais.

Tous pour un

Les gouvernements restent aussi bloqués sur le format à adopter pour mutualiser les risques entre les banques nationales à travers l’UE.

L’objectif est de mettre en place un mécanisme commun de garantie et de supprimer les prêts irrécouvrables des bilans des banques.

Pour la Commission, la BCE, et plusieurs pays, la mutualisation et la réduction des risques doivent aller de pair.

Des progrès ont été réalisés sur la réduction des risques, soutiennent-ils. La part des prêts non performants en Europe s’élevait à 4,6 % au second semestre de 2017, soit un tiers de moins qu’en 2014.

Un groupe de huit pays du nord et de la baltique, mené par les Pays-Bas, considèrent néanmoins que la réduction de risques doit aller plus loin – un point de vue partagé par Berlin.

Le groupe assure dans un document que les réformes nationales et les ajustements budgétaires « doivent passer devant les propositions de grande envergure », comme celle proposée par Emmanuel Macron.

Et ces pays ne sont pas les seuls à faire obstacle à des avancées concrètes.

Instabilité politique

Les élections peu concluantes en Italie et la victoire des partis qui s’opposent à « plus d’Europe » compliquent encore davantage le processus d’intégration de la zone euro.

L’instabilité politique dans la troisième plus grande économie de la zone euro fait écho à l’incertitude qui a régné pendant des mois dans le pays moteur de l’Europe, l’Allemagne.

Après six mois de paralysie politique à Berlin, un nouveau gouvernement allemand doit entrer en fonction aujourd’hui.

Malgré l’impasse, la France et l’Allemagne ont avancé du point de vue technique ces dernières semaines afin de trouver des zones de convergence dans le calendrier des réformes.

La chancelière allemande, Angela Merkel, rencontrera Emmanuel Macron dans les prochains jours, en vue du sommet européen. Le ministre français des Finances, Bruno Le Maire, rencontrera pour sa part son homologue, le nouveau ministre allemand Olaf Scholz, vendredi.

Le couple franco-allemand devrait présenter une proposition la semaine prochaine.

Cependant, personne n’essaie de dénigrer la tâche difficile qui les attend. « C’est un processus complexe et difficile… C’est probablement la réforme la plus importante depuis le traité de Maastricht », a déclaré Román Escolano, le nouveau ministre espagnol de l’Économie.

À ce jour, « les avis convergent », a-t-il ajouté, sur des questions comme le renforcement des compétences du Mécanisme européen de stabilité afin de faire face à une future crise ou l’utilisation de ces fonds pour soutenir les banques en difficulté.

Tout cela n’est pourtant pas suffisant pour la France. « Ce que nous voulons, c’est plus d’ambition », a déclaré un représentant français. Paris est consciente qu’il reste encore beaucoup de travail et que l’Allemagne ne signera pas ses propositions immédiatement, malgré le regain d’entente entre les deux plus grandes nations européennes.

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L’Europe est au cœur du Forum économique mondial le 24 janvier, alors que le président français, Emmanuel Macron, et la chancelière allemande, Angela Merkel, se rendent à Davos. Mais le scepticisme règne quant à leur capacité de faire avancer l’intégration européenne.

À l’approche des élections européennes du printemps prochain, la fenêtre d’opportunité se fermera bientôt. Le sommet de juin pourrait être la dernière occasion pour les États de présenter des objectifs et des mesures afin de concrétiser l’élan acclamé ces dernières années. « Je souhaite trouver un terrain d’entente d’ici le sommet de juin », a déclaré Mario Centeno aux ministres des Finances de l’UE.

L’Europe doit remédier aux problèmes de son union économique et douanière tant qu’il est encore temps. Autrement, des attentes non satisfaites pourraient confirmer la malédiction de l’UE : les progrès ne se produisent que dans les moments les plus sombres d’une crise.

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