France et Pologne se disent optimistes sur l’enjeu des travailleurs détachés

Emmanuel Macron a déclaré qu’il était « plutôt optimiste » sur l’atteinte d’un accord sur la directive très controversée sur les travailleurs détachés lundi prochain. [James Crisp]

Les deux pays défendent des positions assez radicalement opposées sur le détachement des travailleurs, la France voulant en limiter les possibilités, contrairement à la Pologne. Leurs représentants se sont néanmoins montrés optimistes lors du Conseil européen.

Les deux dirigeants qui sont le plus opposés sur la question des travailleurs détachés sont apparus optimistes au Conseil européen qui s’est terminé vendredi 20 octobre à Bruxelles.

Le Président français Emmanuel Macron et la Première ministre polonaise Beata Szydlo se sont tous deux montrés optimistes sur la conclusion d’un accord sur la directive des travailleurs détachés lors de la rencontre cruciale des ministres nationaux le 23 octobre. Des commentaires qui apaiseront probablement les inquiétudes des responsables politiques, qui craignent que la loi ne se retrouve dans l’impasse.

La directive sur les travailleurs détachés, qui règlemente les conditions et la durée durant laquelle les travailleurs peuvent travailler dans un autre pays de l’UE et continuer à payer leurs contributions sociales chez eux, est un dossier souvent qualifié de priorité par le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker.

Il pourrait donc avoir une raison d’y croire. À la fin du sommet européen du 20 octobre, Emmanuel Macron a déclaré en conférence de presse qu’il était « plutôt optimiste » sur un futur accord entre les ministres.

Paris a perturbé les négociations cet été en proposant des conditions plus strictes. Une position qui n’a pas plus aux États membres, surtout aux pays de l’Est de l’UE, qui estiment que leurs entreprises auront plus de difficultés à rivaliser avec des entreprises basées dans des pays aux salaires plus élevés.

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Le Parlement européen a adopté le principe de l’égalité de rémunération à travail égal. Mais la période maximale de détachement des travailleurs demeure un point de blocage, notamment pour le gouvernement français.

La polonaise Beata Szydlo a le plus critiqué la proposition de loi. La Premier ministre a néanmoins indiqué vendredi qu’un accord pourrait surgir lundi, lors de la réunion des ministres européen de l’Emploi et du Social au Luxembourg.

Le ministre polonais en charge de l’UE, Konrad Szymanski, a aussi prévenu lors du sommet que le groupe de pays voulant parvenir à un accord plus strict, plus « protectionniste » avait grossi ses rangs ces derniers mois.

Selon une source proche du dossier, la Pologne ne s’est pas encore engagée à voter en faveur de la loi.

La France avait proposé de limiter le nombre de mois durant lesquels les travailleurs pouvaient rester à l’étranger. De 24 mois, Emmanuel Macron voulait passer à 12 mois, mais de nombreux pays se sont opposés à ce changement.

Paris cherche un soutien de dernière minute pour la directive sur les travailleurs détachés

La France est prête à tout pour faire passer des amendements controversés à la directive sur les travailleurs détachés avant la décision clé du mois prochain.

Les sherpas, chargés du travail juridique et de négociation en amont des réunions politiques, ont discuté de la directive sur les travailleurs détachés en marge du sommet de cette semaine.

La loi controversée a aussi fait l’objet d’une rencontre entre Emmanuel Macron et le Premier ministre espagnol, Mariano Rajoy, jeudi soir. Emmanuel Macron a déclaré aux journalistes que les inquiétudes du dirigeant espagnol concernant des contrôles plus stricts dans le transport routier étaient « totalement légitimes et partagées par d’autres pays à la périphérie de l’UE ».

« Ce que je voudrais c’est trouver un accord constructif et y parvenir aussi rapidement que possible », a-t-il déclaré.

La Commission aussi veut à tout prix éviter de prendre du retard dans les négociations sur la directive. « Nous sommes prêts à négocier aussi longtemps que possible, même si nous y passons la soirée ou la nuit, mais il est très important que nous concluions un accord cette fois-ci », a déclaré un porte-parole de la Commission, faisant référence à la réunion de lundi.

La directive sur les travailleurs détachés n’est pas censée faire partie des discussions la prochaine fois que les chefs d’État se rencontreront, lors du sommet du 17 novembre sur les questions sociales à Göteborg en Suède.

À cette occasion, leurs discussions se concentreront sur l’accès au marché du travail, sur le fameux pilier européen des droits sociaux et sur une autre loi controversée pour règlementer les conditions d’emploi des conducteurs de camion qui traversent plusieurs États membres.