L’union nationale des étudiants français appelle à une mobilisation nationale pour protester contre la réforme du statut des universités françaises, affirmant que le désengagement de l’Etat pourrait donner lieu à une trop forte influence du secteur privé sur le contenu des programmes de l’enseignement supérieur. Parallèlement, l’UE appelle les Etats membres à laisser plus d’autonomie aux universités pour travailler avec les entreprises.
Un plan français visant à mettre en oeuvre les recommandations européennes sur la réforme de l’enseignement supérieur (EURACTIV 03/08/07), qui promet d’octroyer plus de fonds et d’indépendance aux universités, a suscité un mouvement d’opposition parmi les étudiants et le personnel universitaire. L’UNEF, l’Union nationale des étudiants français, a appelé l’ensemble des universités à se joindre à la trentaine d’institutions d’enseignement supérieur déjà engagées et à participer à la manifestation nationale prévue le 20 novembre 2007.
Le syndicat se dit alarmé par le désengagement financier et politique de l’Etat, qui selon lui fait peser la menace de la privatisation. Il demande à ce que des modifications soient apportées à la loi.
Parmi les changements proposés, l’UNEF souhaite maintenir les niveaux actuels de représentation des étudiants dans les conseils d’administration des universités, garantir la transparence des procédures de recrutement du personnel universitaire, restreindre le recrutement du personnel contractuel et augmenter le budget attribué à l’enseignement pour 2008.
Réactions
Juliette Griffond, chargée de la communication à l’UNEF, l’Union nationale des étudiants français, a expliqué à EURACTIV pourquoi la privatisation présumée inquiète les étudiants.
« Nous ne sommes pas opposés à un financement des entreprises, mais nous sommes contre le fait que le secteur privé ait un pouvoir décisionnaire sur les programmes et les diplômes universitaires. Imaginez simplement qu’il y ait un diplôme correspondant à une seule entreprise et à un seul emploi et que cette entreprise ferme. L’employé et son diplôme n’auraient alors plus aucune valeur ».
Interrogée sur la correspondance des diplômes actuels avec les besoins des entreprises et sur le fait de savoir si les étudiants trouvent facilement un emploi une fois diplômés, elle souligne que « le taux actuel de chômage en France ne dépend pas de la qualité de l’enseignement universitaire, ni des diplômes des étudiants », ajoutant que « l’autonomie des universités améliorera l’enseignement, car la qualité de l’enseignement est davantage une question de budget et de réforme de la pédagogie universitaire ».
« L’enseignement universitaire actuel apporte aux jeunes diplômés un certain « bagage » de qualifications et de capacités, après quoi, chaque entreprise doit former les jeunes diplômés en interne pour que leur profil corresponde aux besoins spécifiques de l’entreprise. Il est très important que l’enseignement universitaire ne soit pas trop professionnalisé et n’ouvre pas sur une seule profession par la suite. De nos jours, les gens changent fréquemment d’emploi et ont besoin de s’adapter au changement », ajoute Mme Griffond.
Quand la loi française a été présentée, l’Association européenne de l’université (EUA) a déclaré qu’elle saluait l’initiative consistant à accorder plus d’autonomie aux universités, comme un aspect critique de la réforme de l’enseignement supérieur. D’après Lesley Wilson, secrétaire générale de l’EUA, si nous ne décidons pas qui employer et dans quel projet nous souhaitons dépenser notre argent, les universités ne seront jamais en mesure de changer.
Contexte
En mai 2006, la Commission a publié une communication contenant des recommandations détaillées sur la façon de moderniser l’enseignement supérieur en Europe. La suggestion la plus contestée comprise dans le rapport appelle les Etats membres à accorder davantage d’autonomie et de responsabilité aux universités et à encourager les gouvernements à ouvrir les universités sur les entreprises.
Une loi visant à accorder davantage d’autonomie aux universités françaises, présentée le 24 mai 2007 par Valérie Pécresse, la ministre chargée de la Recherche et de l’enseignement supérieur (EURACTIV 8/06/07), a été adoptée par le Parlement français en août 2007 et devrait être mise en œuvre au cours des cinq prochaines années.
Une fois la loi mise en œuvre :
- Les universités française auront plus d’autonomie pour gérer leur budget et leur personnel (en créant des fondations destinées à collecter des fonds et en organisant leurs propres procédures de recrutement), et ;
- Les universités seront en mesure d’ouvrir leur administration à un personnel extérieur, permettant aux représentants du monde des affaires de participer à la gouvernance de l’université.
Prochaines étapes
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2007-2012 : période de transition pour la réforme des universités françaises et la progression vers plus d’autonomie dans la gestion des ressources humaines et financières.
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