France relance : « Ce plan est en forte résonance avec le plan allemand et celui de la Commission européenne »

Baptisé « France Relance », le plan de relance de l'économie représente environ 9,5 % du PIB du pays, contre 6,9 % en Allemagne ou 8,6 % au Royaume-Uni. [EPA-EFE/LUDOVIC MARIN]

Jean Castex a présenté le détail du plan français de relance économique, qui s’élève à 100 milliards d’euros sur deux ans. Pour Sébastien Treyer, du think tank français Iddri, il s’aligne avec les plans élaborés par Berlin et par l’UE.

Un plan « massif », d’une « ampleur historique », qui s’apparente à « un pas de géant » pour l’écologie, le ton est donné et le message clair : le gouvernement ne fait pas dans la demi-mesure pour relancer une économie profondément touchée par la crise sanitaire du nouveau coronavirus et mise sur les « secteurs d’avenir ».

« Cent milliards, c’est près de quatre fois plus que le plan de relance qui avait été mis en œuvre pour faire face à la crise [financière] de 2008. C’est, en proportion de la richesse nationale, le plan de relance le plus massif annoncé à ce jour parmi les grands pays européens. C’est surtout le montant dont notre économie a besoin pour retrouver, dès 2022, notre niveau de richesse d’avant la crise », a déclaré le Premier ministre Jean Castex.

Baptisé « France relance », le plan représente environ 9,5 % du PIB du pays, contre 6,9 % en Allemagne ou 8,6 % au Royaume-Uni, et ce, alors que Berlin a annoncé un plan plus ambitieux en valeur absolue, à hauteur de 130 milliards d’euros.

Il comprend 70 mesures centrées autour de trois axes majeurs : la transition écologique (30 milliards), la compétitivité des entreprises (35 milliards) et la cohésion sociale et territoriale (35 milliards).

Sur les 100 milliards de prévus, 40 milliards seront issus du plan de relance de l’Union européenne – mais ils ne seront versés qu’à l’été prochain. Ils devront donc être avancés, car il faut aller vite pour redresser l’économie : la récession devrait atteindre 11 % cette année, un record.

C’est pourquoi l’objectif du gouvernement est de retrouver dès 2022 le niveau d’activité d’avant la crise et d’enclencher au plus vite la baisse du chômage. À cette fin, le gouvernement mise sur l’accélération d’une politique de l’offre, c’est-à-dire sur l’investissement de long terme et le soutien aux entreprises.

Détail qui a son poids politique : les prochaines élections présidentielles auront lieu en 2022.

Alignement entre les plans français, allemand et européen

« Ce plan est en forte résonance avec le plan allemand et avec celui de la Commission européenne. C’est un signal politique et économique fort pour les acteurs du continent : la transition écologique est l’horizon, » analyse Sébastien Treyer, directeur général de l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri).

De fait, en consacrant un tiers de son plan de relance à la transition écologique, Paris suit la ligne définie par la Commission européenne. Pour ce faire, le gouvernement donne la priorité à la rénovation énergétique des bâtiments (6,7 milliards d’euros), la mobilité bas carbone et le ferroviaire (11 milliards au total) ainsi qu’au secteur énergétique dont l’hydrogène vert pour décarboner le secteur industriel (neuf milliards d’euros, dont deux milliards pour l’hydrogène).

Une stratégie qui place la France « dans le même ordre de grandeur que l’Allemagne, » selon Sébastien Treyer.

Par ailleurs, en développant la filière de l’hydrogène vert, la France signale également sa volonté de coopérer avec l’Allemagne, qui en a fait un de ses chevaux de bataille pour accélérer sa transition vers l’économie bas carbone.

« Le diable est dans les détails »

Quid des 70 milliards restant ? Pour Sébastien Treyer, il faut pouvoir vérifier si le plan de relance bénéficiera véritablement à la transition écologique. « Les conditions de suivi sont un des enjeux clés, c’est l’une des batailles à gagner », souligne-t-il.

Le directeur général de l’Iddri relève qu’un plan structuré vaut mieux qu’une succession d’aides financières d’urgence pour les entreprises en difficulté, car il donne un signal pérenne à tous les acteurs économiques. Et sur une telle base, il est possible d’organiser un bon suivi de l’efficacité environnementale et sociale du plan de relance.

« Mais le diable est dans les détails, en l’occurrence dans la mise en œuvre du plan. Lorsque la pression pour dépenser beaucoup va être forte, il sera nécessaire d’avoir des filières structurées : c’est particulièrement nécessaire pour la rénovation des bâtiments, mais aussi pour l’implantation de la production de protéines dans le secteur agricole », prévient-il.

À cette fin, il préconise la mise en place d’un comité de suivi, une mesure qui n’a pas été prise en 2008. Or, s’il estime que les conditions de suivi se sont améliorées et ont gagné la conscience politique, elles n’ont pas encore été annoncées. « Nous ne disposons pas encore suffisamment de visibilité pour faire ce suivi – comment va-t-il être organisé ? Nous n’avons pas été associés à cette discussion-là. »

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