Pour accueillir l’Autorité bancaire, Francfort met en avant… sa bière

Le siège de la Banque centrale européenne, à Francfort, Allemagne. [Jim Woodward/Flickr]

L’Allemagne intensifie son opération séduction pour relocaliser l’Autorité bancaire européenne à Francfort. La ville n’est pas seulement le centre financier de l’Europe, elle a aussi la « meilleure » bière, assure un représentant de la région.

Le vice-premier ministre du länder de Hesse, Tarek Al-Wazir, a indiqué aux journalistes que Francfort était bien « plus qu’un espace de bureaux ennuyeux ». Il a assuré que la cinquième ville d’Allemagne ne se résumait pas à « quelques gratte-ciel et à un aéroport », mais offrait également d’excellentes infrastructures, des écoles internationales et une « bière meilleure » qu’à Londres, où l’Autorité bancaire européenne (ABE) est actuellement installée.

« Il est toutefois possible de trouver des pubs britanniques à Francfort pour ceux qui le veulent », a-t-il annoncé aux banquiers londoniens, pas très enthousiastes à l’idée de déménager dans cette ville tranquille.

Ces derniers jours, les États membres de l’UE ont commencé à proposer leurs offres pour accueillir l’ABE et l’Agence européenne des médicaments. Les deux agences européennes, pour l’instant installées à Londres, devront en effet être relocalisées après la sortie du Royaume-Uni de l’UE.

Bruxelles refuse toute discussion sur le rapatriement des agences londoniennes

La Commission européenne souhaite trouver un nouveau siège pour les agences européennes basées à Londres le plus rapidement possible. Le gouvernement français a annoncé soutenir la candidature de Lille pour l’agence européenne des médicaments.

.

Une délégation de hauts représentants du gouvernement fédéral d’Allemagne et de la région de Hesse s’est rendue à Bruxelles pour vanter les points forts de Francfort en vue d’accueillir l’ABE. « Nous satisfaisons les critères objectifs », s’est félicité Thomas Steffen, secrétaire d’État au ministère fédéral des Finances. « Nous sommes en position de force pour les négociations à venir. »

« J’ai quitté Bruxelles avec un bon pressentiment », a commenté le Premier ministre de la région, Volker Bouffier. Il a précisé que les responsables européens avaient compris le rôle majeur que jouait Francfort en tant que pôle financier en Europe.

Volker Bouffier a cité la bonne connectivité de la ville, sa situation centrale en Allemagne et en Europe, les compétences de la main-d’œuvre locale et le niveau de vie élevé comme arguments principaux pour remporter l’appel d’offre.

Le groupe a rencontré Sabine Weyand, la sous-négociatrice en chef de la Commission pour le Brexit, Olivier Guersent, le directeur général de la GD stabilité financière, et Benjamin Hartmann, un membre du groupe de travail du Conseil pour le Brexit.

Bénéfique pour les poches des citoyens

Les États membres se méfient de la haute concentration d’organismes financiers à Francfort, étant donné que la ville accueille déjà le siège de la BCE, son mécanisme de surveillance unique, et l’Autorité européenne des assurances et des pensions professionnelles (AEAPP). Mais les autorités allemandes espèrent au contraire que ce point jouera en leur faveur.

Thomas Steffen a souligné l’« effet de synergie » potentiel d’avoir l’ABE et l’AEAPP sous le même toit, même si chacun des deux organismes maintiendrait son indépendance et ses propres infrastructures.

Les gouvernements nationaux se battront pour une meilleure distribution des agences européennes, étant donné que certains pays n’en accueillent aucune à l’heure actuelle. Thomas Steffen a cependant souligné les économies qui pourraient être réalisées si l’ABE s’installait à Francfort, une décision bénéfique pour l’UE dans son ensemble. Par ailleurs, il a présenté la concentration d’autant d’experts à un seul endroit comme le point le plus fort de la candidature de Francfort. « Nous devons expliquer aux citoyens pourquoi nous prenons ces décisions », a-t-il insisté.

Amsterdam et Lille dans la course à l’agence des médicaments

Alors que la France soutient Lille, les Pays-Bas ont annoncé le 20 avril qu’Amsterdam serait candidate à l’accueil de l’Agence européenne des médicaments, actuellement située à Londres.

L’ABE et l’AEM sont deux des organismes de réglementation et de surveillance les plus puissants du système européen. Pour l’heure, les Pays-Bas, la France et l’Espagne ont lancé leurs campagnes pour accueillir l’AEM respectivement à Amsterdam, Lille et Barcelone. Dans le même temps, Paris est vue comme le principal rival de Francfort pour accueillir l’ABE, même si Milan a aussi des vues sur l’organisme.

En dépit des raisons objectives indiquées par Berlin et la région de Hesse, les banquiers et les autorités européennes ne se sont pas encore prononcés en faveur la ville allemande.

Alliance hispano-allemande

L’Allemagne pourrait trouver un allié en l’Espagne, étant donné que les deux pays pourraient avoir des objectifs complémentaires. Madrid ne cherche en effet plus à accueillir l’ABE, mais vise toujours l’Agence européenne des médicaments, que l’Allemagne a laissé tomber pour concentrer son énergie sur une offre « plus solide » dans le secteur financier.

« Nous avons une coopération et une coordination si étroites que nous avons pu évoquer avec l’Espagne aussi bien la question de la relocalisation que d’autres questions plus larges. Nous en sommes très fiers », a indiqué Thomas Steffen.

Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, a par ailleurs soutenu la tentative ratée du ministre espagnol de l’Économie de devenir président de l’Eurogroupe. Il a ajouté qu’il était « trop tôt » pour établir une coordination approfondie sur la destination future des deux agences, étant donné que la Commission devait encore faire une proposition pour les deux sièges.

L’Allemagne soutient un Espagnol à la tête de l'Eurogroupe

Berlin soutiendra la candidature du ministre espagnol de l’Économie, Luis de Guindos pour occuper la tête de l’Eurogroupe, a déclaré le 25 août la chancelière Angela Merkel. Il succéderait ainsi au Néerlandais Jeroen Dijsselbloem à l’instance qui réunit les ministres des Finances de la zone euro.

Il a toutefois indiqué que les deux pays n’afficheraient pas leur soutien mutuel, vu que cela pourrait provoquer de vives critiques de la part des autres capitales européennes. « Ce serait plus sophistiqué que cela », a-t-il déclaré. Il a cependant exprimé la volonté du gouvernement allemand de coopérer avec l’Espagne sur ce sujet et d’autres questions liées au Brexit.

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.