Cazeneuve offre son soutien à Athènes

La France est considérée comme un pays ami par Athènes. [Parti socialiste/Flickr]

Bernard Cazeneuve, Michel Sapin et Harlem Désir se sont rendus en Grèce le 3 mars, afin d’offrir leur soutien politique. Les négociations pour un nouveau renflouement de la dette grecque sont cruciales pour Athènes.

Le Premier ministre, le ministre des Finances et le secrétaire d’État aux Affaires européennes français étaient à Athènes le 3 mars. Selon les médias grecs, Michel Sapin est satisfait du retour des représentants des institutions à Athènes et espère qu’ils remettront leur rapport sur les progrès du pays avant la prochaine réunion de l’Eurogroupe, prévue pour les 20 et 21 mars.

« La Grèce a changé et est en train de réussir. Il faut l’accompagner dans cette réussite et le faire jusqu’au bout pour lui permettre l’année prochaine, en 2018, de revenir sur les marchés » pour se financer, avait-il affirmé.

Le ministre des Finances aurait également espéré voir la Grèce réintégrer les marchés l’an prochain, après huit ans d’exclusion. « Le ministre souhaite aider au maximum ce retour de la Grèce », aurait déclaré un de ses proches.

La Grèce est en effet privée d’accès aux marchés des capitaux depuis 2010 à l’exception d’une brève incursion en 2014. Sa dette, à environ 180% du PIB en 2016, constitue une pomme de discorde quasi permanente entre le FMI et les pays membres de la zone euro, et surtout l’Allemagne qui maintient une position intransigeante.

Les négociations sur la deuxième revue du sauvetage du pays sont extrêmement tendues, et le gouvernement grec voit donc d’un très bon œil la visite de la délégation française.

Au début de la rencontre, Bernard Cazeneuve a exprimé « la solidarité » de la France avec le pays hôte pour ses efforts de réformes structurelles, et d’accueil des réfugiés. Alexis Tsipras a quant à lui salué « l’inestimable soutien apporté par la France à la Grèce face aux défis » posés à son pays.

Au programme des discussions, les négociations de sauvetage, l’investissement, mais aussi l’avenir de l’UE et la crise des réfugiés. Selon l’agence de presse AMNA, des sources au sein du gouvernement ont déclaré que « traditionnellement, Paris a soutenu les positions grecques […] et a joué un rôle constructif face à la position extrême d’une partie des créanciers du pays ».

La coopération renforcée entre Athènes et Paris a commencé pendant les négociations cruciales d’un troisième sauvetage du pays, à l’été 2015, durant lesquelles François Hollande aurait défendu Athènes et évité un Grexit.

Rapprochement des pays méditerranéens

Les pays du sud de l’Europe, et en particulier ceux dirigés par des dirigeants socialistes, se sont engagés dans une collaboration informelle sur un certain nombre de sujets, de l’immigration à la lutte contre l’austérité et pour des mesures pro-croissance en Europe.

Tsipras propose une alliance anti-austérité

Le gouvernement grec a invité les dirigeants de six pays du sud de l’Europe, dont la France, à forger une alliance anti-austérité.

Leur première rencontre a eu lieu à Athènes en septembre dernier, suivie par un nouveau rassemblement au Portugal en janvier. En avril 2016, Antonio Costa, le Premier ministre portugais, avait déjà signé un document anti-austérité avec son homologue grec, Alexis Tsipras. « Après six ans de programme de sauvetage en Europe, nous pouvons confirmer que l’austérité à elle seule est un échec et a eu des conséquences sociales et économiques bien plus graves que prévu », lit-on dans ce document.

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L’Europe a besoin de changer ses politiques d’austérité, et pas pour une politique à plusieurs vitesses comme le suggère Angela Merkel, ont affirmé des responsables démocrates, écologistes et de gauche.

Le 1er mars, Joseph Muscat, le Premier ministre maltais, également socialiste, a rencontré Alexis Tsipras à Athènes. Il a lui aussi souligné la nécessité d’un pilier social pour l’Europe de demain.

« Cela nous tient vraiment à cœur et je pense que ce que nous avons commencé il y a un mois lors du sommet des pays de la Méditerranée a déjà débouché sur des résultats positifs », a déclaré le politique maltais.

Le Premier ministre a répété que les rencontres des pays méditerranéens n’étaient pas un « club fermé » et a dit qu’il espérait que le sommet à Rome ne serait pas juste une célébration, mais servirait de base et d’orientation pour l’avenir.

Gilles Pargneaux, eurodéputé français du S&D, estime que « le Brexit nous force à revoir notre manière de faire en Europe ».

« Des pays comme la France, l’Italie, la Grèce, l’Espagne et le Portugal sont confrontés à des défis similaires : l’immigration, la sécurité, un voisinage instable… Des questions qui justifient une coopération renforcée », explique-t-il à Euractiv, ajoutant que des alliances fortes entre dirigeants progressistes dans ces pays doivent être nouées.

Tsipras: «la croissance ne crée pas de déficit»

Exclusif. La rencontre des dirigeants des pays méditerranéens, aujourd’hui (le 9 septembre) à Athènes, aura pour objectifs de faire entendre la voix du sud de l’Europe et d’unir davantage l’Europe, explique Alexis Tsipras à EURACTIV.

Équilibre politique

Ce rapprochement méditerranéen est renforcé par une modification de l’équilibre des pouvoirs au Parlement européen. Après l’effondrement de l’alliance entre le groupe des Socialistes & Démocrates (S&D) et celui du Parti populaire européen (PPE) et l’élection à la présidence du parlement d’Antonio Tajani, la création d’une alliance progressiste est en cours. Le S&D, les Verts et la gauche européenne ont également formé un front opposé à une Europe à plusieurs vitesses et à l’austérité.

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L’Europe a besoin de changer ses politiques d’austérité, et pas pour une politique à plusieurs vitesses comme le suggère Angela Merkel, ont affirmé des responsables démocrates, écologistes et de gauche.

Ces partis partagent souvent les mêmes opinions en ce qui concerne la Grèce et les politiques d’austérité qui lui ont été imposées. Ils font régulièrement des déclarations de soutien au gouvernement d’Athènes.

Au niveau européen, Pierre Moscovici, le commissaire aux Affaires économique, également un socialiste français, a toujours défendu Athènes et rejeté l’idée d’un Grexit. Il est donc considéré comme plus amical que d’autres membres de la Commission à Athènes.

Crise migratoire

Le matin du 3 mars, lors d’une rencontre avec des réfugiés, en majorité syriens, en attente de départ vers la France, Bernard Cazeneuve a rappelé que la France avait « accueilli l’an dernier près de 3 000 réfugiés arrivés sur les îles grecques ».

« Nous sommes dans un dispositif qui doit nous conduire à en accueillir 400 par mois à partir de l’Italie et de la Grèce dans le courant de 2017 », a-t-il ajouté.

Le Premier ministre a insisté sur la nécessité d’une « solidarité » européenne, après avoir assisté à une séance « d’orientation culturelle et linguistique » à l’adresse d’une centaine de demandeurs d’asile en attente d’un départ pour la France ce mois-ci.

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« L’Europe ne peut être une superposition d’égoïsmes […] Ceux qui n’acceptent pas de remplir leurs obligations doivent être rappelés à leurs responsabilités », a-t-il affirmé, alors que la « relocalisation » lancée par l’UE pour répartir la charge des demandeurs d’asile, notamment syriens, depuis la Grèce ou l’Italie, a du mal à décoller.

La Commission européenne a durci le ton jeudi face aux trainards de l’accueil, concentrés en Europe centrale et de l’est, les menaçant de sanctions.

La Grèce ne cesse d’appeler à un sursaut européen, car elle doit gérer l’entassement de plus de 60 000 réfugiés et migrants piégés dans le pays depuis 2015 et la progressive fermeture des frontières européennes.

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La Commission européenne, déterminée à voir les États membres de l’Union honorer leurs engagements en matière d’accueil de réfugiés, pourrait envisager des mesures de sanctions contre les pays récalcitrants le mois prochain « si nécessaire ».

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