La candidate bulgare à la Commission choisit le français pour son audition

Mariya Gabriel [European Parliament]

Mariya Gabriel, la candidate PPE bulgare au poste de commissaire au numérique, a défendu les positions de la Commission lors de son audition devant les eurodéputés au Parlement européen.

Lors d’une audition de deux heures et demie, durant laquelle elle a presque uniquement parlé français, Mariya Gabriel, candidate bulgare à la Commission, a promis de faciliter les compromis sur certaines des propositions les plus disputées de la Commission, notamment les nouvelles règles en termes de télécommunications et la réforme du droit d’auteur. Sa candidature devrait être validée lors d’un vote au Parlement en juillet. Avec le feu vert des eurodéputés, l’élue bulgare de 38 ans obtiendrait un poste clé au sein de la Commission. Elle serait en effet chargée de mener les projets législatifs technologiques de l’exécutif devant le Parlement et les gouvernements nationaux, lors de négociations qui sont parfois très difficiles, jusqu’à la fin du mandat de la Commission actuelle, en 2019. Certains observateurs estiment en outre qu’elle aurait du mal à imposer ces projets alors qu’elle n’a pas participé à leur élaboration.

« Un mandat de deux ans, c’est court », a-t-elle fait remarquer, indiquant que sa priorité sera de mener à bien les travaux de la Commission sur le marché unique numérique, en 16 points. Elle sera également responsable des nouvelles propositions législatives sur la cybersécurité et le flux des données entre pays européens, promises pour l’automne.

Le poste de commissaire au numérique est vacant depuis le 1er janvier, date à laquelle Günther Oettinger a été transféré au budget, suite à la démission de Kristalina Georgieva. L’ancienne commissaire bulgare a en effet intégré la Banque mondiale au début de l’année, laissant la Bulgarie sans représentant à la Commission.

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Une audition tout en douceur

Mariya Gabriel a été confrontée à une kyrielle de questions sur le cryptage et les licences TV. Certains spécialistes lui reprochent cependant d’avoir obtenu facilement l’aval des eurodéputés, qui la connaissent et sont favorables à l’accession de l’une des leurs au poste vacant.

Avant le début de son audition, la Bulgare a en effet dit bonjour à plusieurs de ses collègues et s’est arrêtée pour prendre des selfies. Plusieurs membres du Parti populaire européen, dont elle fait partie, l’ont ensuite félicitée de ses réponses durant l’audition.

Mariya Gabriel a répondu en encensant les eurodéputés et en les rassurant : elle n’oublierait pas le « laboratoire d’idées » qu’est le Parlement.

Aucune des questions n’a porté sur les allégations de la presse bulgare selon lesquelles l’élue loue un appartement à un prix extrêmement avantageux dans le centre de Sofia. Un de ses assistants a indiqué qu’elle ne s’entretiendrait pas avec les journalistes avant que les deux commissions parlementaires chargées de valider sa nomination se soient exprimées.

L’eurodéputé a le plus souvent répondu aux questions de ses collègues en expliquant l’importance des actions – ou inactions – de la Commission. Quand l’eurodéputée estonienne Kaja Kallas lui a demandé quelle était sa position sur les technologies de cryptage,  Mariya Gabriel a répondu que « l’accès légal ne peut avoir lieu que dans le respect de conditions strictes ». « Uniquement en cas d’inquiétude sérieuse vis-à-vis de la sécurité nationale », a-t-elle ajouté.

Sur Twitter, Kaja Kallas a regretté le manque de clarté et de conviction de cette réponse.

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Pas de diabolisation des grands acteurs

En ce qui concerne la réglementation des plateformes en ligne, comme Facebook, Twitter et Youtube, Mariya Gabriel a collé aux grandes orientations de la Commission. Le mois dernier, l’exécutif a annoncé vouloir proposer des règles pour les accords commerciaux entre plateformes et entreprises d’ici la fin de l’année.

La candidate a soutenu la position de la Commission, qui ne compte pas faire de modifications à la directive sur le commerce en ligne, qui limite notamment la responsabilité des plateformes pour les publications de leurs usagers, à ce stade. Elle préconise donc que les plateformes suivent les orientations non contraignantes émises par la Commission, selon lesquelles les propos haineux et illégaux devraient rapidement être effacés.

« Tous les grands acteurs ne sont pas nécessairement diaboliques », a-t-elle insisté. « Dans notre dialogue avec les plateformes, il y a de la place pour les mesures volontaires. »

Pour ce qui est des contenus violant le droit d’auteur, les plateformes doivent aussi se montrer « responsables ». Cette réponse succincte fait écho à une bataille qui fait rage entre les défenseurs de règles strictes forçant les entreprises Internet à supprimer les contenus haineux ou violant le droit d’auteur, et les partisans de mesures volontaires.

La candidate a également suivi la position de la Commission sur les questions liées aux télécoms, aux fausses informations et à la protection des données. Elle s’est par ailleurs félicitée de la proposition de créer davantage de règles pour l’encadrement des ventes aux enchères des fréquences radio dans les États membres, estimant que cela favoriserait l’installation de connexions Internet rapides.

« La 5G est notre chance d’être à nouveau un leader en matière de développement », a-t-elle déclaré, une réponse qui devrait rassurer les hauts fonctionnaires de la DG Connect, la direction générale chargée des politiques technologiques.

Certains eurodéputés sont cependant sortis de l’audition sans avoir une idée claire des positions de la candidate sur les enjeux politiques. C’est notamment le cas de Julia Reda, du Parti pirate allemand, qui a trouvé Mariya Gabriel trop prudente. « Elle n’a pas donné ses propres opinions, elle n’a fait que répéter celles de la Commission », a regretté l’élue, qui admet cependant que la candidate maitrise les détails techniques de son futur portefeuille et n’a fait aucun dérapage.

Et ce n’est pas toujours le cas. En 2014, lors de sa propre audition, son prédécesseur, Günther Oettinger, avait notamment dit que les célébrités étaient « stupides » de garder des photos intimes sur le cloud, où elles pouvaient être piratées.

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