L’italien Paolo Gentiloni réussit son oral devant les eurodéputés

L’ancien chef du gouvernement italien Paolo Gentiloni a reçu l’aval du Parlement européen le 3 octobre pour devenir commissaire européen à l’Économie, malgré la position délicate de son pays en matière budgétaire.

Lors de son audition face aux commissions des affaires économiques et monétaires (ECON), de l’emploi et des affaires sociales (EMPL) et des budgets (BUDG), l’ancien Premier ministre italien, Paolo Gentiloni, a mis en avant son ambition et s’est dit prêt à affronter les nombreux défis à l’horizon, notamment le ralentissement de l’économie européenne.

Un consensus inhabituel entre les partis les plus importants du Parlement européen a émergé de cet entretien. Les grands partis ont en effet salué son programme, en contraste flagrant avec les auditions quelque peu chaotiques de ces derniers jours.

Paolo Gentiloni, membre du Parti Démocrate (S&D), a encouragé les pays ayant une marge budgétaire — notamment l’Allemagne — à investir pour faire avancer a transition verte et technologique.

Le stimulus monétaire, qui est pour l’instant la solution prioritaire pour contrer le risque de récession dans la zone euro, « est trop insuffisant », a-t-il indiqué aux eurodéputés à plusieurs reprises.

L’ancien ministre italien a toutefois appelé à la discipline budgétaire, là où elle est nécessaire. Il a, par ailleurs, déclaré que s’il recevait la confirmation du Parlement, il se concentrerait sur « la réduction de la dette publique ».

L’une de ses premières tâches sera d’approuver le budget italien pour 2020. La proposition soumise par Rome dépassait de peu l’objectif de déficit de 2 % du PIB décidé par Bruxelles afin de réduire la très lourde dette publique italienne (132 % du PIB).

Ni sa nationalité, ni ses conflits d’intérêts présumés ne semblent avoir posé de problème majeur auprès des eurodéputés, les actions qu’il possédait chez Amazon ayant été vendues.

Après l’audition, une majorité de groupes politiques a approuvé sa candidature avec un « vaste consensus », selon Irene Tinagli, la présidente de la commission ECON et également membre du PD.

« Il est clair que Paolo Gentiloni est un politique chevronné. Tout bien considéré, nous approuvons sa candidature, même s’il est resté flou dans ses réponses », a déclaré Markus Ferber, le porte-parole du groupe PPE à la commission ECON.

« M. Gentiloni a convaincu grâce à ses valeurs, son expérience et sa capacité à mener à bien sa tâche en tant que commissaire à l’Économie », a affirmé Luis Garicano, le coordinateur de Renew Europe au sein de la même commission.

« Nous avons tissé des liens solides et j’attends énormément de votre mandature », a-t-il ajouté, en saluant la volonté de l’Italien de mettre en place un système européen d’assurance chômage.

L’ancien Premier ministre italien a également reçu les louanges de l’eurodéputé Sven Giegold, le porte-parole des Verts pour les affaires économiques et monétaires, pour son engagement en matière fiscale.

« M.Gentiloni a souligné qu’il s’engagerait personnellement à maintenir le programme fiscal de la Commission européenne. Le maintien de la lutte contre le dumping fiscal est une bonne chose pour l’Europe », assure Sven Giegold.

Aux yeux de Manon Aubry, coordinatrice du groupe GUE/NGL à la commission ECON, la prestation de de l’Italien était « assez faible », en particulier sur la justice fiscale.

« Il est resté évasif et n’a pas clairement témoigné son engagement pour modifier la liste des paradis fiscaux ou s’attaquer aux pratiques fiscales déloyales », soutient-elle.

Italie

Interrogé à maintes reprises sur la façon dont il gèrerait le budget italien, le commissaire désigné a bien clarifié qu’il ne ferait pas de favoritisme.

« J’aimerais être clair sur ce point : je ne serai pas un représentant du gouvernement italien. Je serai le commissaire chargé des affaires économiques. »

Compte tenu du traitement bienveillant dont Rome a bénéficié concernant ses dépenses publiques, M. Gentiloni a en outre souligné qu’il n’appliquerait pas deux poids deux mesures envers les autres pays.

Il a rappelé qu’il avait défendu les règles fiscales de l’UE, même lorsqu’elles n’étaient pas très populaires dans son pays en raison du contrôle des dépenses qu’elles imposaient.

L’instrument budgétaire

L’ancien Premier ministre italien a déclaré que l’instrument budgétaire de convergence et de compétitivité devait être « sérieusement financé », ajoutant aussi que la fonction de stabilisation, jusqu’à présent exclue en raison de l’opposition de plusieurs pays, devrait être remise sur la table.

C’est en ce sens qu’il s’est engagé à suivre rigoureusement l’instrument budgétaire, qui selon lui devrait prendre en compte les critères climatiques.

Le système européen d’assurance chômage

Ce mécanisme est l’une des initiatives majeures de la Commission d’Ursula von der Leyen et l’une des propositions les plus délicates de Paolo Gentiloni.

L’un de ses premiers devoirs, une fois en fonction, sera de modeler ce nouvel instrument fiscal. « C’est un sujet très pertinent », a-t-il répondu aux eurodéputés, avançant qu’il s’y attellerait « très rapidement » afin de présenter ses propositions d’ici à la fin de l’année.

Les deux options sur la table des négociations concernant la création de ce nouvel instrument visent à octroyer des prêts et des soutiens financiers directs aux budgets nationaux.

Selon Paolo Gentiloni, à l’heure actuelle, les taux d’intérêts sont bas et les prêts représentent donc un instrument « plus faible », mais qui pourrait être rapidement adopté, alors qu’offrir un soutien financier direct aux budgets nationaux serait « plus compliqué ».

Révision du pacte de stabilité et de croissance

Les États membres s’entretiennent actuellement sur la révision du pacte de stabilité et de croissance et l’ancien Premier ministre italien a promis une approche ambitieuse afin de parvenir à des règles plus facilement applicables qui soutiendraient aussi les pays dans une mauvaise passe. Il s’est ainsi engagé à présenter des propositions d’ici à la fin de l’année.

Il est, en outre, en faveur d’une révision en profondeur des règles budgétaires, mais il est conscient des opinions divergentes des États membres, car plusieurs d’entre eux ne souhaitent pas ouvrir la boite de Pandore d’un processus dont personne ne sait comment il se terminera.

La fiscalité

L’ancien premier ministre a promis qu’il ne tolérerait pas l’enlisement actuel des initiatives fiscales européennes.

C’est pour cette raison qu’il recommandera un vote à la majorité pour certaines propositions. Mais la mise en œuvre de « clauses passerelles » pour introduire le vote à la majorité dans certains domaines doit aussi être adoptée par consensus.

En ce qui concerne la taxe numérique, Paolo Gentiloni a fait preuve d’optimisme et espère conclure un accord à l’échelle internationale l’année prochaine. S’il n’y parvient pas, a-t-il ajouté, il s’attellera à l’automne prochain à un nouveau projet à l’échelle européenne.

Le candidat italien a également souligné que l’Assiette commune consolidée pour l’impôt sur les sociétés (ACCIS) serait une priorité absolue pendant son mandat. La proposition qui est sur la table des négociations depuis des années est la clé pour lutter contre la fiscalité agressive pratiquée par certains États membres de l’UE.

« Nous ne pouvons pas continuer cette compétition interne. Nous allons travailler et trouver des solutions », a-t-il affirmé.

À propos de la lutte contre les paradis fiscaux, il a admis qu’« il fallait faire plus ». Il a toutefois dit aux eurodéputés qu’ils devraient saluer les progrès déjà accomplis, notamment l’approbation de listes noires de juridictions refusant de coopérer. Selon lui, l’impact de ces listes est important, même si elles ne sont vues que comme de « faibles instruments ».

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