La lutte en demi-teinte de Berlin contre le blanchiment d’argent

La proposition de Wolfgang Schäuble, ministre allemand des Finances, a été critiquée, car elle manque d’une « réelle transparence », selon les ONG. [European Council]

L’Allemagne a rendu prioritaire le développement d’un partenariat avec l’Afrique, dans le cadre de sa présidence du G20. Mais s’engage du bout des lèvres dans la lutte contre le blanchiment d’argent, sujet primordial pour l’Afrique. Un article d’Euractiv Allemagne.

Sur le site du ministère des Finances allemand, le projet « Compact » avec l’Afrique est présenté comme une priorité. « Le G20 reconnaît sa responsabilité partagée face aux défis auxquels font face les pays les plus pauvres, surtout en Afrique ».

L’objectif est d’attirer les investissements privés en Afrique, sous la coordination de l’Allemagne, afin de promouvoir la croissance, et la participation économique. L’Afrique devrait être une plus grande priorité aux yeux des 20 nations les plus puissantes économiquement, estime Berlin.

Toutefois, les efforts de Berlin dans le débat sur les registres de transparence et sur la lutte contre le blanchiment d’argent ne seraient pas suffisants pour atteindre les objectifs fixés dans le cadre du G20.

L'Allemagne propose un « Plan Marshall » controversé pour l'Afrique

Optimisme ou scepticisme : le « plan Marshall » de l’Allemagne pour l’Afrique ne fait pas l’unanimité. Certains estiment qu’il s’agit de la panacée aux vieux problèmes de développement du continent, d’autres remettent en cause les véritables intentions de Berlin. Un article d’EURACTIV Allemagne.

Dans la lutte contre le blanchiment d’argent et les paradis fiscaux, il est devenu clair, un an après le scandale des Panama Papers, que les efforts du gouvernement allemand pour aider les pays d’Afrique les plus pauvres ont à peine décollé, estime Franziska Perlick, de l’ONG ONE.

Les milliards d’euros d’impôts perdus dans des comptes offshore ou tombés dans des vides juridiques auraient pu aider les pays en développement, a-t-elle ajouté. Mais la proposition des députés allemands ne va pas assez loin vers la mise en place d’une véritable transparence.

750 milliards d’euros perdus 

Une étude de ONE révèle que les pays pauvres sont privés de quelque 750 milliards d’euros par an à cause du blanchiment d’argent, du commerce illégal et de la corruption.

Cet argent est pourtant cruellement nécessaire pour aider les populations à combattre l’extrême pauvreté, la faim et la maladie. Si les paradis fiscaux n’existaient pas, cet argent serait disponible, a insisté Franziska Perlick.

Le registre de transparence, qui vise à enregistrer les détenteurs d’une entreprise et à mettre en place une directive de l’UE de 2015, ne sera disponible qu’à un groupe sélectionné de personnes, aux autorités et aux journalistes, après son adoption par le cabinet allemand.

A l’origine, le projet n’incluait pas une telle restriction et envisageait de donner accès à quiconque le souhaitait à l’information du registre.

L’année dernière, les Panama Papers ont montré à quel point les systèmes de finance internationaux et la corruption s’entremêlaient. Les fuites ont révélé que des banques, des avocats et des conseillers financiers de pays développés étaient complices et plus que prêts à aider à dissimuler de l’argent illégalement.

Les nations industrialisées, et en particulier l’Allemagne, pourraient agir bien plus pour « faire la lumière » sur les pratiques financières illégales, a soutenu Franziska Perlick, qui estime que le projet de loi allemand ne va pas dans ce sens. « Il est inutile. Il n’y a pas de véritable transparence ».

Elle considère que l’accès restreint aux bases de données, limité aux ONG et journalistes ayant un « intérêt légitime » et aux autorités publiques, est un problème.

« Qui définit ce qu’est un intérêt légitime ? Nous appelons à ce que tout citoyen en Europe et en Afrique y ait accès. » De plus, dans les pays où la corruption ronge depuis longtemps les organismes de réglementation, les autorités publiques ne souhaitent pas creuser trop profond dans les problèmes.

« Pourquoi donc le gouvernement allemand a-t-il amendé cet élément crucial du projet de loi ? Nous sommes perplexes face à cela surtout puisque le gouvernement fédéral prétend vouloir se concentrer sur les pays en développement pour améliorer ses perspectives », a-t-elle déclaré.

 

L’UE est prête à financer la « Corée du Nord africaine »

Alors que les crimes contre l’humanité sont quotidiens en Érythrée, l’UE veut verser une aide au régime autocrate en échange d’une participation à un projet de contrôle des frontières. Un article d’Euractiv Allemagne.