Le ministre allemand des Finances prône l’endettement pour favoriser la relance économique

Le ministre allemand des Finances, Olaf Scholz (SPD). [EPA-EFE | Michele Tantussi/Pool]

Pour une fois, l’Allemagne n’hésite pas à s’endetter pour surmonter une crise. Elle adopte un deuxième supplément au budget, qui porte l’emprunt de l’État dû au coronavirus à un total de 218,5 milliards d’euros. Un article d’Euractiv Allemagne.

L’Allemagne s’endette davantage pour financer les mesures d’aide liées à la pandémie de coronavirus. En plus du premier budget additionnel de 156 milliards d’euros, qui était principalement destiné aux mesures de sauvetage d’urgence, elle débloque une deuxième enveloppe de 62,5 milliards d’euros, principalement destinée à financer le plan de relance économique.

Au total, l’État emprunte 218,5 milliards d’euros pour faire face à la crise, ce qui fera grimper le ratio dette/PIB à 77 %.

« C’est beaucoup d’argent, mais un montant inférieur ne serait pas suffisant », a déclaré le ministre des Finances Olaf Scholz (SPD), lors d’une conférence de presse fédérale mercredi 17 juin.

En Allemagne, un plan de sauvetage « sans précédent » pour faire face à la pandémie

L’Allemagne a approuvé un plan national destiné à neutraliser les effets de la crise sanitaire et économique provoquée par le coronavirus. Un paquet de mesures inédites pour faire face à une crise qui l’est tout autant. Un article d’Euroefe.

Olaf Scholz est persuadé que le taux d’endettement pourra à nouveau être réduit dans les années à venir. Une certitude fondée sur les expériences vécues après la précédente crise financière.

À cette époque, le taux d’endettement est passé de 81,8 % à moins de 60 %. Cette fois, le remboursement commencera en 2023 et devrait être pratiquement achevé dans 20 ans.

Retour à une « politique budgétaire saine » à l’avenir

Après la crise, Olaf Scholz veut revenir le plus rapidement possible à la politique budgétaire précautionneuse de l’Allemagne.

Il est certain que « le succès que nous connaissons aujourd’hui repose sur la solide politique financière du passé ». Il entend donc « continuer à mettre en œuvre cette solide politique financière à l’avenir ». Ce qui n’exclut pas pour autant un « budget d’investissement conséquent et en constante augmentation ». Un principe qu’il a toujours prôné en tant que ministre des Finances.

Selon Olaf Scholz, la marge de manœuvre est suffisante pour qu’une troisième enveloppe puisse être débloquée, par exemple en puisant dans les réserves d’investissement de l’État. Mais le ministre doute que cela soit nécessaire, car il ne craint pas une deuxième mise à l’arrêt du pays.

La facture du coronavirus s'annonce stratosphérique pour l'Allemagne

Le coronavirus va coûter plusieurs centaines de milliards d’euros à l’Allemagne, selon les chiffres de l’institut ifo. Berlin devra puiser dans les caisses de l’État pour faire face à la perte de production et au chômage. Un article d’Euractiv Allemagne.

Une nouvelle vague d’infection à grande échelle est peu probable, estime-t-il. Il s’attend donc à ce que l’essor de l’activité économique suive son cours normalement.

Au sein de la Fédération des contribuables allemands, des voix s’élèvent pour critiquer le niveau élevé de nouveaux emprunts. Reiner Holznagel, son président, a fait part à la Osnabrücker Zeitung de sa « consternation » au sujet des 62,5 milliards d’euros inscrits dans le deuxième budget additionnel.

Selon lui, la dette que contracte Olaf Scholz est « plus importante que nécessaire » et le plan de remboursement pourrait être plus ambitieux « afin de rembourser la dette plus rapidement ». Reiner Holznagel a déclaré qu’il soupçonnait le gouvernement de vouloir « se ménager un coussin financier avant les prochaines élections fédérales ».

Suffisamment social pour les sociaux-démocrates ?

Lors de la conférence de presse, Olaf Scholz n’a pas mentionné nommément la Fédération des contribuables, mais il a indirectement réagi aux critiques. Il a souligné que la position du gouvernement n’était pas de se dire « tant que nous y sommes, autant en faire un peu plus », mais bien d’agir en fonction d’un seul critère : « qu’est-ce qui est vraiment nécessaire pour surmonter cette crise ? »

Le recours massif aux aides d'État en l'Allemagne pourrait servir de « locomotive », selon Margrethe Vestager

L’Allemagne profite pleinement de l’assouplissement des règles de l’UE sur les aides d’État. Cela pourrait constituer une « locomotive » pour l’Europe, selon la commissaire à la concurrence, mais il faudra pallier les éventuelles distorsions du marché intérieur.

Olaf Scholz a répondu directement à une autre critique, après qu’un journaliste a souligné que les associations sociales se plaignaient du manque de générosité des plans de relance à l’égard des personnes les plus démunies. La demande du SPD pour une augmentation des allocations chômage n’a par exemple pas été satisfaite.

Olaf Scholz a indiqué qu’il regrettait également le rejet de certaines propositions, mais que le paquet de mesures constituait néanmoins un « succès », car il apporte un soutien particulier aux familles, aux institutions sociales et aux organisations et entreprises à but non lucratif.

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