Une réforme de la zone euro pourrait sortir la BCE de tout rôle politique

Angela Merkel est en course pour un quatrième mandat. [Clemens Bilan/EPA-EFE]

La volonté politique de rassembler la zone euro s’érode inexorablement, s’inquiète Leo Hoffmann-Axthelm, de Transparency International. Qui appelle à des réformes vitales après les élections de septembre.

Angela Merkel semble être assurée de remporter la chancellerie pour la quatrième fois consécutive, faisant de ces élections les plus insipides depuis longtemps.

Si son succès est en partie dû aux perspectives économiques du pays, ce n’est pas une raison pour les personnalités politiques allemandes de se montrer suffisantes, assure Leo Hoffmann-Axthelm, de Transparency International, lors d’un entretien avec Euractiv.

« Les politiques sont naïfs s’ils pensent qu’un système de gouvernance économique perçu comme illégitime à la fois par le nord et par le sud peut être politiquement durable à long terme », fait remarquer le coordinateur pour la recherche et la promotion.

Législatives allemandes: Merkel devance Schulz de 17 points

La coalition CDU-CSU emmenée par la chancelière Angela Merkel est créditée de 40% des intentions de vote dans le dernier sondage Forsa. Le scrutin se tiendra le 24 septembre prochain.  Un article de notre partenaire, La Tribune.

« La volonté politique de rassembler la zone euro s’érode, et si elle n’est pas activement soutenue [dans les États membres], les possibilités d’actions de la Banque centrale européenne sont limitées », poursuit-il, en référence au programme de rachat d’obligations de la BCE.

Transparency International a publié un rapport expliquant en détail la manière dont la BCE a été forcée d’endosser un rôle politique pour lequel elle n’était pas armée et sans le contrôle démocratique nécessaire.

« Les pouvoirs discrétionnaires de la BCE lui ont permis de faire pression sur les banques grecques lors de la négociation des réformes liées au renflouement avec le gouvernement d’Athènes, en tant que membre de la Troïka des créanciers internationaux », indique l’organisation dans une déclaration publiée en mars.

Le débat sur la politisation croissante de la BCE est devenu un thème récurrent des élections allemandes depuis le début de la crise de la zone euro, en 2008. Les critiques de la BCE émanant de l’Allemagne ont cependant atteint de nouveaux sommets ces dernières années, alors que Wolfgang Schäuble, le ministre des Finances, a publiquement blâmé Mario Draghi, président de l‘institution, pour le programme d’assouplissement quantitatif, largement reconnu comme ayant sauvé l’euro de l’effondrement.

Rachat de dette: la BCE pourrait changer de braquet dès septembre

Plus de la moitié des 50 économistes interrogés par Reuters déclarent s’attendre à des annonces de changements de la politique monétaire de la BCE dès septembre. Lors de la réunion de juillet, Mario Draghi avait laissé entendre que des annonces seraient faites à l’automne concernant un assouplissement du programme de rachat de dette. Un article de notre partenaire, La Tribune.

La robustesse de l’économie allemande et les perspectives générales positives de la zone euro dans son ensemble portent toutefois un coup à la crédibilité des détracteurs. C’est pourquoi le parti eurosceptique Alternative pour l’Allemagne (AfD) et les conservateurs du CSU concentrent à présent leurs accusations sur les politiques d’immigration d’Angela Merkel, reléguant au second rang la question de la réforme de la zone euro.

« Si leurs accusations les plus dures sont liées à la politique d’immigration, des parlementaires CSU ont quand même lancé des procédures juridiques à l’encontre de leur propre gouvernement au sujet des réformes de la zone euro », souligne Leo Hoffmann-Axthelm.

« Nous sommes d’accord avec le fait que la BCE a été trop loin et a étiré son mandat au maximum, mais nous n’acceptons pas que les représentants allemands se plaignent de ça, parce que ce sont eux qui ont créé cette situation dès le départ », fait-il remarquer.

Transparency demande à la BCE de garantir son indépendance

L’ONG Transparency demande à la BCE d’éviter le risque de conflit d’intérêt en imposant deux ans entre le moment où les membres du Conseil des gouverneurs quittent leur poste, et celui où ils retournent dans le secteur privé. Un article de notre partenaire Euroefe.

« En réalité, les gouvernements des États membres, l’Allemagne en tête, n’étaient pas prêts à faire les réformes nécessaires pour des raisons de simple inertie politique. Ils ont donc forcé la BCE à tenter de recoller les morceaux et à s’exposer à toutes les critiques », poursuit-il. « Les États membres se sont confortablement cachés derrière les technocrates de la BCE afin d’éviter les compromis politiques difficiles. De la part d’un ministre allemand des Finances, par exemple, il est assez incroyable de se retourner contre l’institution et de la critiquer. La BCE a juste gagné du temps, pas résolu le problème. »

Transparency International ne propose pas de solution, mais souligne les défauts fondamentaux de la construction de l’euro, qui posent problème en termes de démocratie.

« Tout ce que nous disons, c’est que si on met en place une politique monétaire au niveau européen, il est très logique de faire de la coordination sur les politiques fiscales à ce niveau-là aussi », estime Leo Hoffmann-Axthelm.

Pour Macron et Merkel, changer les traités n’est plus tabou

Le Président français Emmanuel Macron et la chancelière allemande Angela Merkel ont déclaré lors de la clôture du sommet européen qu’une modification des traités ne devait pas être un obstacle aux réformes nécessaires.

La Troïka « pas responsable » de l’austérité

Selon lui, le problème principal est la tendance actuelle de tenir les décideurs politiques comme responsables des développements économiques. « On a créé l’impression que l’UE, la BCE et la Commission dictent l’austérité, mais ce n’est pas vrai du tout. La BCE n’est pas responsable du choix de l’austérité », assure-t-il.

Au contraire, la BCE appelle depuis un moment des pays comme les Pays-Bas et l’Allemagne à se servir de leur espace fiscal pour relancer l’économie de la zone euro. De son côté, la Commission européenne a joué avec les règles européennes pour soutenir autant que possible la monnaie unique.

Pour Leo Hoffmann-Axthelm, le plus gros déficit démocratique a été atteint à la création du fonds de renflouement du Mécanisme européen de stabilité. Cette institution fonctionne en dehors de l’UE et est sous le contrôle direct des États membres, avec une influence limitée de la Commission.

« Une fois encore, les États se dissimulent derrière une institution qui parait européenne pour imposer des conditions aux réformes : l’austérité, des réformes structurelles, etc. Puis ils pointent ‘Bruxelles’ du doigt, alors que le Mécanisme de stabilité n’est en réalité même pas une institution de l’UE ! », accuse-t-il. « Tout cela est géré via l’Eurogroupe, un club informel présidé par un ministre des Finances qui a un conflit d’intérêt structurel, c’est vraiment une organisation incroyable. Dans ces circonstances, il me semble donc assez malhonnête de se retourner contre la BCE et de la blâmer pour tout. »

En ce qui concerne les élections allemandes, Leo Hoffmann-Axthelm espère qu’une fois réélue Angela Merkel encouragera des réformes de la zone euro, comme la création d’un budget commun et d’un ministre des Finances européen.

L’élection d’Emmanuel Macron, euro-enthousiaste notoire, en France, ouvre selon lui une ère de possibilités.

« Par contre, si Martin Schulz l’emporte, tout ce que le président français promeut pourrait se réaliser », ajoute-t-il, estiment que sous l’impulsion commune d’Emmanuel Macron et de Martin Schulz, une Europe à plusieurs vitesses, centrée autour d’une zone euro en pleine intégration, se mettrait en place. Ce scénario est cependant très peu probable.

« Étant donné les convictions européennes d’Emmanuel Macron, je dirais que la France et l’Allemagne doivent dépasser leurs intérêts nationaux pour créer un système qui sera jugé légitime par tous les États membres », conclut-il.

Macron et Schulz d’accord pour réformer la zone euro

Le président français Emmanuel Macron a reçu jeudi soir le rival de la chancelière allemande aux législatives de septembre, le social-démocrate Martin Schulz, qui s’est félicité à l’issue de l’entretien d’une « énorme convergence » de vues sur le besoin de réformer l’Europe.

Subscribe to our newsletters

Subscribe