Le recours massif aux aides d’État en l’Allemagne pourrait servir de « locomotive », selon Margrethe Vestager

Margrethe Vestager, la vice-présidente exécutive de la Commission européenne. [EPA-EFE/STEPHANIE LECOCQ]

L’Allemagne profite pleinement de l’assouplissement des règles de l’UE sur les aides d’État. Cela pourrait constituer une « locomotive » pour l’Europe, selon la commissaire à la concurrence, mais il faudra pallier les éventuelles distorsions du marché intérieur.

À la mi-mars, la Commission européenne a annoncé un assouplissement des restrictions en matière d’aides d’État, afin de garantir une concurrence équitable au sein du marché unique de l’UE et de permettre aux pays de renflouer les entreprises durement affectées par l’épidémie de COVID-19.

Depuis lors, quelque 90 dispositifs nationaux d’une valeur de 1 900 milliards d’euros environ ont été approuvés dans 26 des 27 États membres, selon l’exécutif de l’UE. Mais les pays de l’Union ne disposent pas tous de la même marge de manœuvre budgétaire, ce qui s’est traduit par une utilisation très contrastée de cette mesure temporaire.

Ainsi, plus de la moitié du volume des aides d’État consenties au sein de l’UE a été accordée par l’Allemagne.

« Même en temps normal, lorsque nous appliquons des règles strictes en matière d’aides d’État, certains États membres disposent d’une marge de manœuvre budgétaire plus importante que d’autres pour recourir à ces aides et soutenir [les entreprises] », a souligné Margrethe Vestager, qui s’est exprimée lundi 4 mai devant la commission du marché intérieur du Parlement européen.

La vice-présidente exécutive de la Commission a cependant insisté sur le fait qu’il était « important pour tous » que l’Allemagne garantisse des liquidités à ses entreprises nationales car « cela fera office de locomotive » pour l’Europe.

Un fonds de relance solide

Certains des pays les plus touchés par le coronavirus, tels que l’Italie et l’Espagne, étaient déjà aux prises avec des niveaux de déficit élevés avant l’émergence de la crise. Et alors qu’ils consacrent tous leurs efforts à la gestion de l’urgence sanitaire, ces pays manquent de ressources pour relancer leur économie.

Un certain nombre d’États membres ont fait part de leurs inquiétudes quant à la menace potentielle que ces dispositifs pourraient constituer pour les précieuses conditions de concurrence équitables au sein de l’UE.

L’UE pourrait connaître une récession de 10 % très inégale entre pays

Selon la Commission, la pandémie risque de plonger l’UE dans une récession « profonde », qui ferait chuter son PIB de 5 à 10 % et frapperait inégalement les États membres. Elle préconise donc une solution ambitieuse, innovante et rapide.

La Vice-Première ministre et ministre espagnole de l’Économie, Nadia Calviño, a enjoint l’UE à protéger l’intégrité du marché intérieur. « Il n’est pas envisageable que certains pays puissent soutenir leur économie plus généreusement que d’autres », a-t-elle récemment affirmé dans une interview.

La Commission fait valoir que les mesures d’aide d’État sont nécessaires pour soutenir l’économie et préserver les emplois, mais Margrethe Vestager reconnaît que l’inquiétude de certains pays est légitime.

La commissaire danoise a souligné que les actions lancées par l’Allemagne étaient « absolument correctes », mais elle a admis que cela pourrait entraîner des distorsions au sein du marché unique, car d’autres entreprises allaient également avoir besoin d’aide, certaines faisant partie de la même chaîne de valeur ou étant même en concurrence directe.

« ll est regrettable que tout le monde ne dispose pas de la même marge de manœuvre budgétaire que l’Allemagne, mais puisque c’est ainsi, nous allons devoir trouver des solutions », a indiqué la vice-présidente de la Commission, ajoutant que cela constituait « un excellent argument en faveur d’un solide plan de relance européen ».

Un plan de relance massif pour faire face à la pandémie

Les dirigeants européens ont mandaté la Commission européenne pour qu’elle conçoive le plan de relance destiné à faire face à la profonde crise économique que le coronavirus va provoquer en Europe.

« Nous allons devoir procéder à une redistribution afin de nous redresser ensemble. Sans cela, ces asymétries croissantes vont fragmenter le marché unique à un niveau qu’aucun d’entre nous n’est prêt à accepter », a-t-elle poursuivi.

Margrethe Vestager a plaidé pour la mise en place d’un instrument de relance dans le cadre du budget septennal de l’UE, le cadre financier pluriannuel (CFP). « Il s’agit d’une manière de procéder qui a fait ses preuves en matière de redistribution » tant entre les secteurs qu’entre les pays, a-t-elle fait valoir.

Le Conseil européen a chargé la Commission de proposer un nouveau budget à long terme et un instrument de relance destiné à soutenir l’économie de l’UE au lendemain de la crise du COVID-19.

Les dirigeants européens auraient dû donner certaines orientations à la présidente de l’exécutif, Ursula von der Leyen, afin d’assister la Commission dans son travail. Mais les pays n’ont pas trouvé d’accord sur la forme et la taille du fonds, ni même sur la manière dont l’argent allait être acheminé à ses bénéficiaires.

Les ministres des Finances de l’UE se réuniront à nouveau vendredi 8 mai pour discuter du paquet de mesures économiques destiné à faire face à la crise. Ursula von der Leyen devrait pour sa part présenter sa proposition dans les deux semaines à venir.

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