Bras de fer entre les armateurs grecs et Schaüble

Christine Lagarde, du FMI, avec Wolfgang Schaüble. [IMF]

Le transport maritime allemand bat de l’aile. Les Grecs accusent le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schaüble, de vouloir se venger sur les armateurs grecs.

La semaine dernière, le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schaüble, a indiqué que la Grèce avait fait des progrès, mais que son gouvernement « insist[ait] pour faire peser le fardeau [de l’austérité] sur les faibles ». Il a également reproché au Premier ministre grec, Alexis Tsipras, de « ne pas avoir taxé [davantage] les puissants armateurs, comme il l’avait promis ».

Ce n’est pas la première fois que le ministre allemand tente de pousser la Grèce à taxer davantage ses armateurs.

La semaine dernière, Rickmers Holding, une des plus grandes entreprises de transport maritime allemandes, a annoncé mettre la clé sous la porte. Cette faillite fait craindre à certains observateurs que le secteur ne soit plus viable dans le pays.

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Rickmers Holding aurait été forcée de se déclarer en faillite après la décision de HSH Nordbank de ne pas valider un accord de restructuration de la dette de l’entreprise. La banque a cependant souligné avoir examiné de près les propositions financières de Rickmers Holding avant d’être parvenue à la conclusion qu’elles n’étaient pas viables.

Les armateurs répliquent

Selon les armateurs grecs, l’intervention du ministre allemand « soulève des interrogations ». « Derrière cette déclaration, il y a le fait qu’une grande partie de la flotte que l’Allemagne tentait de se construire a été rachetée par des armateurs grecs. Et ce, malgré le fait que l’Allemagne a créé le meilleur système fiscal pour le transport maritime en Europe », selon des sources du secteur.

« Il semblerait que M. Schaüble ait choisi de fermer les yeux sur le régime fiscal très avantageux dont jouit le secteur en Allemagne. Cela ne l’empêche pas d’attaquer le régime fiscal des armateurs grecs, qui représentent pas moins de 50 % du transport maritime européen. Ces bons résultats semblent l’irriter », a réagi Theodore Veniamis, président de l’Union des armateurs grecs.

Alors même que l’industrie devrait être soutenue et encouragée par l’UE face à une concurrence internationale farouche, les critiques du ministre allemand sont tout particulièrement « inopportunes et infondées », assure-t-il.

« L’autre question qui est soulevée et celle de l’incapacité des politiques allemandes régissant le transport maritime à soutenir efficacement le secteur, malgré des arrangement très avantageux à tous les niveaux (propriété des bâtiments, gestion, etc.). Voilà la motivation de la déclaration du ministre », ajoute Theodore Veniamis. Si son but est de salir les liens étroits unissant le transport maritime grec à sa patrie, « cela prouve qu’il ne souhaite pas voir la Grèce reprendre le chemin de la croissance ».

Panagiotis Kourouplis, ministre des politiques de transport et des îles, a également réagi. Selon lui, la réussite de la Grèce dans ce domaine met le ministre allemand des Finances dans une position difficile.  « Il cherche des raisons pour accabler encore davantage la Grèce et donc il s’est rappelé de la taxation des armateurs », a-t-il jugé.

Selon l’accord conclu entre la Grèce et ses créanciers, le pays devait récolter 420 millions d’euros via les taxes dans le secteur. Athènes est néanmoins parvenue à lever pas moins de 550 millions d’euros.

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Pour la Commission, la Grèce a rempli son contrat

La Commission a refusé de commenter la sortie de Wolfgang Schaüble. « À la Commission, nous sommes convaincus que la Grèce a rempli son contrat », a cependant déclaré un porte-parole de l’exécutif.

« Il revient à présent à ses partenaires de faire de même. Nous appelons toutes les parties impliquées à se montrer responsable et à respecter le travail important et douloureux fourni par la Grèce et les Grecs ces derniers mois », a-t-il ajouté.

Selon les médias grecs, la Commission et le gouvernement allemand sont actuellement en profond désaccord. Le ministre allemand des Finances et le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, se seraient récemment rencontrés après quatre mois de silence obstiné. Wolgfang Schaüble en voudrait en effet à la Commission d’être intervenu dans le cadre de la dette grecque.

En outre, le ministre allemand serait fâché de voir Jean-Claude Juncker tenter de trouver une solution en parlant directement à Angela Merkel, sans passer par lui.

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