Huawei, le révélateur d’une Europe «en ordre dispersé»

epa07609928 Vue du logo Huawei lors de l'événement '5G is On' à Madrid, Espagne, le 29 mai 2019. Le géant chinois des télécommunications Huawei a organisé un événement pour présenter la technologie 5G avec une démonstration. [EPA-EFE/EMILIO NARANJO]

Alors qu’en Europe, plusieurs pays songent à interdire ou à limiter Huawei dans les réseaux 5G, l’Institut Montaigne déplore l’incapacité du Vieux Continent à définir une ligne commune. Un article de notre partenaire, La Tribune.

Chaque État membre fait sa cuisine dans son coin. Alors que l’Europe s’interroge sur la place à donner à Huawei dans les réseaux 5G, sur fond de soupçons d’espionnage pour le compte de Pékin, l’Institut Montaigne critique l’incapacité du Vieux Continent à définir, puis à défendre d’une même voix, une ligne commune. Les auteurs de la note soulignent que dans les télécoms, Bruxelles s’applique essentiellement à défendre une forte compétition entre les opérateurs dans les marchés nationaux. Si cette politique est bénéfique pour le consommateur européen, qui paye moins cher son abonnement mobile, l’Institut Montaigne la juge insuffisante pour encadrer et développer correctement le marché. En témoigne notamment, selon les auteurs, la diversité des approches concernant la sécurité des réseaux 5G.

« Les arbitrages sur la 5G ne peuvent pas se résumer à un choix rationnel de rapport qualité/prix pour les consommateurs, affirment-ils. Dans ces conditions, la fragmentation et la quasi-cacophonie de l’Europe vis-à-vis de Huawei rend bien plus difficile une approche cohérente à l’échelle du continent qui prend en compte non seulement les risques sécuritaires, mais aussi les enjeux géopolitiques et les rapports de puissance, pour lesquels le niveau technologique et économique est bien sûr structurant. »

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« Agir en fonction du principe de précaution »

Résultat ? « Le principe de précaution est loin d’être appliqué partout, constate l’Institut Montaigne. Les États européens divergent dans leurs normes et leurs standards de sécurité pour les équipements télécoms – il s’agit là d’un grand domaine de fragmentation de l’Europe. »

C’est la raison pour laquelle certains pays, comme le Portugal, l’Italie, l’Espagne ou la Hongrie, sont pour l’heure plutôt favorables à une participation de Huawei dans la 5G. Certains, comme le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne, ne veulent pas exclure l’équipementier chinois, mais souhaitent limiter son empreinte. Tandis que d’autres, comme la Norvège, comptent bloquer le dragon chinois.

De son côté, l’Institut Montaigne appelle l’Europe à « agir en fonction du principe de précaution ».

« L’impossibilité de Huawei de démontrer l’absence de liens étroits et ineffaçables avec le parti-État chinois rendent nécessaire d’écarter cette entreprise des infrastructures à risque », affirment les auteurs. Lesquels soulignent que « tout le problème reste, bien sûr, de déterminer l’étendue des restrictions sécuritaires ».

En France, par exemple, les opérateurs n’ont déjà pas le droit de recourir à Huawei pour les « cœurs de réseaux », des infrastructures sensibles où transitent toutes les communications.

Les auteurs de la note reviennent aussi sur un autre domaine où, dans les télécoms, l’Europe avance « en ordre dispersé », et en paye selon eux les pots cassés : le marché des enchères pour les fréquences mobiles.

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« Perte du leadership européen »

« En l’absence d’un marché unique des télécoms au sein de l’UE, chaque pays est responsable de la mise en place d’enchères pour l’attribution des fréquences de déploiement de la 5G, constate l’Institut Montaigne. Il s’agit d’une étape politique – les règles d’enchères fixent les exigences en matière de couverture du territoire et de qualité du service, déterminent le calendrier de déploiement et arrêtent le nombre d’opérateurs réseau. Cette fragmentation a contribué à ce que l’Europe, qui fut naguère à l’origine de la norme GSM, perde le leadership dans la constitution de la norme 5G. »

L’institut Montaigne est loin d’être le seul à déplorer l’absence d’une politique européenne commune concernant l’attribution des fréquences 5G. En septembre dernier, dans un entretien àLa Tribune, Sébastien Soriano, le président de l’Arcep, le régulateur français des télécoms, s’est montré déçu que les États membres n’aient pas réussi à s’entendre. Il estimait alors que si, à Bruxelles, « il y a eu une vraie prise de conscience politique » concernant l’importance de la 5G dans les années à venir, « nous sommes un peu retombés dans les travers de l’Union européenne » :

« Au bout du compte, le code européen des télécoms, cette grande réforme qui a été adoptée l’année dernière [en 2017, Ndlr], est un texte de compromis. S’il pose les échéances du développement de la 5G, le consensus européen n’a pas voulu entamer la souveraineté des États pour organiser les attributions des nouvelles fréquences [essentielles pour le déploiement de toute technologie mobile]. Résultat, les approches sont très contrastées au sein de l’Union européenne. Il est regrettable qu’il n’y ait pas de front uni sur la 5G. »

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